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23
septembre 2001
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Monsieur
ou Madame
par Denis Gagnon, o.p.
e
voudrais m'adresser au principal responsable de l'attentat à
New York et à Washington.
Monsieur
ou Madame (si ce titre est encore convenable pour vous désigner!),
Vous comprendrez que j'hésite à vous interpeller
en disant: Cher monsieur, chère madame. Ce
n'est pas l'habitude quand on s'adresse à un ennemi! Votre
geste me bouleverse comme il a ébranlé une grande
partie de l'humanité. C'est sans doute ce que vous souhaitiez.
Personnellement, je ne peux pas accepter qu'on s'attaque à
des innocents. Il y a des enfants qui pleurent depuis le mardi
11 septembre 2001 parce que papa ou maman n'est plus là.
Il y a des maris atterrés parce que leur femme est morte
dans l'écroulement d'une tour. Des femmes ont perdu tout
intérêt pour la vie depuis que leur conjoint est
mort dans l'écrasement d'un avion. Et tous ces morts, ces
nombreux morts qui auraient pu continuer leur aventure sur une
planète qui n'était sans doute pas le paradis, mais
que nous ne percevions pas non plus comme un enfer.
Vous
avez attaqué un pays. À travers lui, bien d'autres
comme le mien se sentent concernés. Non seulement solidaires,
mais aussi alliés. Nous critiquons nos voisins, c'est vrai.
Mais des frères, ça se dit je t'aime
en se chamaillant.
Vous
avez attaqué une puissance militaire, une puissance économique.
Vous avez osé frapper le géant du monde, celui que
l'on prenait pour l'ange protecteur! Et nous avons compris ou
découvert que chaque pays comme chaque personne a son talon
d'Achille, son côté faiblesse, sa zone de vulnérabilité.
Nous recevons le coup péniblement. Toutes nos sécurités
s'effritent.
Peut-être,
aujourd'hui, vous croyez-vous fort. Peut-être avez-vous
l'impression d'être devenu puissant à votre tour.
Faites attention. Dans le jeu terrible de la violence ou de la
guerre, il n'existe jamais de vrais gagnants. La violence n'éclabousse
pas seulement ceux et celles vers qui elle est dirigée.
Elle blesse aussi son auteur. Le mal que nous causons ne nous
ennoblit jamais.
Ces
jours-ci, chaque personne sur cette terre, chaque peuple, chaque
pays est isolé comme une brebis perdue. Que l'on soit du
côté des victimes de New York et de Washington ou
encore qu'on applaudisse au geste affreux que vous avez commis.
Nous sommes tous et toutes des brebis perdues. Nous sommes égarés,
loin de notre bercail. Nous avons perdu quelque chose de la richesse
de l'humanité, de sa grandeur, de sa dignité. La
beauté de l'être humain a été flétrie.
Et
nous n'avons aucun avenir, ni vous ni nous, si nous ne reprenons
pas la route risquant même que nos chemins se croisent.
Il faut d'ailleurs nous rencontrer. Nous devons nous guérir
mutuellement des douleurs de ce drame. Guérir de nos ruptures,
guérir de nos meurtrissures, guérir de nos méchancetés.
Nous devons nous rencontrer pour soigner nos rêves blessés
et nos bonheurs meurtris.
Le croyant que je suis ne peut pas ne pas espérer que quelqu'un
nous cherche l'un et l'autre. Comme un berger cherche sa brebis
égarée. Quelqu'un au coeur large qui jettera en
nous assez de compassion, assez de repentir, assez d'humilité,
assez de courage pour que le pardon nous change l'un et l'autre.
J'appelle donc Dieu: qu'il vienne à notre secours et à
votre secours, pour que l'amour l'emporte sur la haine.
Un
homme est venu de la part de Dieu. Nous avons appris de lui que
le pardon est la seule justice valable, la seule issue pour sortir
de la spirale de la violence. L'amour seul peut construire une
terre habitable, des chemins qui convergent, des carrefours pour
de véritables rencontres.
Monsieur,
madame, cher monsieur, chère madame, je vous en prie: écoutez
au plus profond de vous-même le silence qui révèle
le meilleur de ce que vous êtes. écoutez et offrez
aux autres la compassion et la fraternité qui dorment en
vous. Nous voulons en faire autant pour que toute haine soit désarmée
et que la paix remplace la guerre. Qu'il y ait de la joie dans
le ciel et sur la terre pour chaque pas vers la réconciliation.
- Radio Ville-Marie 91.3
FM
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