Année
B. Dimanche de Pâques, 20 avril 2003
évangile
de Jésus Christ selon saint Jean 20 : 1
Le
premier jour de la semaine, Marie de Magdala se rend
de bonne heure au tombeau, alors qu’il fait
encore sombre, et elle voit que la pierre a été
enlevée du tombeau. Elle court alors trouver
Simon Pierre et l’autre disciple, celui que
Jésus aimait, et leur dit : « On a enlevé
le Seigneur du tombeau et nous ne savons pas où
on l’a mis. » Pierre partit donc avec
l’autre disciple et ils se rendirent au tombeau.
Ils couraient tous deux ensemble. L’autre disciple,
plus rapide que Pierre, le distança et arriva
le premier au tombeau. Se penchant alors, il voit
les bandelettes à terre ainsi que le suaire
qui recouvrait sa tête ; ce dernier n’était
pas avec les bandelettes, mais roulé dans un
endroit à part. Alors entra à son tour
l’autre disciple arrivé le premier au
tombeau. Il vit et il crut. En effet, ils n’avaient
pas encore compris que, d’après l’écriture,
Jésus devait ressusciter des morts. Les disciples
retournèrent alors chez eux.
Commentaire
omment
annoncer cette Bonne Nouvelle de Pâques à
un auditoire aussi diversifié au plan de la
foi. Comment trouver un langage qui rejoigne tous
et chacun ? Mission impossible ! N’y aurait-il
pas lieu avant tout de reconnaître ces divergences
et tenter de dépasser tous ces malentendus
pour que l’effort que chacun manifeste en assistant
à la Messe de Pâques ne demeure pas vain
ou confiné au plan du folklore. Transformer
la passivité de l’auditoire en une attitude
dynamique et interrogative. Rejoindre ce que l’autre
veut entendre dire, ce pourquoi il est ici sans trop
l’avouer, et ce qu’il attend de la fête
de Pâque. C’est d’ailleurs ainsi
que l’évangile s’est écrit,
dans une dynamique de questions et de réponse
de la part des premières églises : «
Frères, que devons-nous faire », demandait-on
après la proclamation du Christ ressuscité.
L’auditoire pourrait sans doute avoir le goût
de crier avec tout son cœur ou simplement de
s’exprimer dans les termes même de Marie
de Magdala aux disciples « On a enlevé
le Seigneur de son tombeau et nous ne savons où
on l’a mis. » Comme s’il était
possible que le Christ demeure au tombeau, sans renaître
à cette nouvelle vie qu’il avait tant
de fois prêchée et proclamée.
Et ces régénérescences de la
vie en Jésus, où les trouver ? évangile
plein d’actualité s’il en est un.
Ne serait-il pas plus utile de laisser tomber la répétition
de ces grandes vérités de foi pour donner
plus de place à des témoins de la résurrection,
chrétiens de fraîche date récemment
convertis au Christ ressuscité. Fernand Ouellette
(« Le danger du divin » ) pourrait être
de ce groupe, sans oublier quelques autres non loin
de nous. Ce faisant, nous ne ferons que revivre et
non répéter l’annonce de la Résurrection
par les témoins du tombeau vide, les voyageurs
sur la route d’Emmaüs saisis par le sens
des écritures et la fraction du pain, les invités
au déjeuner sur l’herbe…
TOMBEAU
VIDE OU LA VIE
L’expérience
du tombeau vide est caractéristique de l’assemblée
pascale : les gens ne savent que ce qu’ils ont
appris ou pu retenir d’un quelconque enseignement.
Aujourd’hui, avec le Christ mort, descendu des
échafaudages de notre foi devenue simple folklore,
ne serait-il pas plus opportun de parler par expérience
d’un mystère pascal vécu dans
le quotidien de l’existence, de commencer là
où tout semblait fini et redire mais de façon
inédite que le Christ est vraiment ressuscité
? Découvrir des germes de vie là où
l’on croyait que tout était mort, l’espérance
quand il n’y a plus que la désespérance,
un sens là où il ne semble plus y avoir
de sens. Aller au cœur de ces expériences
pascales de conversion. Sonder les pourquoi, la nouveauté
dans l’existence, la genèse de l’expérience
spirituelle, devenir question pour l’autre et
non seulement héraut de la Bonne Nouvelle.
Il y aura toujours d’une part l’évangile
et sa Nouvelle : « Christ a vaincu la mort »
; mais d’autre part et non moins important,
le résultat dans la vie concrète, le
cheminement si long soit-il vers la « vie éternelle
» et les secours souhaitables. Mais comment
arriver à une communion dans la même
foi en la résurrection et une commune inspiration
pascale en des existences aussi diversifiées
?
Vraisemblablement,
ces témoignages de conversion deviendront lieux
d’approfondissement de la foi pascale traduite
en gestes quotidiens. Ils auront l’avantage
de nous dérober à des formulations purement
théoriques, enseignements reçus et mémorisés
pour tant que la mémoire demeure fidèle,
ils deviendront réponses à des questions
posées au cœur de la vie. La foi s’articulera
de façon vivante à des questions germées
en milieu de société. Ce ne sera plus
l’expression d’une foi « pure »,
mais d’une foi émanée des milieux
de vie où nous sommes devenus acteurs.
De
ces témoignages se dégagera une pluralité
de la foi et des risques éventuels. Nous irions
même jusqu’à une certaine incompatibilité
entre les témoignages. Jusqu’ici l’unité
de la foi passait par le pouvoir, le magistère.
Mais la fin de cette dynastie ne veut pas nécessairement
dire la fin de l’Annonce de l’évangile.
Ce qu’il faudrait rechercher en tous ces témoignages
pour ne point dire ces témoins de l’évangile,
serait une forme d’accord sur l’expérience
du Christ ressuscité et ses conséquences
pour la vie humaine vécue personnellement et
en solidarité avec un groupe. Des témoignages
différents peuvent laisser apparaître
une inspiration commune, même s’ils viennent
d’autres religions. Une certaine communion doit
traverser les témoignages divers élaborés
de différents lieux de la vie humaine. Et notre
foi s’enrichira ainsi de significations nouvelles.
Un
langage appris ou récité ne traduit
pas la foi en la Résurrection du Christ. La
foi pascale n’est pas ralliement à des
formulations magistrales. « Elle se présente
comme un mouvement intérieur, dans l’action
comme dans les paroles qui la disent et l’interprètent,
pour toutes formes d’action, de culture, de
sagesse, et de morales sur une visée, ce Jésus
dont les Apôtres et l’évangile
disent que Dieu l’a authentifié en le
ressuscitant. »