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Spiritualite2000.com
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20
mars 2002
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Ce matin,
crois seulement !
par Denis Gagnon, o.p.
n
homme est mort. Une mort décidée et programmée
par d'autres hommes. Une mort brutale et absurde comme toutes les
morts de condamnation. Cependant, un autre homme ose commenter:
Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu (Matthieu
27, 54)
Et
voici que, du fond des âges, d'autres hommes et des femmes
se lèvent. Ils traversent les siècles pour se rassembler
au tombeau du condamné. Viennent-ils assister aux funérailles?
Se rassemblent-ils comme une église pour un dernier adieu?
Ils ont marché comme s'ils voyaient l'invisible, comme s'ils
croyaient l'incroyable, comme s'ils espéraient l'inespérable!
C'est
le matin, un matin silencieux comme un lendemain de honte. Une voix
brise ce lourd silence: Je sais que vous cherchez Jésus,
le crucifié. Il n'est pas ici, car il est ressuscité
comme il l'avait dit. (Matthieu 28, 5-6)
Quelle nouvelle! Je vous vois,
pèlerins de tous les âges. Je vous vois, étonnés
devant l'inouï. Je vous vois, Adam et Ève. Vous avez
quitté un beau paradis. Nous nous nourrissons depuis des
millénaires de votre nostalgie. Nous occupons notre temps,
nos énergies, nos amours, à reconstruire ce que vous
avez perdu. Car c'est cette harmonie que nous cherchons dans nos
alliances. C'est cette concorde que nous voulons en construisant
nos fraternités. C'est cette chaleur que nous demandons à
nos amours d'hommes et de femmes.
Eh
bien, ce matin, Dieu vous offre et nous offre à nous aussi
un paradis plus beau encore, un jardin dont nous ne soupçonnons
pas le paysage. Vous avez voulu devenir comme des dieux. Ce matin,
Dieu vous offre de vivre en Dieu. Si nous plongeons notre mort dans
la mort du Christ, nous pouvons espérer ressusciter avec
lui. Si nous enfouissons notre déchéance dans la déchéance
du Christ, nous pouvons espérer une noblesse que seul le
Fils de Dieu connaît pour l'instant. Non seulement nos amours
seront transformées, mais elles seront envahies par l'amour
même de Dieu. Nos sociétés découvriront
qu'elles sont appelées au delà d'elles-mêmes.
Dieu ne se contente pas de nous ranimer. C'est sa vie qu'il fait
germer dans nos morts.
Et
vous, Sara, Abraham, vous avez connu les extrêmes. Vous avez
vécu la stérilité la plus sèche et la
fécondité la plus prodigieuse. Vous avez connu la
douceur de l'attachement et l'horreur de tout perdre. Vous avez
connu l'amour et la rupture. Voyez, cette nuit, Dieu qui retrouve
son enfant perdu, son Fils qui était mort et qui est revenu
à la vie. Toute la caravane, la longue caravane de vos descendants,
aussi nombreux que les sables de la mer et que les étoiles
du ciel, voyez-les maintenant courbés sous le poids de leur
sacrifice. Ils ploient sous la charge des injustices.
Voyez l'écart toujours
grandissant entre les riches et les pauvres malgré tous les
sommets que nous organisons, malgré toutes nos tables de
concertation. Voyez les enjeux des alliances et des mésalliances.
Voyez les haines entre les peuples jusque dans le pays que Dieu
vous avait promis. Et ailleurs dans l'Europe de l'Est, en Afrique,
en Extrême Orient et dans les Amériques. Dieu ne veut
pas ses sacrifices humains. Dieu ne veut pas ses immolations. Il
le dit aujourd'hui en retenant le bras du péché, en
ressuscitant son Fils lié sur le bois de la croix. Abraham,
Sara, dites à vos descendants et à vos descendantes
de ne pas désespérer de l'humanité. Dieu peut
faire de la vie avec de la mort.
Et toi, Moïse! Moïse
sauvé des eaux, baptisé dans la compassion de Dieu.
Moïse, le libérateur, tu as agi au nom de Dieu pour
briser l'esclavage de tes compatriotes. Tu les as entraînés
au désert, en route vers une terre promise. Vois, ce matin,
Dieu qui t'offre et offre à toute l'humanité, un royaume
à nul autre pareil. Vois la liberté que Dieu donne
dans la résurrection de son Fils. Une liberté qui
va même au delà des limites de ce monde. Dis-nous,
Moïse, de ne pas avoir peur de la liberté. Même
si elle coûte cher. Même si nos vies sont risquées
quand nous l'accueillons. Même si nos institutions sont ébranlées
quand nous l'assumons. Dis-nous, Moïse, que Dieu nous veut
debout, maîtres de nos destins, des hommes et des femmes libérés
et libérateurs.
Et
vous, les femmes du matin de Pâques, Marie Madeleine, Jeanne
et Marie mère de Jacques, et vous les femmes qui les accompagnaient,
courez vite vers tous les bouts du monde pour raconter la nouvelle.
Répétez-nous le message de l'être mystérieux
en vêtements éblouissants: Il n'est pas ici,
car il est ressuscité. (Matthieu 28, 6) Hier, vous
vous teniez à distance pour contempler Jésus mort
sur la croix. Aujourd'hui, laissez Dieu combler la distance et vous
conduire jusqu'au Ressuscité.
Désormais
ne cherchez plus les morts parmi les tombeaux. Ils ne sont pas là
où leurs noms sont inscrits dans la pierre. Ils sont ailleurs,
dans l'ailleurs des rêves de Dieu. Vous les trouverez en vous
laissant entraîner par Dieu dans la re-création du
monde, dans cette longue semaine de siècles et de millénaires
où Dieu refait le monde.
C'est
fou, tout ce que je dis là. J'en conviens. Mon discours peut
sembler être celui d'un illuminé. C'est vrai. La folie
de la croix nous conduit à la folie de la résurrection.
Aucune preuve ne vient contenter notre raison. Seulement la parole
de frères et de soeurs qui ont cru et qui nous invitent à
croire. C'est devant la mort et la résurrection du Christ
que la foi est la plus dépouillée. Crois seulement,
un jour tu comprendras! Mais crois avec tes mains, avec tes paroles.
Crois avec tes aspirations et ta quête de sens. Crois dans
toutes tes entreprises. Crois dans tes amours et dans tes combats.
Crois, et un jour, ta nuit deviendra claire comme le jour.
- Radio Ville-Marie 91.3 FM
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