|
Spiritualite2000.com
|
|
Février 2001 |
-
- Le premier concile de
Nicée :Qui donc est Dieu?
Quand
la nouvelle de La condamnation d'Arius Parvint en Égypte, tout
un quartier d'Alexandrie, celui du
port, fut consterné. Arius excommunié et mis au ban de l'Empire
lors d'un concile tenu à Nicée en 325 ! Un prêtre si savant et
si zélé ! II avait étudié à Antioche, avant d'être nommé responsable
de ce quartier en qualité de simple prêtre... Son enseignement
avait frappé les esprits, et sa pastorale également. N'avait-il
pas eu l'idée de mettre en chansons l'essentiel de son enseignement
?
Des marins les chantaient en déchargeant les
bateaux. Certains chrétiens, toutefois, ne partageaient pas cet
enthousiasme. Ils estimaient que la doctrine d'Arius était contraire
à la foi catholique. Alexandre, l'évêque d'Alexandrie, finît par
le chasser de la ville. Mais Arius, réfugié à Nicomédie, la
capitale, en profita pour continuer à répandre ses Idées
nouvelles. Le désordre grandissait. L'empereur Constantin, récemment
converti, se vît obligé d'intervenir. Il décida de réunir, fait
sans précédent, les évêques de tout l'empire (l'Oikouménè)
pour mettre fin à ces errances et rétablir l'unité entre les chrétiens.
Ce fut le premier concile oecuménique, celui de Nicée.
Pour ou contre Arius ? Les discussion vont bon
train à travers tout l'Orient. Deux visions du monde viennent en
fait d'entrer en conflit sur la place publique et les chrétiens se
passionnent. Deux théologies s'opposent, dont l'une, celle d'Arius
- l'arianisme - met en cause un point fondamental de la foi reçue
des Apôtres : la nature même du Christ.
Tout le monde était bien d'accord pour reconnaître
le rôle central du Christ dans la foi et dans le culte des chrétiens.
Tout le monde admettait avec la même conviction qu'il n'y avait
qu'un seul Dieu. Mais alors, comment reconnaître la divinité du
Christ sans risquer d'adorer deux dieux ?
Arius prenait très au sérieux les hautes
exigences de ceux qui défendaient la thèse du Dieu unique : l'Église,
les juifs bien sûr « monothéistes » par définition, mais aussi
certains penseurs païens. Ceux-ci n'ignoraient pas qu'au-dessus de
tous les dieux vénérés dans l'empire il fallait admettre, au
sommet de la pyramide, un principe unique, indépassable, clef de voûte
de tout l'ensemble. Pour Arius, le Dieu de la foi devait être aussi
transcendant que le « premier Principe » des philosophes. Il
fallait éviter de compromettre le vrai Dieu dans les affaires des
hommes, comme le faisaient malheureusement trop de chrétiens mal
formés. Il suffisait de repenser la théologie du Fils de Dieu, en
le plaçant entre Dieu et toute la Création.
Au sommet de la pyramide des êtres, Arius pose
donc le Dieu Unique, le seul vrai Dieu, le seul sans commencement,
le seul sage, le seul bon. Ayant décidé, dans sa
bonté, de
faire venir
à l'existence
d'autres êtres
que lui-même,
ce Dieu s'était
heurté à la distance infinie qui le sépare de tout ce qui n'est
pas lui. Jamais aucune créature
n'aurait pu avoir de contact avec lui,
ni supporter directement « la main nue de Dieu ». Et voilà
l'occasion de faire entrer en scène le Fils !
Selon Arius,
Dieu a commencé
par créer le Fils, une créature hors du commun - moins grande
que Dieu, mais au-dessus des hommes -
par laquelle tout sera créé. Arius fonde alors sa théologie
sur l'Écriture, citant
un verset du Prologue
de saint Jean : « Tout a été fait par lui (le Fils) » (Jn 1, 3).
Arius a certes le mérite de défendre une très
haute idée de Dieu. Il existe cependant dans sa théologie un point
qui s'oppose manifestement à la foi traditionnelle des chrétiens.
Arius confesse un Dieu qui ressemble comme un frère au Dieu
tel que
l'imagine la
pensée humaine : un Dieu au-dessus de tout, sans égal, et
qui n'existe que par lui- même. Le Dieu d'Arius est un Dieu
lointain, un Dieu détaché de tout, il est Dieu en tant que Dieu.
C'est sur ce point précis que le concile de Nicée a réagi.
