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23
septembre 2002 |
Le défi
de la diversité
par Denis Gagnon, o.p.
es
noirs, des blancs! Des blonds, des bruns, des roux.! Des nez pointus,
des nez écrasés! Des gros, des petits! Des géants,
des nains! De bons caractères, des mauvais! Il y a de tout
sur cette planète. Si ronde soit-elle, la terre ressemble
à un gigantesque jardin anglais. Les fleurs se côtoient
sans nécessairement se ressembler, ni avoir des parentés.
Tout est pêle-mêle dans la foule humaine.
Et ce n’est pas facile. Les langues de communication sont
tellement diversifiées que parfois elles ne communiquent
pas ou, du moins, parviennent difficilement à le faire. Même
quand nous faisons appel aus gestes, aux signes, aux symboles. Je
connais une région d’Afrique où on dit bonjour
avec un signe de la main qui signifie chez moi: «Viens ici,
s.v.p.!»
Pas surprenant qu’il y ait de la bagarre un peu partout.
Et des conflits aussi diversifiés que tout le reste: des
petites frictions entre deux personnes; d’abominables guerres
entre les peuples. Nous nous chicanons pour des idées, des
prétentions, des injustices, des conquêtes. Nous allons
en procès ou nous réglons nos désaccords tant
bien que mal à l’amiable.
Parmi nos grands rêves, nous retrouvons souvent une soif
de paix, d’harmonie, de réconciliation. Pour y parvenir,
nous avons inventé le dialogue, la conversation, l’arbitrage,
la compréhension, la loi, le contrat, la charte, l’étude
des moeurs, l’objectivité, la lutte contre les préjugés,
etc.
Parfois, nous oublions que nos différences ne sont pas nécessairement
des différends. Il y a quelque chose de beau, d’enrichissant
à ne pas être semblables. La nature est là pour
en témoigner. Les champignons n’ont pas la stature
de l’arbre mais ils profitent de son ombre pour se développer.
Le soleil n’a rien d’un rose rouge mais celle-ci grandit
à cause de lui. Nous sommes nés de la différence
entre une femme et un homme. L’universitaire savant peut poursuivre
ses recherches parce que le fermier lui fournit les denrées
pour se nourrir.
La mentalité actuelle voudrait une pensée unique
sur l’ensemble de la planète. Le commerce conduit à
vouloir faire consommer les mêmes produits sur l’ensemble
de la terre. Partout, on en fait la promotion et, souvent, de la
même façon d’un continent à l’autre.
Des puissants veulent dominer et imposer leurs idéaux, leurs
cultures, leurs options économiques et philosophiques. Mais
il n’y a pas d’avenir à niveler, à uniformiser.
Nous ne pouvons nous unir qu’en respectant nos différences,
et même en les accentuant. Nos diversités nous font
vivre. La société vit et se développe grâce
à nos complémentarités.
D’après la Bible, Dieu bénit cette bienheureuse
différence. Il aurait même brisé un projet qui
allait en sens contraire. À Babel, on voulait construire
une ville aussi haute que le ciel, avec une seule langue, les mêmes
mots, et devenir un peuple unique. Dieu, qui avait déjà
la diversité dans sa nature divine, résista: «Allons,
descendons et brouillons ici leur langue, qu’ils ne s’entendent
plus les uns les autres!» (Genèse 11, 7) Le récit
laisse entendre que les humains se dispersèrent sur toute
la surface de la terre. Avec pour conséquence que la distance
favorise la différence.
À la fin du récit de la création du couple
humain, la Bible conclut: «Aussi l’homme laisse-t-il
son père et sa mère pour s’attacher à
sa femme, et ils deviennent une seule chair.» (Genèse
2, 24) Quitter le semblable pour s’attacher au différent.
S’attacher au différent, à la différente
pour devenir une seul chair.
Les humains se dispersèrent après Babel. Ils se dispersent
encore de nos jours. Ils se marièrent. Ils se marient encore
de nos jours. Ils ont ainsi l’occasion d’inventer l’harmonie
dans le déséquilibre, la beauté dans la diversité,
la richesse dans la complémentarité. Un défi
qui mérite bien d’être relevé.
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