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21
octobre 2002 |
D’abord
la personne
par Denis Gagnon, o.p.
a
misère n’est pas fatale; les personnes qui vivent dans
la pauvreté sont les premières à refuser cette
condition; il est du devoir de tous de s’unir pour la détruire.»
Ainsi s’exprimait-on au moment où, le 17 octobre 1987,
on inaugurait à Paris une dalle en l’honneur de ceux
et celles que la misère rejoint de mille et une façons.
L’initiative venait du Père Joseph Wrésinski,
fondateur du mouvement international ATD Quart Monde.
Depuis ce jour, chaque année, le 17 octobre est devenu la
journée mondiale du refus de la misère. Les statistiques
de la misère et de la pauvreté sont dramatiques. Sur
la planète, c’est 1,2 milliard de personnes qui vivent
dans une pauvreté extrême Elles ne gagnent même
pas un dollar US par jour. À côté d’elles,
1,6 milliard d’autres ont moins de deux dollars pour leur
pitance quotidienne. Chaque année, c’est 15 millions
de gens qui meurent de faim. Une personne sur trois ne mange pas
à sa faim. Parmi tous ces malheureux, des enfants, de nombreux
enfants.
«Là où des hommes et des femmes sont condamnés
à vivre dans la misère, les droits de la personne
sont violés. S’unir pour les faire respecter est un
devoir sacré.» (Joseph Wrésinski) Aujourd’hui
plus que jamais, la lutte à la pauvreté ne peut être
réduite à faire l’aumône à l’itinérant
qui nous tend la main. Il faut se placer dans des perspectives plus
larges. Des institutions doivent être transformées.
Des politiques doivent changer. Il faut une plus grande mobilisation
de l’ensemble des forces et des ressources humaines.
Dans le journal L’itinéraire d’octobre 2002,
Jean-Pierre Lacroix écrit à propos de la journée
mondiale du refus de la misère: «Ce n’est donc
pas une journée pour ‘aider les pauvres’, mais
un moment privilégié pour rendre hommage au courage
des personnes qui font face à la misère. Une journée
pour affirmer qu’ils sont des partenaires dans l’élimination
de la pauvreté. Une journée de fierté, d’espoir
et de dignité au cours de laquelle se rassemblent ceux et
celles qui refusent la misère et l’exclusion.»
(p. 4)
Trop souvent, hélas, nous nous contentons de donner sans
vraiment rencontrer celui ou celle qui nous tend la main. Il n’est
pas facile de partager la détresse des autres, à plus
forte raison quand il s’agit du pauvre que nous n’arrivons
pas toujours à reconnaître derrière ses yeux
cernés et ses joues creuses. Souvent aux prises avec des
problèmes de dépendance (drogues, alcool, cigarettes),
le pauvre est gardé à distance. Sa différence
(ou la nôtre!) dresse un mur entre lui et nous.
La pauvreté ne peut être combattue sans la rencontre
de l’autre, sans une véritable empathie, sans un vrai
partage de ce que nous vivons mutuellement. Le moyen le plus efficace
pour lutter contre la misère: créer des liens, favoriser
l’amitié entre le pauvre et le riche, rapprocher les
classes sociales. Tous les autres moyens, nécessaires et
essentiels, n’ont d’avenir que dans ces relations entre
les humains. Des hommes, des femmes, des enfants souffrent d’un
manque de biens matériels. Leur pauvreté n’est
que l’indice d’un déficit d’humanité
que seul l’amour arrivera à changer. Un accueil sans
restriction.
Un jour, Jésus se trouvait à la table d’un certain
Simon. Une femme entre dans la maison et verse un parfum très
coûteux sur les pieds de Jésus. Les disciples sont
scandalisés: «On aurait pu le vendre très cher
et donner la somme aux pauvres.» (Matthieu 26, 9) Jésus
rétorque: «Des pauvres, vous en avez toujours avec
vous; mais moi, vous ne m’avez pas pour toujours.» (26,
11) C’est vrai que nous avons toujours des pauvres parmi nous.
Mais Jésus ne veut sûrement pas dire qu’il faut
que les choses restent comme elles sont. Ni non plus que nous pouvons
nous laisser aller à la dépense et au luxe. Les évangiles
nous rapportent d’un bout à l’autre des engagements
de Jésus en faveur des pauvres et des petits. Son message
n’est rien d’autre qu’une option en faveur des
méprisés. Le dépouillement de sa vie et sa
mort sur la croix en disent long sur sa communion à la misère
humaine.
Cette journée du 17 octobre aura atteint son but si elle
nous réveille, même discrètement, si elle nous
incite à privilégier la rencontre de l’autre
durant les 364 autres jours de l’année. À la
manière du Christ.
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