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5
novembre 2002 |
De l’autre
bord
par Denis Gagnon, o.p.
ovembre!
De tous les mois de l’année, novembre se situe au plus
bas sur le thermomètre de la joie. Le soleil se cache souvent
et, quand il daigne se montrer, il a tous les symptômes de
la dépression. Le vent bougonne en bousculant tout sur son
passage. En se dépouillant de leur feuillage, les arbres
dressent leurs branches comme s’ils avaient peur! La désolation
remplit le paysage qui se montrait si généreux durant
les mois précédents.
La tradition consacre novembre au souvenir des
morts. Dès le début du mois, les coeurs se serrent.
Nous prions pour nos défunts et avec eux. Au milieu du mois,
le 11 nous rappelle que beaucoup _ beaucoup trop! _ ont versé
leur sang pour que d’autres vivent en paix.
Spécialiste des ruptures, la mort nous blesse.
Elle fait ses ravages parmi les hommes et les femmes que nous aimons.
Souvent, elle ne nous laisse pas le temps d’apprivoiser la
terrible menace, ni de faire nos adieux. Elle ravit sans demander
la permission.
Sommes-nous à ce point démunis devant
la grande faucheuse? Est-elle vraiment plus forte que nous? Ne parviendrons-nous
pas un jour à la faire mourir elle-même? Depuis des
siècles, les savants s’acharnent sur elle. Arrivent-ils
à la débusquer qu’elle reprend le maquis et
lancent de nouvelles flèches sur d’autres champs de
guerre. Elle s’échappe toujours et capture d’autres
victimes qu’elle entraîne rageusement dans son antre.
Le coeur en forme de souvenir, nous évoquons
le passé chargé de nos amours. “Tu te souviens
quand il disait... Et la fois que... C’était si bon
quand.... Le son de sa voix... son regard... son odeur...”
Nostalgie de jours heureux, embellis par la distance qui nous en
sépare.
À tous ces souvenirs, nous ajoutons des
rêves: “Comment ça se passe là où
tu es....”, chante Jean Lapointe. Nous essayons d’imaginer
l’au-delà. Toutes les fantaisies traversent nos imaginaires.
Mais impossible certitude, douloureuse incertitude! Il ne nous reste
que des souhaits, des désirs: “Qu’elle soit heureuse...
Qu’il soit en paix... Qu’il voit enfin...” Nous
aimerions que nos défunts se retrouvent aux endroits familiers
où nous les avons connus. Qu’ils continuent de partager
nos joies et nos aspirations. Et que la vie se poursuive comme avant...
Nous leur souhaitons un bonheur à hauteur de terre, à
la mesure de nos regards...
Un homme est déjà ressuscité
d’entre les morts par la puissance de Dieu. Il n’est
pas simplement revenu en arrière reprendre une vie que la
mort lui aurait volée. Il est ressuscité, le même
et pourtant difficile à reconnaître, accessible et
inaccessible à la fois. En lui, la vie, celle qu’on
avait perçue auparavant, a pris des proportions inouïes.
Elle est apparue sous des aspects inimaginables. En mieux, en beaucoup
mieux.
Nous espérons pour nos morts. Peut-être
qu’eux aussi espèrent pour nous. Peut-être qu’ils
nous appellent vers eux parce que, chez eux, c’est mieux qu’ici.
Peut-être qu’ils nous souhaitent l’inimaginable...
Finalement, peut-être que leur espérance à notre
égard est plus juste, plus vraie, plus réaliste que
la nôtre à leur endroit.
Dans l’autre vie y’a pas de mort
Y’a que d’la vie de l’autre bord
Dans l’autre vie y’a pas de mort
Y’a que d’l’amour de l’autre bord (Jean
Lapointe)
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