|
Spiritualite2000.com
|
|
9
septembre 2002 |
Non
à la copie conforme!
par Denis Gagnon, o.p.
a-t-il quelqu’un sur cette planète qui n’associe
pas spontanément le 11 septembre à l’attentat
contre le World Trade Center à New York en 2001? Y a-t-il
quelqu’un sur cette planète qui ne se sente pas concerné
par le terrorisme? Pour en avoir peur? Pour s’en défendre?
Pour le souhaiter? Pour y participer? D’un côté
comme de l’autre, victimes ou agresseurs, nous sommes atteints
par le phénomène de la violence et de la terreur.
Ces jours-ci, les journaux et les émissions d’affaires
publiques analysent presque ad nauseam ce qui s’est passé
l’an dernier et tout au cours des douze derniers mois. «Tout
n’est plus comme avant!», finit-on par conclure...
Tout n’est plus comme avant et pourtant nous agissons et
réagissons comme avant... Le tango de la violence reproduit
en 2002 les pas de danse qu’il a inventé à l’apparition
des premiers humains. Les partenaires se giflent à qui mieux
mieux. Pierre frappe André. André réagit spontanément
en frappant à son tour. Gifle pour gifle? Pas tout-à-fait.
À une première gifle, André en ajoute une deuxième
pour essayer de contrôler Pierre par la force. Mais Pierre
ajoute trois gifles pour avoir le dessus lui-même. Et ainsi
de suite. On appelle cela: une escalade.
L’escalade de la violence!
Les humains ont cette drôle de manie de se copier sans cesse.
Surtout quand il s’agit de la haine, de la terreur, de la
vengeance. Les savants ont mis au point le clonage des animaux et
certains rêvent d’en faire autant chez les humains.
Leur trouvaille, cependant, n’est pas neuve. Nous faisons
du clonage depuis qu’il existe deux êtres humains sur
cette planète. Nous avons inventé la concurrence en
essayant de nous dépasser mutuellement: «Caïn
sera vengé sept fois mais Lamek soixante-dix-sept fois»
(Genèse 4, 24). Pour exercer un certain contrôle, Moïse
a inventé (en collaboration avec Dieu, bien sûr!) la
loi du talion: «Si malheur arrive, tu paieras vie pour vie,
oeil pour oeil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied,
brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure
pour meurtrissure» (Exode 21, 23-24). Nette changement dans
le traitement de la vengeance, mais copie encore. Copie conforme
même!
Il paraît que nous aurions le mime inscrit dans nos gênes.
Nous serions plus singes que nous le pensions! C’est le philosophe
et anthropologue René Girard qui le dit: «L’erreur
est toujours de raisonner dans les catégories de la ‘différence’,
alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt
la ‘concurrence’, la rivalité mimétique
entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire
le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même
chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme
est-il lié à un monde ‘différent’
du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas
dans cette ‘différence’ qui l’éloigne
le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire
dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance.
Les rapports humains sont essentiellement des rapports d’imitation,
de concurrence.» (Le Monde, 6 novembre 2001)
Quand l’ennemi a frappé, le cow-boy américain
a sorti ses fusils et il se garde le doigt nerveux, pas loin de
la gâchette. Il est prêt à tirer sur tout ce
qui bouge. Après tout, il a le monopole sur son cinéma.
Pas question qu’on le copie sans qu’il copie à
son tour, et en mieux. Ces jours-ci, il cherche tout ce qu’il
pourrait déplumer. Il préférerait scalper des
mannequins de vitrine plutôt que de laisser la vedette à
l’adversaire. Bref, notre voisin et pseudo-allié veut
faire peur, plus que tous les Ben Laden de la terre.
Une autre voie
Il n’y a pas d’avenir dans le mime et la copie conforme!
Surtout quand il s’agit de violence et de terrorisme. Les
humains ont l’instinct de domination ancré au fond
du coeur. Si cet instinct n’est pas canalisé, il peut
les détruire. Rien de moins.
N’y a-t-il pas d’autres façons de partager la
planète? N’y a-t-il pas d’autres moyens d’entrer
en relation les uns avec les autres sur cette terre? Un certain
Jésus (il y a plus de 2000 ans!) a prôné une
idée, une autre voie: le pardon et même l’amour
des ennemis!
Danger à l’horizon, direz-vous! Avec une telle idée,
finie alors la justice et vive la persécution? Non, si le
pardon est dialogue et recherche de vérité. Non, si
l’amour de l’ennemi est guérison mutuelle des
belligérants. Non, si le pardon et l’amour font chercher
les causes profondes au lieu de se contenter de cataplasmes superficiels.
L’idée de Jésus est utopique, il faut en convenir!
Mais son utopie s’appuie sur une confiance et une conviction:
chaque être humain porte en lui-même assez de bonté
pour inventer de l’harmonie et construire la paix avec les
autres.
|