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Spiritualite2000.com
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1
juin 2002
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Prière
d'un pissenlit
par Denis Gagnon, o.p.
on
Dieu, mon Soleil, tu m'as fait à ta ressemblance et je suis
heureux d'être un portrait de toi. Qu'il fasse beau ou que
le temps soit triste, je garde ma lumière, petite étoile
au coin des pelouses ou à travers le long foin sec.
Comme toi, je suis partout, envahissant ou discret,
selon que la terre est riche ou stérile. Je m'accroche à
la vie avec une ardeur que l'on ne retrouve pas assez chez les humains.
Devant les obstacles, je suis têtu comme
une mule. Aux trottoirs crevassés, poussiéreux, qui
se résignent trop facilement à supporter les bâtonnets
de Pop-Sicle, les sacs de Chips ou les pneus de voitures mal garées,
je veux dire que tout ce que je porte, au fond de moi, a droit d'exister
au grand jour et que l'asphalte, si résignant soit-il, ne
peut m'empêcher de chercher la lumière et l'oxygène.
Bien du monde devrait avoir ma ténacité: que d'obstacles
seraient vaincus, que de talents auraient la chance de naître,
que de bonheurs pourraient vivre!
On m'en veut beaucoup. Les maniaques des gazons
verts ne peuvent me tolérer. Je les comprends bien puisque
je n'ai pas bonne réputation et que l'on se fie tellement
à la réputation des gens. On dit beaucoup de mal à
mon sujet. D'autres, à ma place, se cacheraient, se laisseraient
envahir par un complexe d'infériorité ou se révolteraient
à grand renfort de violence. J'ai pensé gagner l'amitié
par la douceur, en faisant valoir mes qualités, en essayant
de trouver ma place dans la famille des fleurs, en respectant celle
qu'occupent les autres.
Les botanistes me donnent des noms longs comme
un poteau de téléphone; ils m'auscultent de tout bord
et de tout côté; ils me mesurent et étudient
mes moeurs. Mais, si compétents qu'ils soient à mon
sujet, ils ne remplaceront jamais la délicatesse d'un enfant
qui me rassemble en bouquet pour m'offrir à sa mère.
Le regard attendri d'une maman me fait oublier toutes les méchancetés
des autres.
Merci, mon Dieu, mon Soleil, pour la vie, pour
le vent qui me fait danser, pour le frémissement de l'abeille
qui se gave de mon pollen, pour le papillon qui réveille
en moi le poète si souvent étouffé par ma raison
trop sérieuse. Merci beaucoup pour le goût d'aimer,
malgré la hargne qu'on déploie à mon endroit.
Merci beaucoup parce que tu m'aimes tel que je suis, parce que je
m'accepte tel que je suis.
- Radio Ville-Marie 91.3 FM
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