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Spiritualite2000.com
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13
mai 2002
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Mais
pourquoi ?...
par Denis Gagnon, o.p.
n
jeune animateur de pastorale me confiait, un jour, son étonnement:
Nous passons notre vie avec un inconnu. Nous parlons de lui.
Nous le suivons. Nous lui vouons toute notre existence. Nous invitons
les autres à marcher avec lui. Nous organisons des activités
à son sujet. Mais nous ne le connaissons pas. Nous ne l'avons
jamais vu... La foi ressemble à un problème
d'algèbre. Nous jonglons avec des chiffres aux valeurs bien
déterminées, mais il y a constamment ce X , cet inconnu
que nous promenons d'un côté comme de l'autre en le
mettant en relation avec le reste sans pour autant pouvoir l'identifier
clairement. Dieu l'inaccessible, l'impalpable!
Des bouquins pour remplir des milliers de bibliothèques
ont été écrits à son sujet. On continue
d'en rédiger avec l'impression de ne pas avoir tari la source.
Pour le connaître, on continue de scruter la Bible, de parcourir
l'histoire d e l'humanité, d'interroger les grands comme
les petits croyants. Dieu demeure toujours un mystère.
Avons-nous besoin de lui? Il se cache. Ton regard se dirige-t-il
vers lui qu'aussitôt il te semble ailleurs. Ta main s'approche-t-elle
pour toucher qu'elle ne caresse que le vide. L'élan de ta
prière se bute à un mur ou plonge dans le néant.
Dieu est toujours ailleurs au point de donner l'impression qu'il
n'est nulle part! Devant le mal, devant la souffrance, nous le cherchons.
Son silence nous traverse le coeur comme la lame d'un couteau tranche
la chair. Douloureux désir que celui qui ne goûte jamais
à ce qu'il cherche!
Le Verbe de Dieu, sa Parole, s'est fait chair. Il a demeuré
parmi nous. Jean le proclame: Nous avons vu sa gloire
(1, 14). Des milliers de gens l'ont vu. En chair et en os. Ils ont
entendu sa voix, senti son odeur. Ils ont été ému
à l'entendre et à le toucher. Mais c'est il y a longtemps.
Et il n'est plus là aujourd'hui. Parti comme tous les signes
qui semblaient annoncer la présence de Dieu.
Pourquoi le Verbe n'est-il pas resté? Ressuscité
après sa mort, il ne pouvait disparaître. À
quoi sert une résurrection si elle ne dure pas? Vivant au
milieu de nous, le Ressuscité serait un témoignage
tangible que la mort est vaincue. Pourquoi ne laisser que des signes
fragiles à une foi qui ne peut que demeurer hésitante
devant tant d'incertitudes?
Y a-t-il eu erreur dans le processus au point que la mécanique
pascale se soit déréglée? Pourtant non,
le Christ lui-même avait annoncé son départ:
Mes petits enfants, je ne suis plus avec vous que pour peu
de temps (Jean 13, 33) Pour compliquer l'affaire, il ajouta:
Là où je vais vous ne pouvez venir! Il
a même dit: C'est votre avantage que je m'en aille
(16, 7) Au matin de la résurrection, dans le jardin du tombeau,
à Marie-Madeleine qui l'a reconnu, il insista: Ne me
retiens pas (20, 17)!
Nous parlons souvent de la présence du Christ. Peut-être
ne pensons-nous pas assez à son absence. Peut-être
qu'il nous est bon que le Christ demeure absent. Cela nous oblige
à reprendre la route. À chercher encore. Sentir l'absence
pour chercher encore la présence. Les gens comblés,
rassasiés, arrêtent de manger. Le Christ est parti
pour que notre foi exprime sa faim, son désir, et qu'elle
continue de creuser en nous l'espace, le vide, l'ouverture qui garde
en route. Si le Christ se laisse trouver, c'est pour le chercher
encore et toujours. Bienheureuse absence qui nous garde assez pauvres,
suffisamment démunis pour continuer notre quête.
- Radio Ville-Marie 91.3 FM
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