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Octobre
2001
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Visa le noir, tua le blanc
En hommage aux victimes
du 11 septembre 2001
- par Paul-André
Giguère
ond,
carré. Gros, petit. Rouge, noir. Cour, pique. Le petit
enfant passe des heures à regrouper des objets par couleur,
par taille, par forme. Il met ensemble ce qui va ensemble. Il
détecte l'objet incongru dans une série. Dans le
développement humain survient assez tôt l'étape
de la pensée classificatrice. C'est une étape essentielle
où l'on apprend que le monde n'est pas une masse informe
et où l'on développe la capacité d'opérer
des distinctions.
Cette
capacité de la pensée humaine de distinguer, de
faire la différence, est absolument fondamentale. Elle
ne touche pas que l'univers matériel. Pile, face. Ouvert,
fermé. Matin, soir. Jour, nuit. Gentil, méchant.
Heureuse, fâchée. Présent, absent. Même
l'univers de l'informatique, que nous trouvons si complexe,. repose
pourtant sur une structure absolument primitive, une structure
binaire. 0,1. Ouvert, fermé. Vrai, faux. Oui, non.
Ces
distinctions élémentaires nous rassurent. Le monde
est ordonné. Chaque chose a sa place. À chacun son
métier.
Seulement,
la vie n'est pas élémentaire. En poursuivant notre
développement, nous perdons un peu de notre innocence et
beaucoup de notre naïveté. C'est ce qui nous rend
si difficile de grandir et de faire le deuil de l'enfance. Nous
apprenons que la réalité et la vie sont infiniment
plus complexes que ce que les logiques fondamentales donnent à
penser. Entre le oui et le non, il y a le peut-être et le
ça dépend. Entre le vrai et le faux, entre la vérité
et l'erreur, il y a toute la gamme de l'inconnu, de l'approximatif,
du relatif. Le reconnaître, c'est une nouvelle étape
du développement humain.
Plusieurs
psychologues retiennent, parmi d'autres critères de maturité,
la capacité de porter l'ambiguïté. Les choses
sont si rarement tranchées au couteau, et entre le noir
et le blanc, il existe d'infinis dégradés de gris.
Le
développement spirituel et religieux n'emprunte pas d'autres
chemins. Il est inévitable que dans un premier stade, le
monde soit tranché en deux. Après avoir vécu
d'un imaginaire de l'unanimité, l'enfant subit le choc
de découvrir qu'il y a ceux qui pensent et qui croient
comme nous, qui sommes dans la vérité, et il y a
les autres qui pensent et croient autrement. C'est bien lentement
que nous développons d'abord la capacité d'admettre
que coexistent différentes manières de croire ou
de cheminer spirituellement, puis la capacité de comprendre
comme de l'intérieur ce que croient les personnes et les
groupes différents de nous, puis, plus tard encore, la
capacité de se sentir en profonde communion avec tous les
humains, quelle que soit la forme que prend leur réponse
au désir infini et à la soif d'absolu.
La
Bible apparaît pour les chrétiens comme un guide
dans ce développement. Beaucoup de ses textes sont structurés
par la pensée binaire. Elle oppose le sage et l'insensé,
le juste et l'impie, le fidèle et le païen. Mais,
peu à peu, elle ouvre sur un Dieu universel et finit par
proposer une voie où les distinctions fondamentales n'ont
plus de raison d'être : Il n'y a ni Juif ni Grec, ni esclave
ni homme libre, il n'y a ni mâle ni femelle, car tous vous
ne faites qu'un dans le Christ Jésus (Galates 3 28).
La
religion peut être la source de tous les intégrismes,
le refuge de tous les fanatiques. Elle peut nourrir le rêve
de la pureté, la nostalgie des certitudes, le besoin de
cohérences bétonnées, la refus de la différence
menaçante. Mais le cheminement spirituel et religieux conduisent
aussi à la foi devant ce qui échappe à notre
compréhension et à l'espérance dans l'incertitude.
Ils conduisent à accueillir notre fragilité et nous
apprennent à marcher dans l'obscurité. Le grand
théologien chrétien Thomas d'Aquin le confessait
: nous vivons avec Dieu comme avec l'Inconnu.
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l'auteur à pa.giguere@spiritualite2000.com
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