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Spiritualite2000.com
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Février 2001 |
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- Au seuil du mystère
- par Paul-André
Giguère
La recherche spirituelle se
nourrit de désir. C'est une aspiration qui nous soulève hors
de nous vers ce qui est au-delà de nous : avant nous,
au-dessus de nous, après nous, au plus intime de nous peut-être.
Ce qui nous précède, ce qui nous entoure, ce qui nous attend.
Pour la tradition spirituelle chrétienne : Celui qui nous précède,
Celui qui nous entoure, Celui qui nous attend.
L'objet du désir spirituel
n'a pas de nom qui le dise parfaitement et l'enferme. Aucune
image ne peut l'exprimer sans ambiguïté, d'une manière définitive.
La Bible appelle « idole » ces représentations trop
claires et si précises à notre portée et à notre mesure.
L'objet de la quête spirituelle est le seul à qui convienne
parfaitement le mot « mystère ».
Le mystère dont je parle n'a
apparemment rien à voir avec les intrigues des séries policières,
bien qu'un chercheur américain ait pu comparer la recherche
spirituelle, l'enquête théologique et la quête de sens au
travail patient et passionnant d'un détective. Dans notre
recherche de Dieu ou de l'Absolu, ne devons-nous pas procéder
essentiellement à partir d'indices parfois très ténus,
ambigus, dispersés et sans ordre apparent ? Notre recherche
intérieure ne repose-t-elle pas fondamentalement sur une hypothèse,
ou une série d'hypothèses ? À savoir que ces indices
sont des traces et qu'en les suivant, on pourrait remonter
jusqu'à leur source ? Peut-être même que ces traces ne
sont pas là par accident, mais posées là sur nos chemins à la
manière des anciens signes de piste placés dans la forêt ou des
inukjuks dressés dans l'Arctique par les Inuit ? Il y
aurait, dans l'univers, dans notre monde et jusque dans nos
vies, comme des balises fragiles, des bouées évanescentes aperçues
un instant, disparues l'instant suivant mais dont l'empreinte
en nous est suffisante pour nous permettre une décision, un pas
de plus, une confiance renouvelée.
Il en est ainsi plusieurs qui
tels des navigateurs solitaires, se dirigent aux instruments, sans
aucune évidence, habités par une certitude obscure. L'objet de
leur désir n'a ni nom, ni visage. Il ressemble tantôt à une
plénitude, plénitude de lumière, d'amour, de compassion ou de
puissance. Pour d'autres, il ressemble plutôt à un vide, une béance,
un irrésistible trou noir qui entraîne vers l'inconnaissance.
Peu à peu, à force d'une patiente attention comme celle que
cultivent la méditation et le recueillement, ils se surprennent
en dialogue. L'objet de leur mouvement intérieur prend visage
de partenaire. Quelque chose se personnalise. Peu à peu, les voilà
en relation.
Il en est d'autres qui
s'inscrivent dans une tradition spirituelle qui leur a très tôt
appris un nom, des mots, des images. Dieu. Père. Très-Haut. Ami.
Seigneur. Éternel. Rocher. On leur a enseigné à prier, à dire
« vous » ou « tu ». On les a invités à
cultiver envers l'Absolu des attitudes précises : crainte,
adoration, soumission, confiance, amour même. Les premières étapes
de leur recherche spirituelle ont la couleur d'une certaine
familiarité. Mais peu à peu, ils sont conduits à prendre leurs
distances vis-à-vis de ces noms et de ces images qui se révèlent
trop étroits malgré leur pouvoir suggestif, inadéquats malgré
toute leur justesse. L'objet de leur mouvement intérieur prend
progressivement visage d'altérité. Il déborde tout ce qu'on
peut en dire, tout ce qu'on peut imaginer. La relation s'établit
dans le silence.
Quel que soit notre point de départ
et quels que soient nos chemins, la vérité de la quête
spirituelle réside dans le mouvement qui, nous dépouillant de
nos évidences religieuses ou de notre agnosticisme, nous conduit
au seuil du Mystère.
On
peut rejoindre l'auteur à pa.giguere@spiritualite2000.com
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