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Octobre
2002 |
Des
bouées sur le fleuve
par Paul-André
Giguère
a
recherche spirituelle est comparable à la descente d’un
fleuve étranger ou la remontée d’une rivière
inconnue. Elle est comme une aventure sur une mer largement imprévisible.
On y rencontre parfois des nappes de brouillard et des saisons inquiétantes
sans vent porteur et sans pluie bienfaisante, auxquelles succèdent
des temps de tempête ou des semaines lumineuses. De grands
récits initiatiques, comme l’Odyssée, illustrent
la solitude du héros qui parcourt mer et monde cherchant
à atteindre sa véritable demeure.
Sur la plupart des cours d’eau ou même sur les côtes
des mers et océans, on trouve des balises à la navigation.
Flottant sur l’eau ou se dressant sur des éperons rocheux,
humble veilleuse tantôt verte, tantôt rouge, ou phare
puissant projetant son faisceau dans le lointain, les balises guident
les pilotes. Elles signalent les écueils ou les récifs
sur lesquels on pourrait venir se briser, les courants ou tourbillons
qui pourraient faire perdre le contrôle de l’embarcation,
les hauts fonds sur lesquels on pourrait s’échouer.
Elles rassurent.
Les balises ne dictent pas la navigation. Elles doivent être
interprétées, décodées. Le pilote décide
de sa vitesse ou de l’angle d’approche suivant d’autres
facteurs plus ou moins significatifs : force des vents et hauteur
des vagues, nature du voyage, le type d’embarcation et de
son chargement.
La voie de la spiritualité ne ressemble ni à un canal
aux rives bien délimitées, ni à une autoroute
le long de laquelle on a multiplié les panneaux de signalisation.
Jésus avait une manière très abrupte de le
dire : « Entrez par la porte étroite. Car large et
spacieux est le chemin où on se perd et la plupart le prennent;
mais étroite est la porte et resserré le chemin qui
conduit à la vie, et un petit nombre le trouvent »
(Matthieu 7 13-14). Comment donc s’y retrouver ?
Les traditions religieuses et les courants philosophiques servent
depuis toujours de points de repère comme de relais dans
le voyage intérieur. D’où l’importance
de s’y rattacher, même pour un temps, non pas en observateur
distant mais sérieusement, à titre de disciple. Toutefois,
de même que le commandant ou le pilote, interprétant
les balises, demeure à bord maître après Dieu,
de même revient-il à chacun, chacune d’assumer
ses choix, ses refus et ses orientations à partir de sa conscience.
Mais comment cette conscience s’éduque-t-elle ? Car
on se trouve ici dans le domaine de la conviction plus que de la
certitude.
Selon les recherches de James Fowler, notre rapport aux balises
dans le domaine spirituel et religieux varie suivant les étapes
de notre cheminement. Pendant une étape importante et assez
longue, nous nous fions à ceux qui ont fait la route avant
nous et qui font figure d’autorité, comme un marin
qui s’en remettrait prudemment aux cartes et aux bulletins
officiels de la météo même lorsqu’il aurait
envie d’apprécier autrement la situation.
Dans le domaine spirituel, nous prenons comme balises fiables les
autorités religieuses, les livres sacrés, les dogmes,
la tradition. Il arrive ensuite à certains, qui en viennent
à estimer que ces cartes, respectables mais relativement
anciennes, ont une utilité toute relative dans un monde où
les frontières ne cessent de se déplacer et les côtes
d’être refaçonnées, de s’en remettre
davantage à leur jugement personnel, à leur rectitude
interne et à leur intuition, assumant le risque de commettre
une erreur qu’il sera toujours possible de reconnaître
et de corriger.
Après quelque temps, il en est parmi eux qui modifient le
sens même du voyage, comprennent qu’il ne faut peut-être
pas absolutiser la destination, que l’essentiel du voyage
réside justement dans le fait d’être en mouvement
et qu’une profonde solidarité unit tous les voyageurs
quelles que soient leurs embarcations, leurs cartes ou leurs instruments
de navigation.
Quel que soit le stade où ils se trouvent, cependant, pour
les chrétiens, la référence, le phare, la balise,
c’est le Christ. Pour eux, il est bien moins important d’avoir
beaucoup de connaissances religieuses que de s’engager dans
une relation vivante avec le Vivant. Alors prend sens la parole
que lui attribue l’évangéliste Jean quand il
le présente comme un berger : « Il marche devant les
brebis et elles le suivent, parce qu’elles connaissent sa
voix. Elles ne suivront pas la voix d’un étranger,
elles le fuiront au contraire, parce qu’elles ne connaissent
pas la voix des étrangers » (10 4-5).
On peut rejoindre lauteur à pa.giguere@spiritualite2000.com
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