Accueil
Actualités
Aide spirituelle
Archives
Aventure
Billet
Célébrer
Dieu en famille
Documents
éditorial
Emmaüs
Galerie d'art
Jardin
Le psalmiste
Livres récents
Livre d'Or
Méditation
Parole et Vie
Patristique
Prières
Témoins
Trésors


Webmestre

 

Pulsar

L'ange et Tobie, de Rembrandt (Détail)

Logo de Spiritualité 2000L'aventure spirituelle

Saints et saintes sur les routes du monde et de l'histoire.

Responsable : Yves Bériault, o.p.

Spiritualite2000.com  Page précédente  Page suivante

 

Mars 2002

La méditation : une expérience chrétienne

par John Main, osb

onnais-toi toi-même; ne présume pas que Dieu scrute. La véritable étude de l'humanité est celle de l'homme. Lorsque Alexander Pope écrivit ces lignes dans son Essai sur l'homme, la nature essentiellement raisonnable de l'homme lui inspirait une plus grande confiance qu'à nos contemporains, et sa confiance en l'humanité dépassait le simple humanisme rationnel. Cette confiance supposait que l'on avait foi en en la bonté intrinsèque de l'homme et en l'expérience positive de la vie. Pope reconnaissait également une organisation chez l'homme, ainsi qu'une harmonie dans le déploiement des énergies du cosmos. L'homme moderne, quant à lui, fait montre d'une confiance en soi beaucoup plus chancelante. En effet, il ne peut qu'avouer son impuissance face à ces forces qu'il a libérées et qu'il ne contrôle plus et face à la diminution des ressources naturelles qu'il a exploitées sans discernement et qui risquent de s'épuiser avant que ses petits-enfants ne puissent en jouir.

      Cette confusion et cette aliénation proviennent peut-être de ce qu'il a perdu le soutien que lui procure une foi absolue en la bonté essentielle de l'homme, en sa nature raisonnable et en son intégrité profonde. En fait, il a perdu toute confiance. Il se doit d'établir - s'il ne l'a pas déjà trouvé - une communauté de pensée et de sentiment, mais celle-ci se fonde le plus souvent sur l'autocritique, le pessimisme ou le négativisme. Il s'agit peut-être là d'une conséquence directe de notre disgrâce, les liens de solidarité qui existent entre les hommes se tissant sur une base négative : nous partageons les mêmes peurs et les mêmes préjugés. Toutefois, une fraternité positive et intense est possible lorsqu'elle se fonde sur la reconnaissance de la prédominance du potentiel de l'esprit humain plutôt que sur les contraintes de la vie. La tâche spécifique de tout chrétien consiste à enraciner cette réalité dans la compréhension qu'il a de lui-même et du monde dans lequel il vit.

      Si le christianisme est plus qu'une simple idéologie parmi d'autres, si c'est une vie que nous recevons et dont nous sommes les porte-parole, alors pourquoi ne pouvons-nous pas, grâce à la puissance de la résurrection de Jésus que nous portons en nous, transformer les énergies négatives que l'homme moderne utilise pour se fustiger lui-même en une prise de conscience de la profondeur et de la richesse de notre propre esprit?

      Un mythe ancien raconte la malédiction qui pèse sur le royaume du roi pêcheur : les eaux sont gelées et la terre pétrifiée . Rien ni personne ne peut lever cette malédiction, et le roi demeure assis, abattu, pêchant silencieusement à travers un trou dans la glace. Un jour un étranger s'approche et lui pose la question rédemptrice. Aussitôt, les eaux s'écoulent à nouveau et la terre redevient meuble.

      Les personnes religieuses ont très souvent prétendu avoir réponse à toutes les questions. Selon elles, leur mission consiste à persuader et à faire respecter des règles, à niveler les différences et peut-être même à imposer l'uniformité. Il y a vraiment un peu du Grand Inquisiteur chez la plupart de ces personnes. Cependant lorsque la religion commence à être intimidante ou insinuante, elle devient non spirituelle : car le don premier de l'Esprit, celui qui façonne la nature humaine, réunit liberté et franchise; ce qu'on nomme en langage biblique, liberté et vérité. La mission du chrétien moderne est de sensibiliser à nouveau ses contemporains au fait qu'ils sont habités par un esprit. Il ne fait pas que retransmettre des réponses trouvées dans un livre. À partir du moment où il a trouvé son propre esprit, il devient un maître pour ses contemporains, une source d'inspiration. Il peut les aider à accepter la responsabilité de leur être, à relever le défi que représente le désir naturel d'Absolu, afin qu'ils puissent ainsi découvrir leur propre esprit.


John Main
Un mot dans le silence un mot pour méditer pp. 41-43)
Ed. Le jour 1995


Retour en haut