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Spiritualite2000.com
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Mars 2001
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-
- Le temps spirituel
- par Paul-André
Giguère
Pratiquement
toutes les grandes traditions spirituelles proposent une
structuration du temps. Décembre-janvier a été, pour les
Musulmans, le mois de Ramadan. Voici venu le mois de mars qui est
marqué, pour les Chrétiens, par le Carême. Appelons cela du
temps spirituel.
Souvent
il s'agit de rythmer la journée. Les Chrétiens pratiquent
encore la prière du matin et la prière du soir, ou encore,
surtout dans les monastères, la liturgie des Heures qui comporte
cinq moments forts. Les Musulmans consacrent également chaque
jour cinq moments à la prière. Mais la semaine a aussi son
rythme. Les Musulmans consacrent à la prière le vendredi, les
Juifs le samedi, les Chrétiens le dimanche. À chaque mois à
l'époque de la Bible, on célébrait la nouvelle lune, comme
une sorte de reconnaissance qu'il y a quelque chose de sacré
dans l'ordre et la régularité de l'univers. Il y a enfin les
rythmes annuels, marqués par de grandes fêtes comme Kippour ou Pâques,
ou encore par des pèlerinages comme celui qu'on fait à la
Mecque ou dans les sanctuaires hindous.
En
Occident, longtemps l'Église a rythmé le temps. La vie
privée et sociale s'articulait chaque jour autour de la triple
récitation de l'Angelus au son des cloches de l'église
paroissiale. Chaque semaine autour du dimanche, avec la messe et
les Vêpres. Chaque mois autour du premier vendredi du mois.
Chaque année autour de la fête de Noël et autour du carême. Il
y avait même la présence espacée d'années saintes ou de
Jubilé. Aujourd'hui, alors que l'emprise de l'Église sur
la vie sociale s'est évanouie, chaque individu est renvoyé à
lui-même pour inscrire dans son emploi du temps les pulsations
qui rythmeront sa vie et faciliteront son attention à
l'essentiel. C'est une sagesse difficile. Se créer une
disponibilité pour la prière ou le contact avec une communauté
de foi relève souvent de l'exploit. On aurait dit, autrefois,
de l'ascèse.
Ces
alternances entre temps ordinaire et temps à part sont salutaires
pour la vie de l'esprit. On pourrait dire qu'il s'agit de
temps arraché au temps. À la manière d'une respiration, il
s'agit d'un espace où, comme l'illustre si bien le sabbat
juif, l'on se distancie de la dynamique du faire pour
s'exposer à celle de l'être. L'être qui contacte ses
possibilités et les célèbre. L'être qui contacte sa vulnérabilité
et la reconnaît. L'être isolé qui se rapproche des autres et
se retrouve comme membre d'une communauté. L'être toujours
avec d'autres qui réapprend, grâce au silence par exemple,
qu'il est aussi une personne unique et singulière.
Ce
temps spirituel comporte aussi ses pièges. À cause de son caractère
répétitif, il peut devenir extrêmement routinier et être vécu
d'une manière purement formaliste. On peut faire le jeûne du
lever au coucher du soleil simplement parce qu'il le faut, pour
se conformer à une habitude ou une tradition. Les temps
spirituels comportent de plus une dimension très conventionnelle
et intemporelle, puisque fixés à l'avance, ils n'ont aucune
attention pour ce que vivent les individus. Ainsi, telle journée,
décrété depuis toujours jour de réjouissance, peut survenir
pour quelqu'un à un moment de grande épreuve. Tel moment
consacré à la pénitence et l'austérité peut tomber au
moment où quelqu'un éprouve les plus grandes joies de sa vie.
Ceci
dit, il est difficile d'imaginer un progrès spirituel qui ne
s'appuierait pas sur la présence plus ou moins régulière dans
sa vie de temps pour l'Esprit. Du temps pour soi. Du temps pour
les autres. Du temps pour Dieu. Du temps pour le silence et pour
le recueillement, sans doute, mais aussi du temps pour l'action,
qu'il s'agisse de jeûne, d'aumône ou de pèlerinage.
Voilà
pourquoi celui ou celle qui sait se recevoir d'une tradition
(cf. éditorial de janvier) accueille comme un chemin de sagesse
les temps spirituels qu'elle propose. Il lui revient ensuite de
voir de quelle manière il ou elle peut les habiter compte tenu de
sa condition. C'est un des moyens les plus sûrs de découvrir
que le temps ordinaire, c'est-à-dire toute heure, toute journée,
toute semaine, tout mois, ou toute année toute la vie, quoi, peut
être temps de l'Esprit.
On
peut rejoindre l'auteur à pa.giguere@spiritualite2000.com
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