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Mai
2001 |
- La Vierge à midi
- de Paul Claudel
Il
est midi. Je vois l'église ouverte. Il faut entrer.
Mère
de Jésus-Christ, je ne viens pas prier.
Je
n'ai rien à offrir et rien à demander.
Je
viens seulement, Mère, pour vous regarder.
Vous
regarder, pleurer de bonheur, savoir cela
Que
je suis votre fils et que vous êtes là
Rien
que pour un moment pendant que tout s'arrête.
Midi
!
Être
avec vous, Marie, en ce lieu où vous êtes.
Ne
rien dire, regarder votre visage,
Laisser
le cour chanter dans son propre langage.
Ne
rien dire, mais seulement chanter parce qu'on a le cour trop
plein,
Comme
le merle qui suit son idée en ces espèces de couplets
soudains.
Parce
que vous êtes belle, parce que vous êtes immaculée,
La
femme dans la Grâce enfin restituée,
La
créature dans son honneur premier et dans son épanouissement
final,
Telle
qu'elle est sortie de Dieu au matin de sa splendeur originale.
Intacte
ineffablement parce que vous êtes la Mère de Jésus-Christ,
Qui
est la vérité entre vos bras, et la seule espérance et le
seul fruit.
Parce
que vous êtes la femme, l'Eden de l'ancienne tendresse oubliée,
Dont
le regard trouve le cour tout à coup et fait jaillir les
larmes accumulées.
Parce
qu'il est midi, parce que nous sommes en ce jour d'aujourd'hui,
Parce
que vous êtes là pour toujours,
Simplement
parce que vous êtes Marie,
Simplement
parce que vous existez,
Mère
de Jésus-Christ, soyez remerciée !
- Paul
Claudel
- (Poèmes
de Guerre, N.R.F., 1914-1915)
- Je suis à vous
- de sainte Thérèse
d'Avila
- Je suis vôtre, puisque vous
m'avez créée,
- Vôtre, puisque vous
m'avez rachetée,
- Vôtre, puisque vous
m'avez supportée,
- Vôtre, puisque vous
m'avez appelée,
- Vôtre, puisque vous
m'avez attendue,
- Vôtre, puisque je ne me
suis pas perdue,
- Qu'ordonnez-vous qu'il
soit fait de moi?
-
- Qu'ordonnez-vous donc, bon
Seigneur,
- Que fasse un si vil
serviteur?
- Quelle fonction avez-vous
donné
- À cet esclave pécheur?
- Vous me voyez ici, mon doux
Amour,
- Amour doux, vous me voyez
ici
- Qu'ordonnez-vous qu'il
soit fait de moi?
-
- Vous voyez ici mon cour,
- Je dépose sur la paume de
votre main
- Mon corps, ma vie et mon âme,
- Mes entrailles et mes
affections;
- Doux époux, ma rédemption
- Puisque je me suis offerte
à vous
- Qu'ordonnez-vous qu'il
soit fait de moi?
- Donnez-moi la mort,
donnez-moi la vie :
- Donnez-moi santé ou
maladie,
- Honneur ou déshonneur
donnez-moi
- Donnez-moi la guerre, ou une
paix accrue
- La faiblesse, ou la force
accomplie,
- Puisque à tout je dis oui.
- Qu'ordonnez-vous qu'il
soit fait de moi?
- Donnez moi la richesse ou la
pauvreté,
- Donnez consolation ou désolation,
- Donnez-moi allégresse ou
tristesse,
- Donnez-moi l'enfer, ou
donnez-moi le ciel.
- Douce vie, soleil sans
voile,
- Puisque je me suis rendue à
merci,
- Qu'ordonnez-vous qu'il
soit fait de moi?
- Si vous le voulez donnez-moi
l'oraison,
- Sinon, donnez moi la sécheresse,
- L'abondance et la dévotion,
- Sinon, la stérilité.
- Souveraine majesté,
- Je ne trouve la paix
qu'ici
- Qu'ordonnez-vous qu'il
soit fait de moi?
- Si vous voulez mon repos,
- Je veux, par amour, me
reposer,
- Si vous m'ordonnez de
travailler,
- Je veux mourir en
travaillant
- Dites-moi où, comment et
quand?
- Dites, doux amour, dites
- Qu'ordonnez-vous qu'il
soit fait de moi?
- Ste Thérèse d'Avila
- Ouvres complètes, trad.
Marcelle Auclair,
- Desclée
de Brouwer, 1964, pp.1071 et 1073
-
- Mets ta lampe sur le
boisseau
- de Patrice
de La Tour du Pin
- Mets
ta lampe sur le boisseau,
- Et
tant mieux qu'elle s'éteigne!
- Car
tu auras une vraie joie,
- Ta
prière sera la torche
- Que
le Seigneur entretiendra.
- Mets
ta lampe sur le boisseau,
- Et
tant mieux s'il la renverse
- Et
si le feu prend à ton bois;
- Tu
ne souffriras par le mal
- Que
t'aurait fait le feu d'en bas.
-
- Mets
ta lampe sur le boisseau,
- Et
tant mieux si tes doigts brûlent
- À
ne plus pouvoir la tenir :
- Puisque
ton cour sait être à deux,
- Le
Seigneur la tiendra pour toi.
- Mets
ta lampe sur le boisseau,
- Et
tant mieux si tu n'as plus rien
- À
consumer, même pour lui :
- Dieu
fournira le feu et le bois.
- Alors
tu brilleras en lui.
- Patrice
de La Tour du Pin
- Prière
du temps présent, 1980, p.1536
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