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Septembre
2001
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Ignace d'Antioche : Celui
qui partit en mission les fers aux pieds
Je suis le froment de dieu; que je sois moulu par la dent des
bêtes pour devenir le pain blanc du christ!
Allez comprendre ! songent les gardes qui, à l'aube du
IIe siècle, conduisent Ignace, l'évêque
d'Antioche, à son funeste destin. Ce n'est pourtant pas
le premier chrétien qu'ils accompagnent au supplice.
On dit que celui-ci vient d'Antioche. épuisé
? Même pas. Depuis que nous avons pris le relais, à
quelques lieues des portes de Rome, il ne cesse de prêcher!
Faut-il qu'ils soient dangereux, lui et ses compagnons, pour
qu'on les ramène de si loin ! Pourtant, ils ne semblent
guère violents, au contraire... Décidément,
les gardes n'y comprennent rien...
Sur
la route de son martyre, Ignace ne se lamente pas. Conduit par
ses persécuteurs à Rome pour être dévoré
par les fauves, il exhorte, écrit, professe et convertit...
Jusqu'au bout, jusqu'au cirque.
Là-bas,
à Antioche, Ignace se sentait encore l'héritier
de Pierre, dont il est le deuxième successeur dans la
cité. Pendant quinze ans, il a accompagné les
premiers pas d'une jeune et forte église, il a organisé,
administré ; il s'est efforcé d'être pasteur,
aussi. Jésus-Christ est ressuscité, venez
marcher dans les pas du Seigneur ! Partout se répand
cette proclamation, tandis que se lézardent peu à
peu les fondations de l'empire. L'empereur Trajan prend peur.
Les communautés de chrétiens ne cessent de grandir
et de se multiplier. Les convertis, de plus en plus nombreux,
s'implantent dans les principales métropoles. Même
les routes des campagnes reculées se peuplent de pèlerins
ou de pères venus enseigner la Bonne Nouvelle. Certes,
ces communautés sont dispersées, mais ne font-elles
pas preuve d'un activisme redoutable, susceptible de menacer
le pouvoir central ? Bien plus, elles s'organisent. Dans chaque
ville où la communauté chrétienne est importante,
un évêque prend en charge les fidèles. N'y
a-t-il pas là une sorte de contre-pouvoir ? L'empereur
Trajan décide alors de resserrer son emprise sur l'empire
: or, rien de tel qu'un ennemi commun pour fédérer
les citoyens.
Les
armes impériales savent abattre l'ennemi qui se présente
le glaive à la main; mais comment combattre la foi ?
Elles parviennent à anéantir l'envahissseur des
contrées barbares qui cherche à forcer les limites
de l'empire ; elles punissent le coupable d'un délit,
mais comment museler la détermination ardente du croyant
? Qu'à cela ne tienne... Trajan publie un édit.
Il veut faire un exemple. Abjurez ou mourez ! Si des chrétiens
meurent, les indécis reculeront, les récents convertis
tiédiront. Pourtant, à Antioche, Ignace et ses
compagnons ne cèdent pas à l'intimidation. Autour
d'eux, de nombreux fidèles font preuve d'une foi indéfectible.
L'évêque et d'autres réfractaires sont arrêtés,
puis condamnés à mort. Pour déjouer tout
risque d'émeute, la sentence sera exécutée
à Rome, au prix d'un transfert des prisonniers de plusieurs
semaines jusqu'à la capitale de l'empire. Mais, loin
de céder à l'accablement, Ignace profite de son
passage dans les villes chrétiennes pour adresser aux
évêques de véritables professions de foi
sous forme de lettres.
Ignace
témoigne pour tous ceux qui, en ces temps déjà
troublés par les divisions théologiques, la multiplication
des hérésies et les persécutions incessantes,
risquent de renier leur foi. C'est pour eux qu'il a écrit
: Tournez-vous vers votre évêque. Il ne
doit y avoir qu'une seule église, qu'une eucharistie,
qu'un sanctuaire, qu'une foi, qu'un évêque. Tournez-vous
vers lui; écoutez-le ; suivez-le; soumettez-vous à
lui. Sans lui pas de baptême, pas d'eucharistie. Ce qu'il
approuve plaît aussi à Dieu.
Avant
d'entrer dans le cirque, Ignace interpelle encore ses contemporains
: C'est Jésus-Christ que je cherche, Lui qui est
mort pour nous ; c'est Lui que je veux, Lui qui est ressuscité
à cause de nous ! L'heure vient pour moi de l'enfantement
(
) Laissez-moi saisir la pure lumière.
Seules les huées haineuses du cirque lui imposeront silence
; ce n'est que face aux fauves qu'il se tait à jamais.
La mort d'Ignace, acceptée dans la joie, témoigne
de l'espérance invincible qui l'anime. Un martyr n'est
pas un sacrifice, il s'offre à Dieu pour approcher le
mystère de plus près.
Extrait du Livre des
merveilles, Mame-Plon, 1999
- SOURCES
: Ignace d'Antioche, Lettre aux Romains, IV, 1-2 ; V, 1-3. Eusèbe
de Césarée, Histoire ecclésiastique, t.
III, 36. P. Maraval, Les persécutions durant les quatre
premiers siècles du christianisme, Paris, 1992.
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