l
ou elle était venu à un maître spirituel
réputé lui demander de l'initier aux voies de
l'intériorité. Il ou elle attendait évidemment
un enseignement, ou au moins un questionnement, inspirant. Le
maître lui a posé une seule question : Sais-tu
respirer ? Il ou elle s'est rappelé que ses tout premiers
cours de chant avaient été consacrés à
apprendre à respirer. Chanter et prier auraient-ils donc
une secrète parenté ?
La plupart d'entre nous
ne savons plus respirer. Certes, puisque nous sommes toujours
vivants, aspirons-nous continuellement l'oxygène nécessaire
à notre survie. Mais c'est pour la plupart une respiration
courte, fréquente, du haut de la cage thoracique. Seul
le temps du sommeil subsiste pour nous donner accès à
la respiration profonde.
Yoga, zazen, peu importe
la technique : l'Occident redécouvre les bienfaits de
la respiration profonde. En quoi est-elle une discipline essentielle
dans l'apprentissage de l'intériorité ?
Il faut d'abord une posture
corporelle favorable. On ne peut respirer en profondeur quand
on est courbé, affaissé ou prostré. Il
faut se tenir droit. Il faut d'abord se redresser. Et n'est-ce
pas un des fruits du travail spirituel ? YHWH redresse tous
ceux qui sont courbés dit le Livre des psaumes (145 14
; 146 8). Venez à moi, vous qui ployez sous le fardeau,
et je vous donnerai le repos dit le Christ (Matthieu 11 28).
Dieu ne veut pas d'un être humain écrasé
: il l'aime debout. Dressé. Fier. Confiant. Léger.
Vertical.
La respiration profonde
unifie tout l'être, comme on l'expérimente dans
l'orgasme et les minutes qui suivent. Dans la respiration profonde,
le corps et l'esprit sont tout un, surtout quand on devient
capable de rendre son esprit présent à la respiration,
et à rien d'autre. Il se produit alors un apaisement.
Une réconciliation. La conscience du temps se concentre
alors sur le présent.
Car la pratique de la respiration
profonde rend intensément présent au présent.
Ma vie n'est pas ailleurs, ni dans l'espace, ni dans le temps
: je vis où je respire. Elle est libératrice,
cette conscience-présence à ce qui est là,
à ce que chaque instant comporte d'unique. Elle est libératrice,
cette capacité de se tenir là, immobile, sur cette
pointe d'aiguille qu'est le présent, dans l'instant qui
vient d'apparaître et qui est sur le point de devenir
passé. Elle est capacité de Dieu. Comme le dit
avec finesse Madeleine Delbrêl : Mon Dieu, si vous
êtes partout, comment se fait-il que je sois si souvent
ailleurs ?
La pratique de la respiration
profonde nous apprend en outre que la vie ne nous appartient
pas. Elle nous est toujours donnée et nous ne saurions
la retenir. À chaque minute, nous nous recevons. À
chaque minute, nous devons nous dessaisir et faire confiance
que nous recevrons encore. La respiration profonde est une pratique
qui nous apprend à la fois la gratitude, le détachement
et la confiance.
La pratique de la respiration
profonde nous ouvre enfin sur ce que les anciens appelaient
la longanimité, littéralement le souffle long.
Il n'y a pas de cheminement spirituel sans la capacité
de durer. Il n'y a pas de cheminement spirituel si on s'essouffle
à la première difficulté. Ou même
à la longue . La pratique de la respiration
profonde comporte donc une fonction symbolique. Elle nous invite
à avoir du souffle. De la puissance, telle celle d'un
chanteur ou d'une chanteuse. Pour l'expression de notre vie.
Et pour la joie du monde.
On peut rejoindre l'auteur à pa.giguere@spiritualite2000.co