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Juillet-Août 2001 |
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- Doux hôte de l'âme
- par Paul-André
Giguère
De tous les mois de
l'année, juillet et août sont sans doute les plus propices
à une activité spirituelle accessible à tous. Cette activité
est au cour des grandes traditions monastiques aussi bien
orientales qu'occidentales, mais elle est aussi observée
dans les familles les plus humbles et par les personnes les
plus sécularisées. Il s'agit de l'hospitalité.
Dans plusieurs langues, le mot « hôte » désigne
aussi bien la personne qui reçoit que la personne qui est reçue.
Comment mieux suggérer que l'hospitalité est une expérience
de réciprocité ? L'hospitalité est une expérience
qui unit deux ou plusieurs personnes.
Dans les sociétés traditionnelles, particulièrement dans
les sociétés nomades où les gens ne disposent pas de la sécurité
d'un habitat fixe, l'hospitalité est pratiquement une
affaire de survie. Il y a réciprocité dans l'hospitalité
parce que tous sont dépendants les uns des autres.
Solidaires. Reliés. J'accueille aujourd'hui celui à qui
je devrai peut-être demander demain d'être accueilli.
Les pratiques d'hospitalité changent de sens dans le cadre
de la vie sédentaire. Pour le sédentaire, la solidarité est
moins évidente. Le récit biblique des deux frères Caïn et
Abel le suggère. Caïn, le cultivateur, est lié à sa terre
alors qu'Abel, le berger, doit se déplacer constamment avec
ses bêtes. Et c'est Caïn qui porte la question qu'aucun
nomade n'aurait posée : Suis-je le gardien de mon frère ? (Genèse 4 9)
L'hospitalité continue aujourd'hui de se vivre d'une
manière spontanée, aussi bien entre membres de la famille élargie,
des amis mais aussi des inconnus qu'on a rencontrés en
voyage : Si jamais
vous passez par chez nous. L'hospitalité spontanée a
même pris des formes modernes importantes en période de
vacances, par exemple l'auto-stop. Mais à côté d'elle,
il y a depuis presque toujours l'hospitalité structurée.
Commercialisée. La racine qui nous a donné « hospitalité »
nous a aussi donné « hôtel » ou « hôtellerie ».
Même si on y paie le service, toute trace de la valeur
originelle n'a pas disparu. S'il y a une règle d'or en
hôtellerie, c'est bien celle de la courtoisie ou même de
la chaleur de la réception ou le souci que les hôtes
visiteurs se sentent bien et ne manquent de rien. Il s'agit
toujours d'un lieu où on continue de « prendre soin
de » l'étranger (comme on le fait dans « l'hospice »
et « l'hôpital »).
En quoi donc cette pratique si universelle de l'hospitalité
est-elle lieu d'expérience spirituelle ? C'est
qu'elle est expérience de dérangement, de déplacement et
d'ouverture. En accueillant de l'autre, l'étranger à
ma vie quotidienne et habituelle, je dois briser mes
habitudes, modifier ma routine, me décentrer de moi-même. En
acceptant l'hospitalité de l'autre, je dois abandonner ma
suffisance, me rapprocher de la simplicité de celui qui reçoit,
accepter de devenir redevable à quelqu'un, ce qui me
rapproche de l'essentiel de la foi chrétienne que le théologien
Paul Tillich décrivait comme l'expérience
d'accepter d'être accepté.
Pour les traditions juive et chrétienne, il y a encore
davantage. Le chapitre 18 du Livre de la Genèse relate
comment dans l'accueil de trois étrangers, c'est Dieu
lui-même qu'Abraham accueille. L'Évangile pour sa part
rapporte des paroles de Jésus comme Qui
accueille en mon nom un enfant comme celui-là, c'est moi
qu'il accueille et qui m'accueille(.) accueille celui
qui m'a envoyé (Marc 9
37), ou encore J'étais
étranger et vous m'avez accueilli.(.) Quand donc
t'avons-nous vu étranger et t'avons-nous accueilli ?
À chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces petits
qui sont miens (Matthieu 25
35-40). La liturgie catholique parle même de l'Esprit comme
du « doux hôte de l'âme », puisque nous
pouvons ainsi faire de Dieu notre intime jusqu'à ce que
nous soyons à notre tour accueillis d'une manière définitive
et que nous devenions les hôtes de Dieu dans sa maison qui
sera la nôtre : Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père : sinon, vous
aurais-je dit que j'allais vous préparer le lieu où vous
serez ? (Jean 14
2).
On
peut rejoindre l'auteur à pa.giguere@spiritualite2000.com
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