Texte
évangélique
Evangile
de Jésus Christ selon saint Matthieu 16 : 13-196
Arrivé dans la région de Césarée
de Philippe, Jésus posa à ses disciples cette
question : « Au dire des gens, qu’est le fils
de l’homme ? » Ils dirent : « Pour les
uns, Jean-Baptiste ; pour d’autres, élie ; pour
d’autres encore, Jérémie ou l’un
des prophètes. » - « Mais pour vous, leur
dit Jésus, qui suis-je ? » Prenant alors la
parole, Simon-Pierre répondit : « Tu es le Christ,
le Fils du Dieu vivant. » En réponse, Jésus
lui déclara : « Tu es heureux, Simon, fils de
Jonas, car cette révélation t’est venue,
non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est
dans les cieux. Eh bien ! moi je te dis : Tu es Pierre, et
sur cette pierre je bâtirai mon église, et les
Portes de l’Hades ne tiendront pas contre elle. Je
te donnerai les clefs du Royaume des cieux : quoi que tu
lies sur la terre sera tenu pour lié dans les cieux,
et quoi que tu délies sur la terre sera tenu pour
délié dans les cieux. » |
Commentaire
ette
section appelée communément « Confession
de Pierre à Césarée, » englobe
la première prédiction de la passion du Sauveur,
les conclusions que le Christ en tire pour ses disciples
qui auront à porter eux aussi leur croix, et le
récit de la Transfiguration. C’est le sommet
de la carrière terrestre de Jésus telle que
rapportée par les évangélistes Matthieu,
Marc et Luc. Pierre reconnaît la véritable
identité de son Maître. Jésus découvre
aussitôt aux siens sa messianité souffrante
et sa résurrection.
CONFESSION DE PIERRE
Nous
sommes au nord de la Palestine, près d’une
ville païenne appelée Césarée de
Philippe parce que rebâtie par le tétrarque
Philippe en l’honneur de César-Auguste. C’est
alors que, en des circonstances variées selon les évangélistes,
Jésus pose la question : qui suis-je. La question
n’est qu’une entrée en matière
; ce que Jésus recherche, c’est l’opinion
des apôtres. Au moment où il pouls de la foi
de ceux qui devraient continuer son œuvre et les prévenir.
Au temps de Jésus, le judaïsme officiel considérait
comme close depuis longtemps la liste des prophètes
inspirés. Concevoir le retour d’un ancien prophète
ne dépassait pas les limites de l’imagination
ni de la crédulité populaire. Après
un moment de silence, bien compréhensible même
si aucun des évangélistes n’en fait mention,
Pierre répond : « Tu est le Christ, c’est- à-
dire le Messie promis par Dieu, le Oint, le Fils du Dieu
vivant. » Jésus s’était appelé le
Fils de l’homme ; Pierre répond : tu est le
Fils du Dieu vivant. Dans l’Ancien Testament, l’expression
désignait les anges, les juges du peuple, le roi. « Dieu
vivant » se retrouve dans l’Ancien testament.
(Ps. 42 et 84 )
Jésus félicite Pierre par un éloge
: « Tu es heureux… » La Bible contient
beaucoup de ces macarismes. Ce ne sont pas les seules facultés
de la nature humaine qui ont donné à Bar-Yona,
fils de Jean, la connaissance de la vraie nature de son Maître,
mais le Père de Jésus : « Nul ne connaît
le Fils si ce n’est le Père. » (Mt. 11
: 27) Outre le bonheur, des dons seront départis à Pierre
en vue de sa mission. Le jeu de mot saisissant en français « Pierre…sur
cette pierre » vient de l’araméen, langue
de Jésus. Il est une création de Jésus
; nulle part ailleurs on ne trouve le prénom « Képha»,
Pierre en français qui deviendra le nom propre de
Simon. Fait à remarquer, l’évangéliste
Jean situe l’événement, le surnom donné à Pierre,
dès l’appel du Seigneur : « Jésus
le regarda et lui dit : Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras
Céphas, ce qui veut dire pierre. » (Jn 1 : 42)
Ce changement de nom indique un tout nouveau rapport entre
Jésus qui surnomme et Pierre le surnommé, il
révèle une signification et l’orientation
d’une mission.
LES DEUX
CITéS
Le terme église est rare dans les évangiles.
L’église de Jésus est constituée
par la communauté qu’il rassemble par sa prédication,
son ministère. Jésus la compare ici à une
cité bâtie sur le roc. Mais cette cité a
une rivale : le royaume de la mort, l’Hades. Le terme « portes » signifie
le combat qui habituellement se livrait aux portes de la
ville. Prendre les portes d’une ville était
prendre la ville (Is. 45 : 1-2) Quand Jésus s’attaquera
aux puissances de la mort, celles-ci ne pourront lui résister.
Selon le prophète Jonas (2 : 7 ) les portes de la
mort s’étaient refermées pour toujours,
mais par sa résurrection Jésus a reçu
la clé lui permettant d’ouvrir ces portes.
Selon
Isaïe (22 : 22), donner les clés d’un
royaume a quelqu’un consistait à en faire son
intendant, son premier ministre (Ap.2 :7 et 1 :18) Par sa
résurrection, Jésus a reçu la clé qui
lui permit d’ouvrir les portes de la mort. Avec la
promesse de Jésus : « Je te donnerai les clés
du Royaume…» Pierre aura maintenant le pouvoir
d’ouvrir l’église aux hommes par la foi
et de les sauver de la mort. (Jn.3 :15)
Cette
promesse de Jésus à Pierre s’applique-t-elle
exclusivement à l’apôtre, ou également à ses
successeurs dans l’espace et le temps ? Pour tant que
la promesse est de nature à accomplir une mission
dans l’espace et le temps, il va de soi que Pierre
seul n’aurait pu suffire à réaliser cette
mission. On le voit bien après deux mille ans de lutte,
l’église demeure toujours plus forte que les
puissance s de la mort. Depuis cette promesse, l’église
, Pierre et non moins les disciples ( Mt 18 : 18) ont le
pouvoir d’exclure de la communauté ou d’introduire
dans l’église, pouvoirs que Dieu lui-même
ratifie.
Ainsi
l’homme Pierre devient-il le héraut et
le héros de la Cité de Dieu. |