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y a dans pratiquement toute vie des situations extrêmes
où l'on est acculé à des choix déchirants
où, quelle que soit la décision prise, elle entraînera
des conséquences majeures et irréversibles. Des
gains et des pertes. Des acquis et des deuils. Des libérations
et des blessures. Mais ce sont des situations où l'on ne
peut demeurer neutre ou passif.
La vie nous place parfois dans des situations intolérables,
inacceptables, injustifiables, où tout l'être est
requis à contacter cette capacité humaine extraordinaire
qu'est l'indignation. Le refus absolu. La tolérance
zéro . Aucune compromission n'est alors acceptable.
Tout silence serait lâcheté. Toute inaction serait
honteuse. Dans ces moments extrêmes, nous sommes conviés
au devoir de résistance.
La vie nous place parfois encore dans des situations difficiles
où elle semble nous demander l'impossible. Des situations
où tout notre être est convoqué à cette
capacité humaine extraordinaire qu'est le lâcher
prise. La reconnaissance de notre totale impuissance. Ou, au contraire,
le devoir de consentir à ce qui est, dans un détachement
absolu. S'acharner à résister serait alors entêtement.
S'obstiner serait orgueil. Refuser ce qui est ou ce qui vient
serait suffisance. Dans ces moments limites, nous sommes conviés
au devoir de soumission.
Comme il est difficile de discerner entre ces deux devoirs !
Comment savoir si se dresser de toutes ses forces contre une situation
abusive est un devoir de dignité ou une arrogance crispée
? Comment être sûr que le consentement à ce
qui est est humble réalisme plutôt que frileuse démission
?
L'écrivain français Christian Bobin a à
ce propos quelques lignes qui, sans fournir toutes les clés,
nomme bien ce dilemme auquel presque personne n'échappe.
Il écrit :
Si nous considérons notre vie dans son rapport au monde,
il nous faut résister à ce qu'on prétend
faire de nous, refuser tout ce qui se présente - rôles,
identités, fonctions - et surtout ne jamais rien céder
quant à notre solitude et à notre silence. Si nous
considérons notre vie dans son rapport à l'éternel,
il nous faut lâcher prise et cueillir tout ce qui vient,
sans rien garder en propre. D'un côté, tout rejeter,
de l'autre consentir à tout : ce double mouvement ne peut
être réalisé que dans l'amour où le
monde s'éloigne en même temps que l'éternel
s'approche, silencieux et solitaire. (L'éloignement du
monde)
La Bible propose de multiples exemples de ces situations où
des hommes et des femmes courageux ont su tantôt résister,
tantôt consentir. Le Christ se dresse avec véhémence
contre les abus des scribes et des pharisiens. Il dénonce
violemment le légalisme ou le littéralisme dans
l'interprétation de la Bible et de la tradition. Il combat
toute forme de marginalisation. Et pourtant, quand vient son Heure,
il va au-devant de ceux qui viennent l'arrêter et explique
son geste en disant à ses amis : Ma vie, personne ne me
la prend : c'est moi qui la donne.
Grandeur et mystère de la liberté humaine, convoquée
à l'exigence des discernements fondamentaux quand une seule
option est exclue : ne pas opter. Exigeante sagesse cependant
que celle qui est requise pour mesurer les enjeux de l'option
entre résistance et soumission quand les deux peuvent être
un devoir spirituel !
On peut rejoindre lauteur à pa.giguere@spiritualite2000.co