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Spiritualite2000.com
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Avril 2001
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- Un puits quelque part
- par Paul-André
Giguère
« Au
pays de l'or noir », Tintin et le Capitaine Haddock, la
tête couverte d'un mouchoir attaché aux quatre coins, errent
dans le désert sous un soleil de plomb. Haddock ne cesse de se
répéter, à la manière d'une condamnation : Le
pays de la soif ! Le pays de la soif ! Tel est bien, en
effet, le désert, qu'il soit de roche comme au Sahara ou de
pierre comme en Arabie.
J'aurais
envie de leur opposer deux autres personnages, également égarés
dans le désert et que menace la raréfaction de l'eau. Je
pense à l'aviateur et à son mystérieux petit prince. Dans
une scène très douce, Saint-Exupéry fait dire au petit
prince, comme s'il s'agissait de la chose la plus naturelle
du monde : Le désert
est beau. Ce qui embellit le désert, c'est qu'il cache un
puits quelque part. En écho, les Québécois entendent leur
poète chanter : C'est grand, la mort, c'est plein de vie dedans (Félix
Leclerc).
Toutes les
traditions spirituelles accordent une place privilégiée à
l'image du désert. Le désert apparaît comme un lieu de vérité :
un espace où l'humain est dépouillé de tout artifice et où
il n'y a de place que pour l'essentiel. Ce n'est pas sans
raison que les évangélistes situent au désert le discernement
de Jésus et les choix fondamentaux qui ont donné cohérence à
sa vie.
Il y a dans
toute existence des moments qui poussent au désert. Des périodes
qui d'une manière impitoyable dépouillent des masques, des
illusions, des certitudes et des sécurités. Ce sont des
rendez-vous avec notre radicale vulnérabilité. Avec notre
incommensurable solitude. Ces moments sont le lieu premier de la
recherche spirituelle. Car ce sont des temps d'insatisfaction.
De soif. De manque. De désir.
Le désir de
ce qui compte vraiment. De ce qui importe plus que tout. De
l'essentiel.
La tradition
juive, méditant sur son héritage religieux, nous a laissé à
ce propos une image d'une extraordinaire puissance évocatrice
et symbolique. Méditant les récits consignés dans les livres
bibliques de l'Exode et des Nombres où sont transmises les
traditions sur le séjour des Israélites au désert, elle parle
du Dieu du désert comme du Rocher qui sauve (Psaume 95
1). Un Rocher bien étrange. Quoi de plus aride, de plus inerte
et immobile qu'un rocher ? Et pourtant ce rocher-là donne de
l'eau à boire et se déplace avec le peuple dans son errance
! Moise avait frappé le rocher de son bâton et l'eau avait
jailli pour désaltérer le peuple assoiffé. Et voilà que pour
les rabbins, le rocher se fait geyser : Les
princes d'Israël l'entouraient de leur bâton et disaient
le cantique « Monte, source! » et elle leur répondait
en jaillissant en haut comme une colonne (Tosephta Sukkot
3,11). Et voilà que pour les commentateurs anciens, le désert
devient inondé : Dans
le désert, le puits leur fut donné en présent. et après que
le puits leur ait été donné en présent, il devint pour eux
torrents débordants. Et après qu'il fut devenu torrents débordants,
il advint qu'il monta avec eux au sommet des montagnes et
qu'il descendit avec eux au creux des vallées (Targum de
Nombres 21 16-20).
Paul fait écho
à ces traditions quand il écrit aux premiers chrétiens de la
ville grecque de Corinthe : Nos Pères burent un même breuvage spirituel, car ils buvaient à un
rocher spirituel qui les suivait. Mais il ajoute avec une
extrême audace : Ce
rocher, c'était le Christ (1 Corinthiens 10
4).
Notre
recherche spirituelle a la couleur de nos déserts. La vie, nous
le savons, est rude et difficile, ce que nous nous ingénions à
oublier. Heureux sommes-nous lorsque nous laissons monter en
nous la soif. Nous pouvons apprendre que la vie est belle et que
ce qui l'embellit, c'est qu'elle cache un puits. Quelque
part. Non pas une citerne lézardée qui ne retient pas l'eau,
mais le puits qui donne accès à l'eau vive (Jérémie 1 13; Jean 4 10). Voilà
ce qu'est le Christ pour ceux qui l'ont trouvé : Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi ! Qu'il boive ! Si
quelqu'un boit de l'eau que je lui donnerai, il n'aura
plus jamais soif ! (Jean 7
37; 4 14) Ce rocher-puits qui donne à boire les accompagnera fidèlement
partout où ils iront, dans les hauts et dans les creux de leurs
vies.
On
peut rejoindre l'auteur à pa.giguere@spiritualite2000.com
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