Janvier.
Si vous nous visitez depuis l'hémisphère sud,
vous savez que d'une manière presque imperceptible, les
jours ont commencé à se faire plus courts chez
vous alors que chez ceux et celles qui nous visitent depuis
l'hémisphère nord, ce sont les nuits qui sont
moins longues. Nos visiteurs des régions équatoriale
et tropicales quant à eux sont à l'abri de ces
variations saisonnières. Ne pourrait-on faire de cette
constatation une parabole du cheminement spirituel ?
Parmi
les chercheurs et les chercheuses d'Absolu, certains traversent
des phases d'obscurité pendant qu'au même moment,
d'autres vivent en pleine lumière. La vie de plusieurs
est faite d'alternances de périodes de clarté
et de périodes de ténèbres, alors que pour
certains, le temps est presque toujours au beau fixe et la lumière
presque également partagée avec la noirceur.
On
a tendance à parler du cheminement spirituel comme d'un
cheminement de lumière. Plusieurs traditions spirituelles,
même à l'intérieur du christianisme, parlent
d'un processus d'illumination . Dans les recueils
de prières légués par ces traditions, l'Absolu
est très souvent identifié à la lumière.
Le Seigneur est ma lumière et mon salut : de qui aurai-je
crainte ?(Psaume 27 1) Je suis la lumière du monde :
qui me suit ne marche pas dans le noir (Jean 8 12). Ce thème
de la lumière, avec tous les symbolismes qu'on peut y
rattacher, est universel et fondamental.
On
entend parfois encore des critiques de la religion affirmer
que la foi est une béquille et que les croyants s'arrangent
pour échapper à l'angoisse en s'appuyant sur des
textes et des pratiques visant à offrir consolation et
réassurance. Et pourtant. Et pourtant, les aventuriers
du spirituel ne sont pas à l'abri de l'angoisse et de
la nuit. Pour eux comme pour tout le monde, il y a d'abord l'épreuve
de l'épreuve : les spirituels ne sont pas à l'abri
de l'échec, de la souffrance et du mal. De plus, tout
cheminement spirituel implique de laisser progressivement derrière
soi ses certitudes, ses attachements, ses sécurités.
Il y a des passages décapants, éprouvants, où
le sentiment de tout perdre, y compris soi-même, l'emporte
sur la conscience d'aller quelque part. Le mystique et poète
espagnol Jean de la Croix (16e siècle) a trouvé
des mots très forts pour dire son expérience intérieure.
Dans un très riche poème, il dit comment le cheminement
spirituel se fait Au sein de la nuit bénie, en
secret - car nul ne me voyait, ni moi je ne voyais rien - sans
autre lueur ni guide hors celle qui brûlait en mon cour
(pour le poème au complet, http://perso.wanadoo.fr/famille.renard/poesie/jeancroi.htm).
Selon
la Bible, lorsque Salomon inaugura le temple qu'il venait de
faire construire à Jérusalem, la cérémonie
aurait été interrompue par un très dense
nuage qui aurait rempli le lieu sacré. Et Salomon de
s'exclamer : YHWH a choisi d'habiter la nuée obscure,
un épais brouillard nous propose la nouvelle
traduction de la Bible en français (1 Rois 8 12). Nous
voici donc prévenus : on ne s'approche de Dieu qu'en
passant par la nuit comme vers le Mystère.
Si
donc nous avons des prières pour les jours de lumière,
si donc nous savons allumer des bougies pour dire la victoire
sur la nuit, il importe que nous sachions aussi habiter avec
patience et confiance les saisons plus sombres de nos itinéraires.
Pourquoi te caches-tu au temps de la détresse ? (Psaume
10 1). Ne t'en va pas : l'angoisse est ici et personne ne m'aide
(Psaume 22 11). Je crie vers mon Dieu quand l'angoisse me prend,
il me répond (Psaume 120 1). Et il importe de pouvoir
s'appuyer sur une communauté, fut-elle virtuelle, car
parmi ceux et celles qui la composent, il s'en trouve qui en
sont à la saison où le jour l'emporte peu à
peu sur la nuit.
On peut
rejoindre l'auteur à pa.giguere@spiritualite2000.com