| Spiritualite2000.com
|
|
Décembre
2002 |
L'abondance
par Paul-André
Giguère
’ai
appris très tôt le mot « abondance », qui
n’est pourtant pas courant. Enfant, je raffolais de cette
pâtisserie qu’on appelle « corne d’abondance
» : un gros rouleau de pâte feuilletée rempli,
que dis-je, débordant de crème fouettée ! Plus
tard j’ai découvert que cette corne peut aussi déverser
des fruits ou des fleurs. J’ai observé qu’à
sa base, elle est étroite et resserrée, mais qu’elle
se déploie dans un mouvement d’ouverture et d’élargissement.
Bref, c’est toute ma vie que j’ai su que l’abondance
était bonne pour les humains et que la disette était
pour eux un malheur.
Et
je me dis l’importance, pour les personnes engagées
dans la quête spirituelle, de croire en l’abondance.
L’objet de leur soif et de leur recherche ne doit-il pas être
à la mesure de leur désir ? Infini ?
Cette
conviction se heurte toutefois à un solide préjugé.
Il est en effet notoire que les différentes religions et
les traditions spirituelles parlent toutes plutôt de renoncement,
d’ascèse, de privation et de dépouillement.
Le jeûne n’est-il pas fortement recommandé par
pratiquement tous les maîtres spirituels ?
Le
danger, ici, c’est de confondre la fin et les moyens. L’austérité
joue un rôle pédagogique irremplaçable. Faire
l’expérience de restrictions dépouille de l’illusion
que la vie et le bonheur dépendent de ce que nous possédons
et consommons. Faire l’expérience du manque révèle
le caractère tout relatif de toutes les réalités
auxquelles la société confère un caractère
absolu, avec notre complicité d’ailleurs. Il est absolument
nécessaire de connaître l’insatisfaction pour
apprendre à reconnaître ce qui est vraiment essentiel.
Jésus
présente à ce sujet une image assez fréquente
dans la tradition juive. « Efforcez-vous d’entrer par
la porte étroite… car oui, étroite est la porte
et resserré le chemin qui mène à la vie »
(Luc 13,24; Matthieu 7,14). Comme la corne dans sa partie étroite.
Une grande révélation est réservée à
qui consent à passer par cette porte étroite de la
vie : c’est celle de la surabondance de la joie imprenable,
de l’être toujours donné et reçu, de la
vie dans toute sa force et sa simplicité. Voilà où
conduit toute recherche spirituelle menée à son terme,
et c’est bien ce dont parle le Christ quand il dit : «
Je suis venu pour qu’ils aient la vie, et qu’ils l’aient
en abondance » (Jean 10,10). Les personnes très dépouillées
sont souvent les témoins les plus éloquents de l’abondance
de la vie intérieure.
Tout
ce mois de décembre est placé sous le signe de l’abondance.
On peut peut-être déplorer la commercialisation à
outrance de la préparation à Noël, mais attention
de ne pas s’en prendre à l’abondance. À
la générosité. À la libéralité.
À la largesse. Au don excessif. Noël est la célébration
de l’abondance promise, mieux, de l’abondance reçue.
Pour les chrétiens, Noël est la fête de la grâce
surabondante, qui dépasse tout ce dont nous aurions pu rêver,
tout ce que nous pouvons imaginer. Ne serait-ce pas le sens profond
de nos petites ou nos grandes folies et de nos dépenses un
peu extravagantes ? La vie et l’amour sont faits pour déborder
comme la crème de la corne d’abondance. C’est-à-dire
pour être donnés et partagés entre tous.
Il
est bien connu que c’est souvent dans les moments de très
grande pénurie que les gens mettent en commun le peu qu’ils
ont. Pourquoi la période qui précède Noël
ne serait-elle pas comme une école où nous apprendrions
à mettre en commun aussi notre abondance ? Comme une sorte
de prédication discrète de l’abondance de Dieu
?
Retour
en haut
On peut rejoindre lauteur à pa.giguere@spiritualite2000.com
|