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17
novembre 2002 |
Seulement
parce que c’est toi...
par Denis Gagnon, o.p.
e
respect! S’il y en avait sur cette terre un peu plus, beaucoup
de guerres ne verraient jamais le jour. Pourquoi les conflits surgissent-ils
entre nous deux? Principalement pour une chose: toi ou moi, ou les
deux, nous n’avons pas reconnu l’autre tel qu’il
se présentait.
Qui
es-tu, toi qui te tiens devant moi? Un homme, une femme... Un être
vivant... Une tête, un coeur, un corps... Un être de
chair et d’esprit... Quelqu’un qui a des sentiments,
qui vit des émotions... Tu es là avec ta souffrance,
tes souffrances. Tu es là devant moi avec toute ta liberté.
Et qui dit liberté, dit aussi droit de prendre la parole,
droit d’avoir une opinion, droit d’être reconnu
comme tu es... Tu es là devant moi, avec tes expériences
de vie personnelle, ton histoire à toi. Mais tu ne serais
rien, rien que ta soif, rien que ta pauvreté, que je devrais
m’incliner devant toi comme je rends hommage aux hommes et
aux femmes de grande envergure.
Tu
peux autant que moi, autant que les autres, fouler le sol de la
planète. Tu viens de quelque part et tu as droit de te trouver
quelque part; tu as droit à une patrie. Il est normal _ au
sens que c’est une norme _que tu aies un travail qui te permette
d’apporter ta contribution à l’édification
du monde. Tu as droit de rassasier ta faim et de dormir décemment.
Tu as droit à la gratuité de l’amour et du bonheur.
«Je serais incapable de m’intéresser aux Droits
de l’homme, affirme Guy Aurenche, si je n’éprouvais
pas, au plus profond de moi, et d’abord, la certitude que
chacun de nous est tendu vers la beauté, la sagesse, le bonheur.
Que nous n’y parvenions pas toujours n’enlève
rien à notre désir.» (Guy AURENCHE, La dymanique
des Droits de l’homme, Paris, Desclée de Brouwer, 1998,
p. 19) Ce peut paraître paradoxal, mais tu as droit à
la gratuité, qu’on s’adresse à toi au-delà
de tes valeurs. Pour rien, seulement parce que c’est toi...
Qui
suis-je pour te refuser d’être ce que tu es? Qui suis-je
pour m’installer au-dessus de toi en maître et en puissant,
en considérant que tu ne mérites pas d’attention?
Quand je te croise, il n’est pas nécessaire que nous
devenions des amis, mais je ne peux t’interdire d’emprunter
le trottoir où je marche. Je ne peux ni croire ni dire ni
même penser que tu n’es pas un être humain.
La
politesse que j’ai pour toi dessine la chorégraphie
du respect que je dois te porter. Souvent, nous levons le nez sur
les règles de politesse. Nous les trouvons affectées.
Elles favoriseraient les rapports artificiels. Nous les accusons
de nourrir l’hypocrisie. Il peut y avoir du vrai dans de telles
affirmations. Mais, fondamentalement, la politesse nous permet de
nous respecter l’un et l’autre. Elle veut nous faire
reconnaître la grandeur des relations humaines et créer
entre nous des échanges de qualité. La présence
de l’autre nous est toujours offerte comme un don, l’occasion
d’accéder à un mystère qui révèle
le nôtre, un temps de partage de nos richesses respectives.
Dans mon enfance, ma mère m’a appris à ne jamais
rire ou ridiculiser les gens qui croisent ma route. Elle disait:
«C’est peut-être Jésus.» J’ai
appris alors à reconnaître le Christ dans toute personne.
Mais le Christ m’a appris à son tour à donner
toute leur importance aux personnes, qu’elles me renvoient
ou non à lui. Chaque être a droit à mon attention,
dans ma foi comme au delà de celle-ci. C’est une des
grandeurs du christianisme que de donner tout son poids à
toute réalité créée, et surtout à
toute personne humaine. Dieu regarde le coeur et son regard nous
invite à dépasser les apparences.
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