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18
décembre 2001
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Que la terre devienne vraiment
un paradis !
par Denis Gagnon, o.p.
a
pauvreté, tenace, déchirante, de plus en plus criante,
nous lance des oeillade quand arrive le temps de Noël. Autour
de nous surgissent tous les organismes de lutte à la misère.
Leur désir d'éliminer à tout prix la pauvreté
semble appartenir à ces rêves idéalistes que
poursuivent les Don Quichotte de tous les temps.
Au-delà
de la part d'idéalisme qui peut habiller la cause, les
initiatives en faveur des démunis ont le mérite
d'attirer notre attention: la pauvreté n'est pas une banalité.
On ne doit pas s'y habituer. C'est un problème crucial.
Il touche les pays en voie de développement, c'est évident.
Il atteint aussi, de façon alarmante, les peuples industrialisés
et techniquement développés, les peuples riches
comme le nôtre. La misère est partout. Et elle atteint
toutes les couches de la société. Refuser ce constat,
c'est s'enfouir la tête dans le sable.
Par
ailleurs, devons-nous nous soumettre à cette réalité
comme on assume une fatalité ? Bien des ténors de
l'économie et de la politique nous donnent l'impression
de prêcher pour la résignation. Il serait impossible
d'abattre le mur ! Certains vont même jusqu'à faire
du pouce sur l'évangile ! Ils reprennent la parole de Jésus
: Des pauvres, vous en avez toujours avec vous (
Jean 12, 8 ).
C'est
nous qui avons fait naître la pauvreté. Admettons-le.
Et si nous sommes capables de la créer, pourquoi ne pourrions-nous
pas arriver à l'éliminer ? Pourquoi baisser les
bras si vite ? Regardons-nous : nous réalisons des prodiges.
Nous avons réussi à aller sur la lune et nous nous
apprêtons à visiter d'autres planètes. Nous
voyageons allègrement sur l'autoroute de l'Internet. Nous
avons du génie ! Ça se voit ! Assez de génie
pour vaincre la misère !
Nos
lenteurs à solutionner le problème laissent entendre
que la pauvreté profite à quelqu'un quelque part.
Il y a de l'argent à faire sur le dos des pauvres. Sinon,
pourquoi certains deviennent-ils de plus en plus riches alors
que beaucoup d'autres sont de plus en plus pauvres ? Sinon, pourquoi
le fossé entre les biens nantis et les démunis se
creuse-t-il de plus en plus profondément ?
Tartuffe
jette les hauts cris quand il découvre un assisté
social paresseux ou un chômeur qui se fait brunir la bedaine
au soleil de la Floride. Mais il ne se gêne pas pour cacher
les revenus qui feraient grimper ses impôts personnels.
Ne pas payer tous ses impôts, c'est du vol ! Actuellement,
l'état perd davantage à cause de mauvaises déclarations
à l'impôt qu'il ne perd à cause de la fraude
contre l'aide sociale. Et que dire des évasions fiscales
? Mais non, on préfère s'en prendre aux petits,
les principales victimes de la crise économique et sociale.
Il est toujours plus facile de gagner quand on choisit de se battre
avec des adversaires plus faibles et désarmés.
Pour
faire disparaître nos énormes dettes, on parle beaucoup
de déficit zéro ! Il faut regarnir
les coffres de l'état, dit-on, afin que le pays sorte du
marasme, afin qu'il entre sereinement dans le troisième
millénaire. D'accord ! Mais quand lutterons-nous pour que
chaque famille vivant sous le seuil de la pauvreté puisse,
elle aussi, atteindre son déficit zéro ? La véritable
prospérité d'un pays ne dépend pas d'abord
de la santé de ses institutions - même financières
- mais du bien-être et du bonheur des citoyens et des citoyennes.
Dans
quelques jours, nous fêterons Noël. L'enfant de Bethléem
ne glorifie pas la pauvreté. Il ne veut pas réduire
l'être humain à la misère en lui promettant
un paradis idyllique. Il dit, et il dit avec éloquence,
que Dieu est du côté des pauvres et qu'il faut transformer
la terre pour que celle-ci devienne, le plus tôt possible,
un paradis pour tous les enfants du monde.
- Radio Ville-Marie 91.3
FM
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