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Spiritualite2000.com
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31
janvier 2002
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Je n'ai pas besoin de toi »
par Denis Gagnon,
o.p.
vez-vous
vu le film Nuit de noces du réalisateur québécois
émile Gaudreault? C'est le récit d'un couple qui
gagne un voyage aux Chutes Niagara, y compris la célébration
de son mariage et la noce qui suit, toutes dépenses payées
pour les deux amoureux et leurs proches. C'est drôle, drôle
à mourir!
Et sérieux, très
très sérieux! Du moins pour l'essentiel, c'est-à-dire
la relation entre les deux tourtereaux. Ils ont beaucoup de difficulté
à se rejoindre. La famille s'impose. Elle intervient dans
le décor à tort et à travers. Elle brouille
les cartes. Manipulations, intérêts égoïstes,
superficialité, irrespect, banalisation, tout y passe et
donne l'impression d'une comédie loufoque et légère.
Une sorte de dérision de l'amour conjugal et du mariage!
C'est moins comique pour
le couple. Leur vie est en jeu. Tour à tour, ils se rapprochent
et prennent leurs distances. Ils se cherchent et se fuient. Profondément,
ils n'aiment pas de la même manière. Elle désire
un homme qui vienne remplir son existence. Elle le veut à
ses côtés pour combler son vide intérieur.
Lui se tient à l'opposé. Il finit par avouer: Je
n'ai pas besoin de toi! Vous comprenez qu'un tel aveu fait
éclater une bombe. Finalement, au bout de mille péripéties,
le fiancé arrive à s'expliquer: Je cite de mémoire:
Je n'ai pas besoin de toi! Je ne veux pas que tu aies besoin
de moi! Aimons-nous sans avoir besoin l'un de l'autre.
Dans tout le film, cette
réplique est peut-être la seule qui soit sérieuse.
Et elle est de taille. Elle proclame que les êtres ne s'aiment
pleinement que s'ils parviennent à ne pas utiliser l'autre
comme une réponse à leurs besoins. Ils ne s'aiment
pas pour combler un vide. Ils ne s'aiment pas pour régler
leur problème de solitude. L'autre est reçu en toute
gratuité, sans recherche d'intérêt personnel.
L'autre est inutile et essentiel
tout à la fois. Je n'ai pas besoin de toi. Mais tu es là,
et je veux que tu sois là... pour rien. Sans utilité,
sans être un moyen ou un remède pour quoi que ce
soit qui me manque ou me rend malade. Tu habites ma vie et j'y
tiens plus que tout. Tu es entièrement cadeau, don, gratuité,
grâce. S'il nous arrive de servir mutuellement nos intérêts,
tant mieux! Mais notre amour ne s'enferme pas dans notre soutien
mutuel. Il est au-delà.
Bien sûr, un tel amour
est un sommet qu'on ne parvient pas à atteindre totalement.
Mais comme tous les sommets inaccessibles, on y tend. Et cette
tension est vitale.
George Dor chantait naguère:
Ce n'est pas quand je dis: je t'aime, que je t'aime, c'est
bien plus loin, c'est bien plus fort... L'amour, le véritable
amour, dépasse toujours le peu que nous en devinons. Il
déborde la page que nous écrivons ensemble tout
au long de notre vie à deux. Chaque mot que nous traçons
dans la lettre d'amour que nous nous échangeons d'un jour
à l'autre enchâsse comme un écrin une part
du mystère que nous sommes en train de réveiller
en nous-mêmes et entre nous. Voyage intérieur qui
construit d'autant plus qu'il est pure gratuité.
Drôle de paradoxe que
l'amour. Il nous est essentiel dans la mesure où nous n'en
avons pas besoin.
- Radio Ville-Marie 91.3
FM
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