|
Spiritualite2000.com
|
|
17
février 2002
|
Désert,
terre de combat !
par Denis Gagnon,
o.p.
epuis
quelques mois, les paysages dépouillés de l'Afghanistan
défilent sur l'écran de nos téléviseurs.
De grands espaces de couleur uniforme au point que nous distinguons
mal les aspérités des collines et des montagnes.
Tout est neutre. Rien n'attire notre attention. Rien ne distrait.
Un désert. Et ce décor est devenu le théâtre
d'une guerre sans merci.
Le désert, lieu d'attaque, de combat, de tuerie. Dans
la littérature spirituelle, notamment la Bible, les ascètes
et les mystiques se rendent au désert. Ils ne s'y retrouvent
pas pour affronter les autres, mais pour faire la guerre à
eux-mêmes personnellement. Le désert est le lieu
du combat intérieur. Qui s'y rend accepte de faire face
à lui-même. Le lieu se dresse devant lui comme un
miroir d'une franchise étonnante. Il n'accentue pas les
beautés ni ne masque les laideurs. Tout est vrai.
Un séjour au désert permet l'expérience
du silence autour de soi. Aucun stimulus extérieur ne vient
attirer l'attention. Aucune sirène pour charmer l'Ulysse
voyageur. Tout mouvement, tout bruit, toute vie est absente. Sauf
soi-même et son monde intérieur. Parler ici, c'est
parler à soi, c'est s'adresser à soi, c'est ne voir
et n'entendre que soi.
La rencontre peut être difficile. Parfois, c'est la guerre.
Se découvrir, se reconnaître, s'accepter peut souvent
être un combat. L'être humain doit faire le deuil
de ses rêves impossibles. Il a des limites. Il doit accepter
de vivre en deçà de ses aspirations, même
les meilleures.
L'épreuve est dure depuis toujours. Mais, de nos jours,
elle est particulièrement pénible. Le décor
où nous évoluons habituellement nous distrait de
nous-mêmes sans retenue. Les images, les sons, les bruits,
tout attire notre attention et nous éloigne, du même
coup, de ce que nous sommes personnellement. Le mûrissement
de notre être en prend pour son rhume.
Mais un autre obstacle nous contrarie davantage. L'évolution
des sciences et les multiples découvertes nous laissent
entendre que le progrès pourrait être sans limite.
Serions-nous en train de devenir des supermen? La médecine
va-t-elle parvenir à éliminer la mort? Les distances
vont-elles être comblées? Les frontières dépassées?
Nos désirs complètement réalisés?
La tentation est grande. Mais le désert renvoie à
nous-mêmes et à nos limites. Je ne suis pas devenu
ce que j'ai rêvé devenir. J'ai des fragilités
insurmontables, des impuissances chroniques. Je ne suis pas tout
puissant! Un point, c'est tout!
Qui arrive à reconnaître ses limites a déjà
traversé bien des obstacles. Il a atteint un degré
de maturité que plusieurs lui envient. Cette reconnaissance
crée une liberté qui _ chose paradoxale _ amène
à dépasser des frontières. La lucidité
sur soi, loin de paralyser, laisse surgir de nouvelles possibilités.
Elle a aboli les écrans qui empêchent la communication
avec soi et avec les autres.
Le désert, terre de sécheresse, peut devenir un
jardin de liberté. Ici, la solitude devient une amie et
permet la communication, la rencontre, l'amour. Je peux accueillir
l'autre inconditionnellement parce que j'ai appris à m'accueillir
sans limite. Le combat intérieur élimine les autres
guerres.
Puis-je me permettre de rêver que tous les guerriers de
la terre fassent l'expérience de la solitude au désert?
Ils apprendraient que le seul combat qui mérite l'admiration
est celui que nous menons avec nous-mêmes pour gagner la
liberté intérieure.
- Radio Ville-Marie 91.3
FM
-
-
|