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29
octobre 2001
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Chercher
la faiblesse
par Denis
Gagnon, o.p.
a
Bible a recueilli des pages affreuses parmi de nombreux récits
absolument sublimes. Des pages affreuses où on tue, on
extermine. Même les enfants innocents ne sont pas épargnés.
Bien souvent, à cause de gens qui ont un comportement différent.
Des Juifs qui dévient de la foi commune. Des païens
qui ne sont pas de la bonne race. Des ennemis dont on veut s'accaparer
le territoire.
Il
est difficile de vivre avec des gens différents. Surtout
quand nous considérons qu'ils trahissent ce que nous avons
de plus cher. Nous sommes tentés de les exclure. Et nous
pouvons le faire durement. Très durement même, si
nous avons peur, si la différence ou la délinquance
crée en nous de l'insécurité.
Aujourd'hui,
comme au temps des prophètes et des rois bibliques, on
tue encore les gens différents. La planète a ses
points chaudes, ses volcans de haine. Ai-je besoin de citer des
pays, des régions du monde pour vous convaincre? Ai-je
besoin de nommer des races, des continents, des groupes religieux
que nous pointons du doigt? Nous sommes durs et nous excluons
facilement. Nous brandissons l'excommunication.
Le
Christ choisit la voie du dialogue. Quand il s'agit d'un disciple,
Jésus propose une démarche très concrète
(Cf. Matthieu 18, 15-18). D'abord, parler au frère ou à
la soeur qui dévie, seul à seul. Pour essayer de
voir clair et chercher ensemble la vérité. Et si
cela ne suffit pas, appeler à la rescousse deux ou trois
autres personnes. Et s'il le faut, demander à toute l'église
d'entrer dans la conversation, dans le dialogue. Et si le délinquant
ou la délinquante refuse encore, considère-le
comme un païen ou un publicain, dit Jésus (18,
17).
Cela
ne veut pas dire: Mets-le à la porte! Cela
veut dire: Repars à zéro. Recommence l'évangélisation
de cette personne comme si tu te trouvais en face d'un païen.
Agis avec lui ou avec elle comme si c'était Zachée,
invite-toi à souper. Mange avec le pécheur, annonce-lui
Jésus Christ, comme si c'était la première
fois. Parle-lui de la miséricorde de Dieu qui s'est manifestée
en Jésus. Parle-lui de la bonne nouvelle de la résurrection
qui ouvre une infinie possibilité de victoires sur la mort.
Délie-le sur la terre pour qu'il soit délié
dans le ciel. Réunis-le à toi et aux autres rassemblés
au nom de Jésus Christ, pour que Jésus Christ soit
là, au milieu de vous.
Ce
long processus à entreprendre avec le frère ou la
soeur qui s'écarte du droit chemin ne nous suggère-t-il
pas une attitude semblable quand il s'agit des autres, de ceux
et celles qui ne partagent pas notre foi, ou notre culture, ou
notre civilisation? N'est-il pas préférable de choisir
la voie du dialogue? Toujours? Ou presque? Aujourd'hui, l'arsenal
militaire est à ce point raffiné (sadique
serait le terme plus juste!) que la guerre peut rarement être
classée parmi les cas de légitime défense.
Elle conduit à l'escalade de la violence et aux pires atrocités.
Tout le monde y perd. Personne ne gagne vraiment.
Tous
les efforts que nous mettons à inventer des armes seraient
mieux utilisés à créer d'autres chemins pour
résoudre nos conflits. Faut se parler! On y gagne toujours
à faire appel au meilleur de la personne, à ce qu'elle
porte de profondément humain. Dans le coeur, même
le coeur le plus méchant, existe une zone de bonté.
Les carapaces les plus récalcitrantes cachent un minimum
de tendresse. Chercher la faiblesse qui fait craquer les murs,
voilà l'arme qui dissuade, qui change le regard, qui rapproche
et réconcilie. La planète est trop petite pour la
réduire à un champ de bataille.
La
paix je ne l'impose point. Je fonde mon ennemi et sa rancune si
je me borne à le soumettre. Il n'est grand que de convertir
et convertir c'est recevoir. C'est offrir à chacun, pour
qu'il s'y sente à l'aise, un vêtement à sa
mesure. Et le même vêtement pour tous. Car toute contradiction
n'est qu'absence de génie. (Antoine de St-Exupéry,
Citadelle, Paris, Gallimard, 1948, p. 90.)
- Radio Ville-Marie 91.3
FM
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