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Septembre
2002 |
Dieu
par oreille
par Paul-André
Giguère
ans
un des écrits les moins connus du Nouveau Testament, la Lettre
aux Hébreux, on lit que Moïse marchait « comme
s’il voyait l’Invisible » (11 27). N’est-ce
pas là une expression magnifique pour décrire ceux
et celles qui sont engagés sur les voies de la spiritualité
? Voir sans voir… Une des exigences de la recherche spirituelle,
toutes traditions confondues, sera d’ailleurs de préserver
ce mystère de l’Invisible en se méfiant des
représentations, spontanées ou subtilement réfléchies,
que nous tendons à nous en faire. Cette exigence conduira
aussi bien l’Islam que le judaïsme à interdire
toute représentation visuelle de Dieu, des humains et des
animaux.
Mais n’est-il pas remarquable qu’aucun interdit du
genre n’ait touché le son ? Dans toutes les traditions
religieuses et spirituelles, on entend gong, tam-tam, clochettes
ou orgue alors que solistes, chorales ou assemblées chantent
cantilène, psalmodie, hymne. Tout comme on sait faire une
large place au silence.
J’aime voir et vivre la musique, ses mélodies, ses
timbres, ses rythmes et ses silences comme la plus spirituelle des
activités humaines. Enfin, probablement. Il est vrai que
les baleines et les oiseaux chantent. Mais je ne crois pas qu’ils
composent. Ni qu’ils créent des instruments. Quoi de
plus impressionnant que ces os perforés qui constituent les
toutes premières flûtes connues ? Quelle inimaginable
créativité dans toutes les civilisations, depuis les
premiers tambours et les lyres les plus rudimentaires jusqu’au
synthétiseur,
! Sans parler des instruments de plus en plus développés
d’amplification. D’enregistrement. De numérisation.
De reproduction. Sans parler du format mp3.
Et que dire de la création ! Comment ne pas s’émerveiller
de ce qu’avec une gamme de ses sept notes et quelques demi-tons,
on réussisse toujours à produire du nouveau, réalisant
à l’infini de nouvelles combinaisons ? On sait faire
place aussi bien à l’harmonie qu’au grincement,
au riche accord qu’à la dissonance. On sait transcrire
d’un instrument à un autre. Mélanger les genres.
Faire tout le métissage des musiques du monde.
Et que dire de l’interprétation ! Dans une concentration
complexe qui unifie corps et esprit, c’est tout le corps qui
est mis à contribution. L’oreille, bien sûr.
Mais aussi la main et le pied qui battent le rythme. Le souffle,
la gorge, la langue, le diaphragme de la personne qui chante. La
dextérité des doigts, des paumes, des lèvres
de l’instrumentiste.
Et que dire de l’émotion ! Qui peut résister
à un langoureux tango, à un duo Ella Fitzgerald et
Louis Armstrong, à un andante de Mozart, à un élan
de Beethoven, « ce sourd qui entendait Dieu » (A. Bourdelle)
? Il n’y a pas de musique sans émotion, expérience
de chaleur intérieure ou frisson donnant la chair de poule.
L’émotion déborde même l’audition
elle-même, comme le disait Sacha Guitry dans son célèbre
mot : « O privilège du génie ! Quand on entend
une œuvre de Mozart, le silence qui suit est encore de Mozart
». Voilà bien pourquoi nous écoutons et réécoutons
sans cesse nos chansons, nos danses ou nos pièces musicales
favorites : pour nous exposer de nouveau à l’émotion
et au plaisir qu’elles nous procurent.
L’humain est l’animal musical. Dans l’expérience
de la musique, ne trouve-t-on pas la plus haute preuve de sa dimension
spirituelle et communautaire ? N’y a-t-il pas là un
des indices les plus parlants de la transcendance de l’humain
et de son esprit ? Un des signes les plus pressants de l’existence
d’un Transcendant ? Il aurait raison, celui qui a dit que
« Dieu nous a donné la capacité de faire la
musique, mais il n’a pas écrit la partition ».
On peut rejoindre lauteur à pa.giguere@spiritualite2000.com
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