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juillet-août
2002
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Psaume
2 : Moi, aujourd'hui, je t'ai engendré
par Michel Gourgues,
o.p.
ans
son récit de la naissance de Jésus, l'évangéliste
Matthieu renvoie, pour chacun des épisodes qu'il raconte,
à un passage des prophètes. Lorsqu'il rapporte la
naissance à Bethléem, c'est un passage du prophète
Michée qui lui revient à la mémoire:
Et toi, Bethléem, terre de Juda, de toi sortira un chef qui
sera pasteur de mon peuple
(Mt 2,6). Les psaumes, eux,
ne font aucune mention de Bethléem, mais, en revanche, ils
accordent une place de premier plan à David. Originaire de
Bethléem, c'est là, selon un récit populaire
de l'Ancien Testament, que le cadet des fils de Jessé, tout
jeune encore, avait reçu l'onction
du prophète Samuel (1 Sam 16,13).
Le premier des psaumes à figurer dans l'office
liturgique de Noël est le Psaume 2. Il est encore cité
dans le passage de l'épître aux Hébreux que
nous fait lire la messe du jour de Noël : Tu es mon
fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré Or, ce psaume
paraît faire référence au rite de l'onction
par lequel David ou l'un de ses successeurs était devenu
roi d'Israël.
Quatre volets bien articulés
Le psaume commence par évoquer une situation
politique difficile (versets 1-3): des rois et des chefs étrangers
se soulèvent contre le pouvoir d'un roi d'Israël, soit
qu'ils désirent s'en défaire, soit qu'ils s'en sentent
menacés et qu'ils veulent l'éviter. Qui était
ce roi? Les exégètes donneraient cher pour le savoir,
car cela permettrait de dater le psaume et de déterminer
à quelle situation exacte il fait référence.
Puisque ce roi a reçu l'onction à Jérusalem
(v. 6), iI doit plutôt s'agir d'un descendant de David que
de David lui-même qui, lui, avait été sacré
roi à Bethléem ou à Hébron, selon les
traditions.
Dans la deuxième partie du psaume (versets
4-6), Yahvé lui-même intervient pour rappeler aux puissances
contestataires que c'est lui qui a choisi le roi contre lequel elles
se soulèvent. Le roi d'Israël est son oint ,
en hébreu son mashiah, le mot qui deviendra messie
en français et qui sera traduit en grec par christos,
en français christ .
Dans la troisième partie du psaume (versets
7-9), c'est le roi lui-même qui, à son tour, évoque
le jour où il a reçu l'onction royale et les promesses
qui lui ont alors été faites de la part de Dieu. C'est
ici que se trouve l'énoncé solennel : Il m'a
dit : 'Tu es mon fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré
' (v. 7). En tant que lieutenant terrestre de Yahvé,
le roi était en quelque sorte adopté par ce dernier
au jour de son intronisation. Le titre de fils de Dieu
servait à exprimer cette relation unique et privilégiée
par rapport à Dieu. En même temps il marquait une distance,
en évitant de diviniser le roi comme cela se faisait en égypte
et dans d'autres cultures avoisinantes. En Israël, le roi n'est
pas Dieu, tout en bénéficiant d'une relation unique
à lui : il est le fils de Dieu .
La dernière partie (versets 10-12) revient
à la situation et aux personnages évoqués au
point de départ. Les contestataires n'ont qu'à bien
se tenir! Mieux vaut pour eux de se soumettre à Yahvé,
car celui-ci ne peut qu'être fidèle à ses engagements
en protégeant et en soutenant le roi qu'ils combattent.
Facteur d'espérance au lieu de pièce
de musée
Tant qu'il y eut des rois en Israël, le peuple
put continuer de prier le psaume en leur faveur, en se rappelant
la dignité que leur conférait leur rôle et leur
responsabilité uniques devant Dieu. Après l'exil,
le psaume aurait dû tomber en désuétude, l'institution
royale étant désormais disparue. Un peu comme des
chants composés pour une circonstance donnée et qu'on
oublie aussitôt, une fois l'événement passé.
