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Saints et saintes sur les routes du monde et de l'histoire.

Responsable : Yves Bériault, o.p.

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Février 2002

Sainte édith Stein

Adaptation, par Carl Corbeil, d'un article d'Armando Gargiulo, s.j.

dith naît à Breslau le 12 octobre 1891, dans une famille juive très pratiquante. Mais ce qui de ce milieu a laissé de fortes racines en Edith ce n'est pas la foi dans le Dieu d'Israël, mais une grande rigueur morale dérivant de la Loi. Elle-même, sur le point de quitter Breslau pour aller à l'université de Göttingen (1911), se reconnaît non-croyante, remplie d'un fort idéalisme éthique .

      À la rigueur morale correspond en Edith, dans son intelligence vive et profonde, la recherche et la soif de la vérité. Elle ne pouvait se sentir satisfaite du courant psychologiste de type positiviste, prédominant à l'université de Breslau, et pour cela elle s'orienta, dès qu'elle la connût, vers la phénoménologie d'Edmund Husserl, professeur titulaire à Göttingen, dont elle devint par la suite l'assistante.

      C'est un fait historique remarquable : dans le groupe des élèves et des collaborateurs de Husserl, plusieurs conversions ont eu lieu. Même Husserl et sa femme étaient passés du judaïsme au protestantisme. Le professeur Hedwig Conrad-Martius et son mari, qui s'étaient convertis à la foi évangélique, seront de chers amis d'Edith. C'est chez eux qu'édith aura le grand foudroiement après la lecture, d'une seule haleine, de l'autobiographie de sainte Thérèse d'Avila : Voilà la Vérité! . Dans ces années de Göttingen, la soif de la vérité, qu'Edith disait être sa seule prière, se transformait inconsciemment en soif de Dieu.

      Edith reçoit le baptême le 1er janvier 1922. Son amie Hedwig, protestante, sera la marraine au baptême catholique d'édith. Recevoir le baptême, affirme Jean-Paul II dans son homélie pour sa béatification, ne signifia nullement, pour édith Stein, rompre avec le monde hébraïque. Elle soutient plutôt : Quand j'étais une jeune fille de quatorze ans je cessai de pratiquer la religion hébraïque et, après mon retour à Dieu, moi, je me suis, avant tout, sentie juive.

      Au début des années trente, l'Allemagne était en pleine crise économique et dans une grave instabilité politique, pendant que, lentement mais inexorablement, le parti national-socialiste de Hitler montait au pouvoir. Edith n'a pas de mal à comprendre immédiatement l'avenir : le nazisme, incarnation du Malin, ennemi de la Croix, combat Dieu lui-même et son plan salvateur; pour cela, il voudra détruire le judaïsme, comme fondement de la religion chrétienne, et éliminer la peste hébraïque-chrétienne , afin d'instaurer le règne de la race aryenne.

      Le 14 octobre 1933, Edith entre au Carmel de Cologne; le 15 avril 1934, elle prend l'habit du Carmel et le nom de Thérèse-Bénédicte de la Croix, comme elle l'avait demandé; le dimanche de Pâques elle est appelée à la profession simple; le 30 mai 1938, elle fait la profession solennelle qui l'unit définitivement au Christ. Dès l'époque de son baptême elle s'était sentie fortement attirée par la vie carmélite, dont le trait fondamental - comme elle-même le décrit- consiste à souffrir avec le Christ… le Christ continue de souffrir en elles… [les Carmélites] à intercéder pour les pécheurs à travers une souffrance librement acceptée et joyeuse pour participer ainsi à la rédemption de l'humanité. Elle y continue par ailleurs ses travaux de philosophie et termine Être fini et Être éternel.

      Le 30 janvier 1939, Hitler décrète l'anéantissement de la race juive . Le 31 décembre 1938, Edith s'était réfugiée au Carmel d'Echt en Hollande, où au mois d'août 1940 la rejoindra sa sœur Rose, qui s'était convertie. Elle y demande à sa prieure de Cologne (qui est restée sa supérieure) l'autorisation à m'offrir au Cœur de Jésus comme victime expiatoire pour la paix véritable, espérant que le règne de l'Antéchrist s'écroule, si possible, sans une nouvelle guerre mondiale et que l'ordre soit renouvelé.

      Elle écrit plus tard un testament spirituel : Dès à présent j'accepte la mort que Dieu m'a destinée, par une soumission totale à sa volonté très sainte. Je prie le Seigneur de bien vouloir accepter ma vie et ma mort pour sa gloire, pour les intentions du saint Cœur de Jésus, du saint Cœur de Marie et pour les intentions de l'église. Spécialement… en expiation du refus de la foi de la part du peuple juif, afin que le Seigneur soit accueilli des siens et que son règne vienne dans la gloire; pour le salut de l'Allemagne et pour la paix dans le monde.

      L'année 1942 marque le début de la déportation en masse des Juifs vers l'Est : camps de travail, mines de sel, chambres à gaz. Devant ces événements d'une férocité incroyable, les évêques de l'église de Hollande envoient au commissaire du Reich un long télégramme de protestation (11 juillet 1942). À la suite de cette démarche, le chef nazi se dit disposé à épargner les chrétiens d'origine juive qui peuvent démontrer leur appartenance à une communauté chrétienne avant janvier 1941. Les évêques jugent complètement insuffisante cette réponse et font lire dans toutes les églises du pays (26 juillet) une lettre pastorale, dans laquelle on rapportait la protestation du télégramme.

      Le matin du 2 août 1942, le commissaire du Reich, ayant décidé de poursuivre les catholiques juifs comme leurs pires ennemis , ordonne que tous les religieux et toutes les religieuses non aryens présents dans les couvents hollandais soient emmenés. Et l'après-midi de ce même jour, la Gestapo vient arrêter les deux sœurs Stein. Les dernières paroles de sœur Bénédicte, en quittant le Carmel, sont adressées à sa sœur : Viens, allons pour notre peuple.

      À Auschwitz-Birkenau, à l'arrivée du convoi, le 9 août 1942, les sœurs Stein sont introduites, avec les autres déportées, dans la chambre à gaz. Dans la dernière lettre qu'elle a pu faire parvenir au Carmel d'Echt, elle avait écrit : On ne peut acquérir une Science de la Croix [c'était le titre de son dernier livre, resté inachevé] que si l'on commence à souffrir vraiment du poids de la Croix. Du plus profond de mon cœur j'ai dit : Je te salue, ô Croix, mon unique espérance!

Sur le web :

http://utenti.tripod.it/edith/Fra.html
http://www.jcrelations.net/stmnts/edith-stein.htm
http://www.ocd.pcn.net/ed_ma_fr.htm
http://www.liberation.fr/quotidien/debats/octobre98/981026h.html


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