Le Dieu de Nicée, en revanche, est un Dieu qui ne va pas sans
le Fils, il n'est Dieu qu'en tant que Père. Et cela change tout
! De toujours à toujours, ayant un Fils, il est Père et donc,
de toute éternité, il est un Dieu qui n'est pas seul, mais un
Dieu qui aime et qui est dans la joie, comme le dit le livre des
Proverbes (Pr 8, 50). Étant Père, il est un Dieu en relation,
ouvert sur un Autre, et cet Autre, son Fils, II l'engendre égal
en tout à lui- même, un avec lui, de même nature que lui : le
Christ « est Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai
Dieu né du vrai Dieu, engendré, non pas créé, de même nature que
le Père et par lui tout a été fait ».
Une difficulté de taille subsistait cependant.
Si le Christ est Dieu comme le Père, les chrétiens n'adorent-ils
pas deux dieux ? C'est en répondant à cette question que les pères
réunis en concile à Nicée commencent à mettre en place une
nouvelle notion : celle de personne, distinguée de celle de
nature. Si on demande ce que sont le Père et le Fils, on répond :
ils sont Dieu l'un et l'autre, et donc un seul Dieu (une unique
nature concrète). Mais on peut également poser la question : qui
sont-ils ? Et là il faut répondre : Ils sont Père et Fils, et
donc deux personnes. À partir de deux mots qui vont toujours
ensemble, les mots Père et Fils, une découverte de grande
importance a vu le jour à Nicée.
Les individus se comptent parce qu'ils
ont tous quelque chose de commun entre eux, la personne brille par
ce qu'elle a d'unique. Elle attire
l'attention sur ce qui fait de chaque homme un sujet irremplaçable.
Comme tout chrétien croit que chaque personne
humaine est créé à l'image des personnes divines - en
particulier celle du Fils -, cette notion de personne constitue le
fondement même de la dignité de l'homme. Depuis Nicée, petite
ville située à l'est de la mer de Marmara, cette idée fera peu
à peu son chemin dans le monde, sous la forme des droits de la
personne humaine. La déclaration
adoptée au concile de Nicée, le « symbole de Nicée »,
ne s'imposa pas du jour au lendemain. Suivant une longue période
agitée de vives controverses où la tendance « arianisante »
continuait de s'affirmer.
Pour maintenir le point de vue d'Arius tout
en acceptant le symbole de Nicée, certains esprits imaginèrent une
solution inattendue. Le concile avait affirmé que le Fils était le
vrai Dieu : par là, il l'avait en quelque sorte rendu au Père.
Mais dans ce cas, le Fils n'était plus là pour jeter un pont
au-dessus de l'abîme que l'on imaginait entre le Père et les
hommes. Certains chrétiens d'Égypte, puis de Cappadoce -
l'actuelle Turquie - eurent alors l'idée de se tourner vers
l'Esprit Saint, dont le nom figurait en troisième position dans
la formule du baptême. À l'Esprit de jouer ce rôle de pont
au-dessus de l'abîme! Comme le Fils chez Arius, c'est l'Esprit
qui chez ces déviants sert d'intermédiaire créé, créature
hors du commun à mi-chemin entre le Père et les hommes.
Mais cette variante de l'arianisme échoua
elle aussi. Pour les pères de cette époque, il était évident que
la vie divine qui vient du Père par le Fils est donnée dans l'Esprit
Saint. Par la présence transformante de cet Esprit qui introduit
dans la vie du Christ, l'homme est mis en contact avec le Père.
Mais si l'Esprit n'est pas Dieu, comment pourrait-il y avoir
contact? Comment le Père pourrait-il se donner à l'homme en l'Esprit
Saint? Comment l'homme pourrait-il être fait fils et divinisé
par lui? « S'il divinise, nul doute qu'il est Dieu »
dit saint Athanase à son propos. L'hérésie contre l'Esprit
Saint fut donc condamnée elle aussi en 381, lors du deuxième
concile ocuménique, Constantinople I.
Un nouveau credo fut composé pour compléter
celui de Nicée. Le paragraphe rédigé pour l'occasion est
remarquable. Il évite toute formule abstraite pour parler de l'Esprit
Saint. En se référant à la vie des chrétiens, à un verset de
saint Jean et à la prière de l'Église, le concile affirme
simplement : « L'esprit Saint est Seigneur et il
donne la vie, il procède du Père (cf. Jn 15, 26), avec le Père
et le Fils il reçoit même adoration et même gloire. »
Si l'Esprit Saint est adoré avec le Père et
le Fils, non seulement, il est Dieu comme eux, mais encore il est,
comme eux, une personne, une personne divine.
La liturgie proclame aujourd'hui le symbole
de Nicée-Constantinople avec une addition : « Il procède
du Père et du Fils. » Cette formule - le filioque
-, apparue au Ive siècle, n'a été officiellement reconnue
en Occident que beaucoup plus tard, par les conciles du Latran IV
(1215) et de Florence (1439)
Sources : Le livre des merveilles, Mame-Plon, 1999, p.
124-127
Retour en haut
|