Or, au lieu d'être relégué
aux archives comme témoin d'un passé révolu,
le psaume continua d'être prié comme témoin
de l'avenir. Un jour, viendra un Messie, descendant de David, que
Dieu reconnaîtra comme son fils et qui exercera une domination
universelle. Certains courants de la religion juive témoignent,
dès le 1er siècle avant Jésus, d'une lecture
en ce sens du psaume 2. Ce dernier, au lieu d'entretenir la nostalgie
du passé, sert désormais à nourrir l'espérance.
Cette espérance, il faut le dire, n'est
pas toujours exempte de violence et d'accents revanchards. Ainsi
en est-il par exemple, dans les Psaumes de Salomon, un recueil de
prières juives qui, en empruntant les mots mêmes du
psaume 2, prie pour l'avènement du Messie descendant de David:
Vois, Seigneur, et suscite pour eux leur roi, fils de David,
au temps que tu connais, ô Dieu, pour qu'il règne sur
Israël ton serviteur. Purifie Jérusalem des nations
Qu'avec sagesse et justice il chasse les pécheurs de l'héritage,
qu'il brise l'orgueil des pécheurs comme vases de potier,
qu'il les fracasse avec un sceptre de fer (Psaume 17,23-26).
Ton serviteur Jésus, que tu as
oint
Que deviendrait le psaume 2 pour les chrétiens,
une fois que, Jésus ressuscité et exalté à
la droite de Dieu, ils auraient reconnu en lui le Messie attendu?
Certains de ses accents vengeurs et l'espérance en ce sens
qu'il avait engendrée ne l'exposaient-ils pas de nouveau
à tomber en désuétude? Il n'en fut rien. Car
le psaume contenait par ailleurs trop de richesses. Dans chacun
de ses volets, on pouvait voir évoqués à l'avance
des aspects centraux de l'expérience et du mystère
de Jésus. Ainsi, l'adversité des rois et des puissants
de la terre contre le Messie (vv. 1-3) évoquait tout naturellement
pour les premières communautés chrétiennes
la passion de leur Seigneur, comme en témoignent les Actes
des Apôtres (4,25). La déclaration solennelle : Tu
es mon Fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré (v.
7) pouvait, quant à elle, être lue en relation avec
le baptême de Jésus, compris comme le moment où,
tel un nouveau roi s'apprêtant à entreprendre sa mission,
il avait reçu l'onction d'Esprit Saint et de puissance
, comme le souligne Luc dans ses deux livres (Lc 4,18; Ac
10,38). L'intronisation solennelle du roi évoquée
dans le psaume pouvait aussi être comprise en relation avec
la résurrection de Jésus, exalté par Dieu et
partageant désormais avec lui une seigneurie universelle
(Ac 13,33; He 1,5; 5,5). Fidèle à son oint
comme il avait promis jadis de l'être au roi dont parlait
le psaume, Dieu, en le ressuscitant, avait révélé
sa qualité de Fils - désormais entendue au sens fort
- et fait tourner l'adversité en exaltation: Dieu l'a
fait Seigneur et Messie et Seigneur, ce Jésus que vous, vous
aviez crucifié (Ac 2,36).
Sans doute, en lisant le psaume 2 en relation avec
la naissance de Jésus, la liturgie de Noël innove-t-elle
par rapport au Nouveau Testament. Mais l'innovation se comprend
parfaitement. Tu es mon fils, moi aujourd'hui je t'ai engendré:
comment pouvait-on ne pas associer l'oracle solennel du psaume et
la déclaration de saint Paul (Ga 4,4): Quand vint la
plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils né
d'une femme
?
Note
L'onction, un rite aussi vieux que l'histoire
connue. Sur cette représentation égyptienne, datant
de 2800 ans avant Jésus, un personnage reçoit l'onction.
S'agit--il d'un roi? Le rite en tout cas paraît important
car il se déroule devant le temple d'une divinité.
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