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Février
2003 |
Espérance
à l'Institut Curie
Thérèse
Bourguignon, xavière.
Témoignage
donné en l’église St Jacques de Paris lors
de la rencontre avec des jeunes de Taizé le 28 décembre
02. Thérèse Bourguignon est xavière
et aumônier depuis plusieurs années à l’Institut
Curie à Paris.
n
Septembre 99, j’ai pris la relève de l’aumônerie
de l’Institut Curie. Une équipe était présente
depuis longtemps. Curie est un hôpital privé qui
se situe non loin d’ici. Il fait partie de la paroisse
St Jacques. Les membres de l’équipe participent
à la vie de la Paroisse.
Cet
hôpital spécialisé poursuit depuis 1921
une mission de recherche et de traitement du cancer. Nous accueillons
assez souvent des malades de Pologne ainsi que du monde entier.
Il y a eu pour moi tout d’abord un travail de connaissance
et de reconnaissance.
L’hôpital est une maison avec son personnel, ses
services, sa culture, ses habitudes et son fonctionnement. Dans
ce contexte, il m’est demandé d’y être
une présence chrétienne et discrète, de
répondre aux appels des malades. J’y suis tous
les après-midi, la régularité est très
importante. Les soignants ont besoin de connaître les
membres de l’équipe qui passe. Des liens de confiance
se créent entre nous, des échanges deviennent
possibles. Résultat : l’aumônerie fait partie
du paysage de l’hôpital. La confiance est un sentiment
qui peut être contagieux, se transmettant entre personnel
soignant. Aider les gens à sortir du doute, de la crainte,
à donner le meilleur d’eux-mêmes, cela fait
partie de mon rôle d’aumônier. Bien souvent
j’admire la compétence du personnel infirmier envers
les malades et les familles.
A
chacun, je propose un temps d’écoute, de prière
et de communion eucharistique, selon le désir de chaque
personne malade. Frapper à une porte sans savoir qui
m’attend derrière est parfois difficile. Chaque
personne est unique, je ne la verrai que peu de fois et il me
faut beaucoup d’attention et de respect pour que l’échange
s’établisse et puisse se poursuivre.
« Ne partez pas je voudrais vous dire.. » Eh bien,
oui, je voudrais vous dire ce qui est difficile à vivre
: « Je ne veux pas mourir », « J’ai
oublié Dieu… je n’ai pas su aimer…
etc, etc. » « Je veux croire encore à la
guérison. » « Dites-moi, qu’est ce
qu’il se passe dans le monde ? » Quelle grâce
de rencontrer des personnes qui malgré leurs souffrances
restent ouvertes sur le monde et sur les autres !
En
fin de vie, à l’approche de la mort, l’accompagnement
est silencieux… peu de mots sont nécessaires «
n’ayez pas peur, que votre cœur cesse de se troubler,
Dieu vous aime… »
L’Evangile
porte en lui une Espérance… En être témoin
auprès des malades, c’est savoir que Dieu en est
la source et la force. La source de cette espérance est
en Dieu. Dieu cherche chacun inlassablement, se fait proche
et illumine le cœur de chacun. Avant chaque rencontre,
il est indispensable de prier… pour me rappeler que c’est
le Christ que les malades cherchent. Lui demander la force de
m’effacer, pour que ce soit sa Parole à lui qui
agisse et ouvre les cœurs à sa lumière. C’est
alors que c’est moi qui suis visitée de manière
tangible par ce Dieu qui me précède sur les chemins
de la souffrance et du pardon. Je dirai que cette espérance
est travaillée et marquée par la situation réelle
des malades… Réalité de la maladie qui est
la leur : pas la mienne, ni celle du voisin.
Chacun
est unique, il s’agit d’être près de
chacun et de le voir avec le cœur démesurément
bon et bienveillant de Dieu. Là je fais l’expérience
d’une espérance qui se cherche… se dit et
se révèle à ses effets : « c’est
fou, me dit un homme de 55 ans, je vais mourir, je vais quitter
cette vie que j’aime, et je suis heureux ». L’homme
qui parle est à 8 jours de sa fin, il dit son étonnement
devant ce bonheur insolite qui déconcerte ses visiteurs,
comme il le déconcerte lui-même le premier. Son
visage pourtant défiguré par son cancer rayonne
d’une présence qu’il vient de découvrir.
