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22 décembre 2000 |
Bienheureuse hospitalité
par Denis Gagnon, o.p.
Nous traversons actuellement une des périodes de l'année
les plus fournies en contacts et en rencontres. Les rues
débordent. Les magasins reçoivent un nombre presque incalculable
de clients. Nous sommes partout, à croire que la planète vient
de déménager chez nous.
Intéressants pour certains, agaçants pour d'autres, le
va-et-vient des foules n'est pas l'essentiel du temps des
fêtes. Ce qui nous occupe et nous préoccupe surtout, ce sont les
réceptions et les veillées entre parents ou entre amis. Occasion
de fêter, de nous réjouir de nos bonheurs et de nous accorder un
répit par rapport à nos malheurs. Occasion aussi de renouer avec
de vieilles amitiés qui ne peuvent pas s'exprimer autant que
nous le souhaitons.
Le temps des fêtes, un temps pour l'hospitalité. Nous
ouvrons la porte. Nous laissons entrer. En te laissant entrer chez
moi, j'accepte que tu partages pour un moment mon univers. Que
nous allions ou non jusqu'aux confidences, peu importe. Tu es
là. Moi aussi. Nous partageons un moment où nous nous accordons
mutuellement de l'attention. Nous existons pour quelqu'un.
Quelqu'un existe pour nous.
Que tu sois plus grand ou plus petit que moi, peu importe. Peu
importe que ta compétence et tes talents dépassent les miens.
Dans l'hospitalité, nous sommes égaux. Chacun a sa richesse à
partager. Chacun apporte à l'autre le meilleur de lui-même.
Nous lançons un «comment vas-tu?» aux allures
conventionnelles. Une simple introduction. Les vraies questions
viennent après cette entrée en matière. Les vraies questions,
les vraies nouvelles, les vrais intérêts, les vraies
confidences.
L'hospitalité suppose l'ouverture, quand nous n'avons
pas peur d'être envahis. N'est hospitalier que celui ou celle
qui souhaite être habité par l'autre, partager un bout de vie.
Avec le désir que tout le reste de l'existence soit marqué du
souvenir de cette rencontre.
Un vieux texte aux accents de bonne nouvelle raconte l'hospitalité
qu'une femme âgée mais enceinte accorda à une jeune fille
également enceinte. La rencontre a eu lieu, il y a environ 2000
ans. L'évangile de Luc met en scène Marie qui arrive chez
Élisabeth. Les deux femmes se rencontrent, des retrouvailles
joyeuses. La rencontre est si émouvante que les deux femmes sont
remuées jusqu'au plus profond d'elles-mêmes. Jusque dans le
trésor mystérieux qui habite leur sein. L'enfant que chacune
porte se réveille et communie à la joie de sa mère. C'est l'hospitalité
à son sommet. La sainte hospitalité parce que c'est Dieu qui s'émeut
dans l'émotion des enfants et dans celles de leurs mères.
Bienheureuse hospitalité où nous accueillir mutuellement, c'est
aussi accueillir Dieu.
- Radio Ville-Marie 91.3 FM
- « Rythme du matin »
- 22 décembre 2000
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