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Spiritualite2000.com
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Juin
2002
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Du
non-savoir
par Paul-André
Giguère
a
recherche spirituelle est guidée dans une large mesure par
une ardente soif de connaître. Les Grecs nous ont laissé
l'exhortation Connais-toi toi-même . La Bible
s'ouvre en présentant l'arbre de la connaissance du bien
et du mal planté au milieu du jardin d'Eden (Genèse
2 9) et multiplie les invitations à connaître
sagesse et discipline, pénétrer les discours profonds,
acquérir une instruction éclairée, trouver
le savoir-faire, le savoir et la prudence (Proverbes 1 2-4).
Connaître Dieu représente le but ultime
de la quête spirituelle. Lorsque le prophète Jérémie
entrevoit l'alliance nouvelle que Dieu établira avec son
peuple, il ne craint pas d'écrire : Ils n'auront plus
à s'instruire mutuellement, se disant l'un à l'autre
: Ayez la connaissance de Yahvé ! Car tous me connaîtront,
du plus petit au plus grand (31 34). Aussi bien l'évangile
de Jean peut-il faire dire à Jésus : La vie
éternelle, c'est de te connaître, toi, le seul véritable
Dieu, et ton envoyé Jésus Christ (17 3). Déjà,
quelques décennies plus tôt, saint Paul avait témoigné
de la lumineuse richesse à laquelle donnait accès
l'existence chrétienne. Vous pourrez mener une vie
digne du Seigneur et qui lui plaise en tout : vous produirez toutes
sortes de bonnes oeuvres et vous grandirez dans la connaissance
de Dieu (Colossiens 1 10). Daigne le Dieu de notre
Seigneur Jésus-Christ, le Père de la gloire, vous
donner un esprit de sagesse et de révélation qui vous
le fasse vraiment connaître ! Puisse-t-il illuminer les yeux
de votre cur pour vous faire voir quelle espérance
vous ouvre son appel... (éphésiens 1 17-18).
Le christianisme occidental sort difficilement d'une longue période
où son trésor de sagesse spirituelle est demeuré
presque réservé à quelques initiés,
généralement des moines et des religieux. Pour la
majorité, il ne semblait présenter que des doctrines
figées et des pratiques sclérosées auxquelles
il aurait fallu adhérer sans contestation. Heureusement,
on redécouvre maintenant la richesse de sa tradition spirituelle.
Celle qui conduit à connaître, oui, sans doute. Mais
surtout, peut-être, celle qui initie à ne pas connaître.
Un des grands traités spirituels de l'histoire chrétienne,
écrit en Angleterre autour du 13e ou du 14e siècle
ne porte-t-il pas le titre fascinant : Le nuage d'inconnaissance
(The Cloud of Unknowing) ? Il se rattache à une tradition
très ancienne dont on trouve déjà des traces
au 6e siècle avant Jésus-Christ chez le prophète
juif Esaïe : D'après qui pourriez-vous imaginer
Dieu ? Et quelle image pourriez-vous en offrir ? (40 18).
Au 9e siècle de notre ère, un Scot Erigène
y fait écho : On ne peut rien dire d'approprié
au sujet de Dieu. Il est difficile de lui appliquer un seul nom,
verbe ou membre de phrase, au sens strict, de façon convenable.
Comment, en effet, des signes visibles, intimement dépendants
qu'ils sont de la matière, pourraient-ils parvenir à
exprimer correctement la nature invisible qui n'a de rapport avec
aucun sens corporel ?
Avec une certaine parenté avec les maîtres zen, les
spirituels chrétiens nous enseignent à nous disposer,
dans le recueillement, à dépasser la connaissance
de ce qui peut être connu (et) entrer dans l'ignorance de
ce qui ne peut qu'être ignoré (Marcel Légaut,
Prières d'homme, Aubier 1978, p.62). Tout savoir spirituel
achemine vers le seuil du non-savoir. Là où l'esprit
s'arrête, dans le silence, en présence du mystère
que nous sommes à nous-mêmes, du mystère qui
nous entoure et du Tout Mystérieux.
On peut rejoindre lauteur à pa.giguere@spiritualite2000.com
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