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Février
2003 |
Voix
et parole. Sermon 293 sur la Nativité de Jean-Baptiste
Maurice Huftier (Augustin, éd.Ouv.
1964), présente le rhéteur d’Hippone, saint
Augustin, comme «Le Marchand de paroles» qui dans les
années 375 à 383 tint à Carthage une école
de rhétorique. Un concours oratoire eut lieu à Milan,
cour impériale ; Augustin y prend part et gagne la chaire
tant convoitée. Quel orateur ! Augustin devint très
vite par sa parole un des plus illustres maîtres à
pensée de l’Occident chrétien. Converti, ordonné
prêtre, puis évêque d’Hippone, deuxième
ville d’Afrique, Augustin parle « à temps et
à contretemps ». Une abondante prédication et
quelques oeuvres polémiques contre le Manichéisme,
le Donatisme et le Pélagianisme viennent couronner ses deux
oeuvres maîtresses : Les Confessions et La Cité de
Dieu. L’évêque d’Hippone ne rédigeait
pas lui-même ses sermons, d’habiles sténographes
les prenaient en notes. Voilà qui explique qu’ un dixième
seulement de son oeuvre oratoire nous est parvenu. Le texte patristique
de ce mois met en valeur la grâce de la Parole dans laquelle
Augustin était lui-même passé maître.
ean
(Baptiste) était la voix, mais le Seigneur au commencement
était la Parole. Jean, une voix pour un temps ; le Christ,
la Parole au commencement, la Parole éternelle.
Enlève
la parole, qu’est-ce que la voix ? Là où il
n’y a rien à comprendre, c’est une sonorité
vide. La voix sans la parole frappe l’oreille, elle n’édifie
pas le cœur.
Cependant,
découvrons comment les choses s’enchaînent dans
notre propre cœur qu’il s’agit d’édifier.
Si je pense à ce que je dis, la parole est déjà
dans mon cœur ; mais lorsque je veux te parler, je cherche
comment faire passer dans ton cœur ce qui est déjà
dans le mien.
Si
je cherche donc comment la parole qui est déjà dans
mon cœur pourra te rejoindre et s’établir dans
ton cœur, je me sers de la voix, et c’est avec cette
voix que je te parle : le son de la voix conduit jusqu’à
l’idée contenue dans la parole ; alors, il est vrai
que le son s’évanouit ; mais la parole que le son a
conduite jusqu’à toi est désormais dans ton
cœur sans avoir quitté le mien.
Lorsque
la parole est passée jusqu’à toi, n’est-ce
donc pas le son qui semble dire lui-même : Lui, il faut qu’il
grandisse ; et moi, que je diminue ? Le son de la voix a retenti
pour accomplir son service, et il a disparu, comme en disant : Moi,
j’ai la joie en plénitude. Retenons la parole, ne laissons
pas partir la parole conçue au fond de nous
Tu
veux voir comment la voix s’éloigne, tandis que demeure
la divinité de la Parole ? Où est maintenant le Baptême
de Jean ? Il a accompli son service, et il a disparu. Maintenant
le Baptême du Christ se multiplie. Tous nous croyons au Christ,
nous espérons le salut dans le Christ : c’est cela
que la voix faisait entendre.
Il
est difficile de distinguer la parole de la voix, et c’est
pourquoi on a pris Jean pour le Christ. On a prix la voix pour la
parole ; mais la voix s’est fait connaître afin de ne
pas faire obstacle à la parole. Je ne suis pas le Messie,
ni élie, ni le Prophète. On lui réplique :
Qui es-tu donc ? Il répond : Je suis la voix qui crie à
travers le désert : préparez la route pour le Seigneur.
La voix qui crie à travers le désert, c’est
la voix qui rompt le silence. Préparez la route pour le Seigneur,
cela revient à dire : Moi, je retentis pour faire entrer
le Seigneur dans le cœur ; mais il ne daignera pas y venir,
si vous ne préparez pas la route.
Que
signifie : Préparez la route, sinon : Priez comme il faut
? Que signifie : Préparez la route, sinon : Ayez d’humbles
pensées ? Jean vous donne un exemple d’humilité.
On le prend pour le Messie, il affirme qu’il n’est pas
ce qu’on pense, et il ne profite pas de l’erreur d’autrui
pour se faire valoir.
S’il
avait dit : Je suis le Messie, on l’aurait cru très
facilement, puisqu’on le croyait avant même qu’il
ne parle. Il l’a nié : il s’est fait connaître,
il s’est défini, il s’est abaissé.
Il
a vu où se trouvait le salut. Il a compris qu’il n’était
que lampe, et il a craint qu’elle ne soit éteinte par
le vent de l’orgueil. »
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