Il n’ignore pas sa laideur : il en est pleinement conscient.
Son cancer de la joue est là. Il sait, on le lui a dit
dès son arrivée que ses jours sont comptés.
L’incertitude des jours ne le trouble plus : il attend
… Dans l’inattendu de chaque jour, il attend le
moment d’une autre rencontre. Puis, lentement, il se tourne
vers moi : « derrière moi il y a une nouvelle génération,
et la vie va finalement triompher ! ». Puis il regarde
ses 4 fils et meurt. Nous étions très émus
et silencieux. Au nom de l’Eglise, j’ai béni
ce corps qui avait terminé sa vie. Etonnante rencontre
avec la mort que celle-là... Etonnante espérance
que celle qu’il nous a transmise… Tour à
tour ses enfants mesurent la grandeur de leur père. Ils
oublient ses défaillances humaines, pour ne garder que
les bons souvenirs. Cet homme laissait en héritage à
ses enfants une confiance sans faille, elle avait la saveur
de la vie, une manière d’être humain à
la manière de Dieu. En accueillant sa mort, ce père
donnait aux siens quelque chose de la vraie vie… vie au
delà de la mort.
Beaucoup
d’autres rencontres pourraient être évoquées,
la présence de l’aumônier à l’hôpital,
son simple passage permet en ce moment difficile d’être
une main tendue sur les parcours de chacun. A condition d’être
soi-même habité par l’Espérance. Cette
Espérance trouve sa source dans l’Evangile.
Si
nous tournons les pages de l’Evangile, pour y trouver
le mot Espérance, nous serons surpris. Dans les 4 Evangiles,
nous le découvrons de manière explicite dans un
récit que nous connaissons bien et que nous aimons :
le récit des pèlerins d’Emmaüs (Luc
24, 13-35).
Après
la mort de Jésus, les disciples sont tristes, déçus
: « Et nous, nous espérions »
Véritable aveu de déception. Ce passage pour nous
témoin de l’Evangile est une perle précieuse
sur nos routes humaines faites de lumières et d’ombres,
condition qui est précisément la nôtre.
Chemin d’Emmaüs, chemin de renaissance, chemin d’illumination
et bien sûr chemin de compassion. C’est le Christ
ressuscité qui nous devance et nous rejoint.
Espérer, c’est marcher avec Celui qui vient faire
route avec nous, se fait connaître à la fraction
du pain, enfin Celui qui explique les Ecritures. Ce texte vient
évangéliser notre vie, nous donne l’audace
même du Christ, de la Résurrection. Cette page
d’Evangile est la source de toute Espérance croyante.
Contempler cette rencontre d’Emmaüs, c’est
apprendre à devenir porteur d’Espérance
parmi nos frères souffrants. Avant tout, dans cette page,
le Christ est Celui qui rejoint l’homme. Cela est fondamental
pour l’espérance, car tout être qui souffre
désespère de n’être pas rejoint. Porter
l’espérance, ce n’est pas d’abord apporter
des explications… c’est nous porter à la
rencontre des autres… c’est aller vers … c’est
rejoindre pour se joindre au souffrant. C’est la relation
engagée qui est porteuse d’Espérance.
«
Il fit route avec eux. » Et c’est le silence de
Celui qui les rejoint. Eux parlaient, Lui écoutait. Entendre
le trouble des disciples… telle est l’expérience
de la souffrance qui se dit. Toute la personne est prise dans
un débat jusqu’au dernier combat parce que habitée
par la question immense du « pourquoi la vie, la mort
? »
«
De quoi discutiez-vous en marchant ? » Les disciples sont
déçus et désorientés (car souffrir
désoriente – d’où la nécessité
de raconter, de dire et redire les événements
du Calvaire).
Lui, le Christ, qui est la Parole, les écoute et ne leur
coupe pas la parole. Nul ne console à moins d’avoir
souffert, nul n’est tendresse à moins d’être
blessé.
«
Reste avec nous » Il entra pour rester avec eux jusqu’au
partage du pain.
Rejoints, écoutés, accueillis, appelés,
les deux disciples deviennent témoins d’Espérance.
Après Paris, vous prendrez vous aussi le chemin vers
des frères. C’est avec eux que vous partagerez
l’Espérance que ce jour vous donne. L’Espérance
est un don de Dieu.
« Si tu savais le don de Dieu » dit Jésus
à la Samaritaine (Jean 4).
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