Année
B. Dimanche de la Présentation, 2 février
2003
Evangile
de Jésus Christ selon saint Luc 2 : 22-32
À la fin des jours requis à leur
purification, Joseph et Marie, fidèles à
la Loi de Moïse, ont amené Jésus
à Jérusalem pour le présenter
au Seigneur, comme il est écrit dans la Loi
de Dieu : « Tout mâle qui ouvre le sein
sera consacré au Seigneur » ; et ils
ont fait un sacrifice comme il est dit dans la Loi
du Seigneur : « une paire de tourterelles ou
deux jeunes pigeons ». Vivait alors à
Jérusalem un homme nommé Siméon.
Cet homme était juste et pieux, il attendait
la consolation d’Israël. Un Souffle saint
l’accompagnait. Il avait appris par le Souffle
saint qu’il ne mourrait pas avant de voir l’Oint
( Christ ) du Seigneur. Mû par le Souffle, il
vint au Temple. Les parents font entrer Jésus,
l’enfant ; il agissait pour lui selon les prescriptions
de la Loi. Le prenant dans ses bras, Siméon
bénit Dieu et dit : « À présent,
selon ta parole, Maître, tu peux congédier
ton esclave dans la paix. Car mes yeux ont vu ta délivrance
; tu l’as préparée à la
face de tous les peuples. Lumière de révélation
destinée aux nations, lumière de la
gloire d’Israël, ton peuple.
Commentaire
AMBIANCE
LéGALISTE
elon
la Loi des Juifs toute femme mère d’un
garçon premier-né devait se présenter
au Temple le quarantième jour après
la naissance de l’enfant pour accomplir le rite
de sa purification, (2 : 1-7) sans quoi elle était
dans un état d’impureté : non
un état moral de péché, mais
une situation d’interdit légal. Elle
avait alors le choix entre offrir un agneau d’un
an et un pigeon ou une tourterelle pour le double
sacrifice ; si elle était pauvre, elle pouvait
se contenter d’offrir deux pigeons ou deux tourterelles.
La Loi ne prescrivait pas de présenter l’enfant
au Temple, comme le font ici Joseph et Marie, mais
elle exigeait son « rachat » en reconnaissant
que tout garçon premier-né appartenait
au Seigneur et devait lui être consacré
(Ex. 13 : 2). À cette fin, il fallait le racheter
au cours du mois qui suivait la naissance par le versement
de cinq sicles d’argent. (Ex. 13 : 13 ; 34 :
20) L’évangéliste Luc insiste
davantage dans son récit sur la présentation
de Jésus : les parents veulent reconnaître
l’appartenance de l’enfant au Seigneur
et l’offrir pour sa mission. Jésus n’était
né que depuis quarante jours et il était
entièrement dépendant de la conduite
et de l’engagement des siens comme chacun de
nous lors de notre baptême. Joseph et Marie
vinrent donc au Temple pour la purification de la
mère et la présentation de l’enfant.
CLIMAT
D ‘ ESPéRANCE
On
ne peut plus discret sur l’accomplissement des
prescriptions légales, Luc concentre son récit
sur l’intervention de Siméon et de la
prophétesse Anne. Le premier est décrit
comme un fidèle observateur de la Loi, en attente
du salut et de la consolation d’Israël
(Is. 40 : 1 ; 51 : 12 ; 66 : 2 ) On le reconnaissait
comme un prophète, l’Esprit Saint reposait
sur lui comme sur tous les grands de l’Ancien
Testament ( 2 R. 2 : 15 ; Ez. , 2 : 2 ; Is. 41 : 1)
Le vieillard était certain de voir le Messie
avant que ses jours n’arrivent à terme.
L’événement se produisit le jour
même où les parents de Jésus présentèrent
l’enfant au Temple.
Beaucoup
de tendresse et non moins d’émotion caractérisent
le geste de Siméon : il prend l’enfant
dans ses bras et exprime sa reconnaissance. Luc, contrairement
au « Bénédictus » de Zacharie
(1 : 67 +), laisse l’impression d’avoir
lui-même composé ce « Nunc dimittis
». Dans ce cantique chanté par les moines
tous les soirs à Complies, le vieillard embrasse
alors d’un seul regard tout l’œuvre
de Dieu, sa préparation, la participation de
tous au salut et le rôle de Jésus. D’où
l’immense étonnement du père et
de la mère de l’enfant auxquels le prophète
apporte une lumière jusque là inconnue
: Le Messie d’Israël sera également
le salut des païens, l’espérance
pour tous les hommes. Ce cantique, on le voit facilement,
a été l’œuvre de l’écrivain
sacré, après la résurrection
du Christ.
Un
nouvel oracle suit, destiné cette fois à
Marie, la mère : pour les uns, Jésus
sera occasion de chute et pour les autres, de relèvement.
Deux prédictions du prophète Isaïe
sont ici évoquées : « Il est la
pierre d’achoppement, le rocher qui fait tomber
» (8 : 14-15) et « Voici que je pose à
Sion une pierre témoin, fondamentale »
(28 : 16). L’apôtre Paul reprendra l’une
et l’autre dans sa lettre aux Romains (9 : 32-33)
et Pierre dans sa Première lettre (1 Pt. 2
: 6-8). Si le salut est offert à tous, chacun
doit cependant préciser son option pour ou
contre. Marie, mère de Jésus, ne pourra
demeurer insensible à cette division : «
Et toi-même, ajoute le vieillard, un glaive
te transpercera l’âme », le glaive,
symbole de la douleur dont son âme sera atteinte
non par les souffrances de la Passion, mais le déchirement
d’Israël face à Jésus et
le refus du salut d’un peuple, son peuple, partagé
entre la foi et l’incrédulité.
LUMIÈRE
POUR éCLAIRER LES NATIONS
« Lumière de révélation
destinée aux nations ». Qui portera ce
flambeau dont parle Siméon ? Marie fait figure
de premier plan. Elle reçoit du vieillard la
révélation de la mission universelle
de son fils et elle en est étonnée,
car sa foi progresse et s’approfondit par étapes.
Marie « ne comprenait rien… mais elle
gardait toutes ces choses en son cœur pour les
méditer. » (1 : 28, 34, 38 ; 2 : 19,
33, 50, 51) L’incrédulité des
opposants au salut apporté par son fils l’atteindra
en plein cœur, comme un glaive.
Mais
même si la coutume a tendance à centrer
cette célébration de la « Chandeleur
» sur la Vierge Marie, l’évangéliste
Luc, dans cet épisode de la présentation
au Temple, veut avant tout présenter le mystère
de Jésus. Au Temple, lieu traditionnel de la
révélation divine, les prophètes
Siméon et Anne proclament la mission divine
de l’enfant. Ce salut, toutefois, ne s’imposera
pas de force ; les uns l’accepteront, les autres
le refuseront. Mais le dessein divin s’accomplira
avec et non sans la collaboration des humains. Siméon
et Anne ont eu leur part, mais davantage encore Joseph
et Marie qui préludent à cette mission
en assumant la fidélité de Jésus
à Loi à laquelle ils le soumettent,
et à la nouveauté de sa mission.
Qui,
aujourd’hui, veut prendre la relève ?