|
Spiritualite2000.com
|
|
Novembre
2000 |
- Dieu tu es mon Dieu
- Georges Bernanos
Nous nous faisons généralement
de la prière une si absurde idée! Comment ceux qui ne la
connaissent guère - peu ou pas - osent-ils en parler avec tant
de légèreté? Un trappiste, un chartreux travaillera des années
pour devenir un homme de prière, et le premier étourdi venu prétendra
juger de l'effort de toute une vie!
Si la prière était réellement
ce qu'ils pensent, une sorte de bavardage, le dialogue d'un
maniaque avec son ombre, ou mois encore - une vaine et
superstitieuse requête en vue d'obtenir les biens de ce monde -,
serait-il croyable que des milliers d'êtres y trouvassent
jusqu'à leur dernier jour, je ne dis pas même tant de douceurs
- ils se méfient des consolations sensibles - mais une dure,
forte et plénière joie! Oh! Sans doute, les savants parlent de
suggestions. C'est qu'ils n'ont sûrement jamais vu de ces
vieux moines, si réfléchis, si sages, au jugement inflexible, et
pourtant si rayonnants d'entendement et de compassion, d'une
humanité si tendre.
Par quel miracle ces demi-fous, prisonniers d'un rêve, ces dormeurs
éveillés semblent-ils entrer plus avant chaque jour dans l'intelligence
des misères d'autrui?
(Journal d'un curé de
campagne)
Prière de saint Grégoire de Nazianze (IVe siècle)
- 0
toi l'au-delà de tout
- N'est-ce
pas là tout
- ce
qu'on peut chanter de toi ?
- Quelle
hymne te dira, quel langage ?
- Aucun
mot ne t'exprime.
- A
quoi s'attachera-t-il ?
- Tu
dépasses toute intelligence.
- Seul,
tu es indicible,
- car
tout ce qui se dit est sorti de toi.
- Seul,
tu es inconnaissable,
- car
tout ce qui se pense est sorti de toi.
- Tous
les êtres,
- ceux
qui pensent
- et
ceux qui n'ont point la pensée,
- te
rendent hommage.
- Le
désir universel,
- l'universel
gémissement tend vers toi.
- Tout
ce qui est te prie,
- et
vers toi tout être qui pense ton univers
- fait
monter une hymne de silence.
- Tout
ce qui demeure, demeure par toi ;
- par
toi subsiste l'universel mouvement.
- De
tous les êtres tu es la fin;
- tu
es tout être, et tu n'en es aucun.
- tu
n'es pas un seul être ;
- tu
n'es pas leur ensemble ;
- tu
as tous les noms
- et
comment te nommerais-je,
- toi
qu'on ne peut nommer?
- Quel
esprit céleste pourra pénétrer les nuées
- qui
couvrent le ciel même ?
- Prends
pitié, 0
toi l'au-delà de tout -
- n'est-ce
pas là tout ce qu'on peut chanter de toi ?
- Pense à moi un peu
- Boulat Okoudjava
Tant
que la terre tourne encore, tant que le jour a de l'éclat,
Seigneur, donne à chacun de nous
ce qu'il n'a pas :
Donne au sage une tête, un cheval au peureux,
Donne à l'homme heureux de l'argent...
et pense à moi un peu.
Tant que la terre tourne encore, Seigneur,
elle est en ton pouvoir !
Donne à qui veut régner l'ivresse du pouvoir,
Donne, au moins jusqu'au soir,
repos au généreux,
A Gain le remords...
et pense à moi un peu.
Je sais : pour toi tout est possible, et je crois en ton sage
esprit,
Comme un soldat mourant croit
en ton Paradis,
Comme croit chaque oreille à tes propos de paix,
Comme à soi-même on croit, sans savoir ce qu'on fait !
Seigneur Dieu, mon Seigneur, toi dont l'oil vert rayonne,
Tant que la terre tourne encore
et soi-même s'étonne,
Tant qu'il lui reste encore et du temps et du feu,
Donne à chacun sa part...
et pense à moi un peu.
BOULAT OKOUDJAVA,
Poésie russe,
traduction Jean Besson,
Maspero, 1983.
Retour en haut
|