Texte
évangélique
Evangile
de Jésus Christ selon saint Jean 15 : 9-17
Comme
le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai
aimés. Demeurez en mon amour. Si vous gardez mes commandements,
vous demeurerez en mon amour, comme moi j’ai gardé
les commandements de mon Père et demeure en son amour.
Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre
joie soit parfaite. Voici mon commandement : aimez-vous les
uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’est
pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.
Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande.
Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ignore
ce que fait son maître ; je vous appelle amis, car tout
ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai
fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez
choisi, mais moi qui vous ai choisis et institués pour
que vous alliez et portiez du fruit, un fruit qui demeure.
Tout ce que vous demanderez alors au Père en mon nom,
il vous l’accordera. Ce que je vous commande, c’est
de vous aimer les uns les autres.
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Commentaire
Dimanche
dernier, nous entendions proclamer l’évangile
de la vigne, et le thème « Porter du fruit »
était particulièrement souligné (15 :
2,4,5,6,8 ). Le passage de ce jour insiste sur la source de
cette fécondité : « demeurer en »
; il compare cette « demeure » à l’amour
du Père pour le Fils, du Fils pour les disciples et
des disciples entre eux. L’amour du Père occupe
le premier plan du passage tandis que l’amour du Fils
remplit le deuxième. Si l’amour constitue l’élément
important du salut, celui-ci vient du Père par le Fils
aux disciples ; et le Fils, dans son amour, ne fait que reporter
sur chacun de nous l’amour de son Père en ce
sens que le Père fait pour nous comme il agit pour
son Fils. (17 : 23, 26) Ainsi peut-on résumer le message
de l’évangile que d’aucun ont titré
« circuminsession » : le fait de « demeurer
en ». Cela ne paraît pas facile à saisir,
mais il vaut la peine de s’y concentrer.
AIMER
Au
soir ce la Cène, dans une atmosphère d’intimité,
Jésus dévoile à ses disciples sa relation
intime avec le Père, lien qu’il voudrait partager
avec eux. La raison en est que non seulement l’amour
du Fils révèle le Père, mais fonde aussi
la mission donnée par le Fils. Le mandat de Jésus
a son origine dans l’envoi du Père ; la venue
de Jésus et le salut du monde définissent l’accomplissement
de la volonté de son Père qui l’a envoyé.
Tout ce qu’il dit et ce qu’il fait, Jésus
l’accomplit au nom de son Père. Ainsi se trouve
dévoilé le lien intime du Fils avec son Père,
que Jésus révèle et veut partager avec
les siens. « Je vous dis cela pour que ma joie soit
en vous et que votre joie soit parfaite. » L’amour
seul est au principe de cette joie.
Si
Jésus est venu sauver l’humanité par l’amour
qu’il manifeste, ainsi par l’amour, les disciples
réaliseront-ils la mission à laquelle Jésus
veut maintenant les associer. Mais quel est cet acte d’amour
et sa mesure ? L’amour du Père est bouleversant
: « Dieu a tant aimé le monde qu’il a livré
son propre Fils non pour condamner le monde ou le juger, mais
le sauver. » Cet amour qui origine du Père et
rejoint le Fils, veut non seulement témoigner de l’amour
du Père à tous les hommes, mais aussi se diffuser
parmi eux. Ainsi l’amour de Jésus pour le Père,
réalisé par son obéissance, les disciples
doivent l’imiter par leur observance du commandement.
Il
faudrait relire ici le passage de la Première Lettre
de Jean où l’auteur dénonce l’impossible
amour de ce Dieu invisible sans amour du prochain qui est
visible. (1 Jn. 4 : 19 - 5 : 3) L’amour pour Dieu ne
peut se vérifier que dans l’observance de son
commandement, le précepte par excellence, celui de
l’amour fraternel (4 : 21) Et pour conclure, il écrit
de cet amour : « Ce n’est pas nous qui avons aimé
Dieu, mais lui qui nous a aimés et envoyé son
Fils, victime pour nos péchés… Puisqu’il
nous a tant aimés et aimés le premier, aimons-nous
les uns les autres. » (4 : 10,19). L’amour est
donc un commandement dont la mesure doit être l’amour
du Fils pour son Père et l’amour du Père
pour nous. En somme, la mesure de l’amour est d’aimer
sans mesure. « Soyez saints comme votre Père
céleste est sain. »
DEMEURER
En
ce chapitre, Jean utilise à maintes reprises le terme
« demeurer ». Le mot est pris non en un sens spatial,
mais dans le sens d’une relation du disciple avec son
Maître. L’intimité de cette nouvelle relation
a comme comparaison l’union du sarment avec le cep.
Or cette union se réalise par la fidélité
à la Parole de Jésus. (7) Demeurer en Jésus
équivaut à demeurer fidèle à sa
parole. L’amour constitue le lieu où nous devons
demeurer, et la fidélité à la parole,
la condition pour y parvenir. Demeurer : non un effort passager,
un état occasionnel, mais une situation constante ou
constamment renouvelée. Telle est le milieu divin qui
nous est révélé et auquel nous sommes
conviés.
En
ce milieu divin se rencontreront tous ceux auxquels Jésus
révèle ce qu’il a entendu du Père,
pour lesquels il donne sa propre vie et qu’il traite
personnellement comme ses « amis ». Non seulement
le sacrifice de sa vie prouve cette amitié hors de
tout doute, mais également le partage de la révélation
du Père : « Nul n’a jamais vu Dieu ; le
Fils unique qui est dans le sein du Père, lui, l’a
fait connaître. » (1 : 18) Jésus place
toujours son enseignement en relation avec sa vie filiale
et la volonté du Père : « Quand vous aurez
élevé le fils de l’homme, vous saurez
que je suis et ne fais rien de moi-même. » (8
: 28) Le serviteur ou l’esclave, en saint Jean, est
le pécheur qui refuse la foi, c’est-à-dire
Jésus et sa parole. « Tout homme qui commet le
péché est esclave… Au contraire, celui
qui demeure dans ma parole, sera mon disciple, il connaîtra
la vérité et la vérité le rendra
libre. » (8 : 31-35) La liberté est acceptation
de la foi et vie dans l’amour.
Les
« amis » de Jésus ne sont pas ceux qui
choisissent Jésus : « Nul ne peut venir à
moi si le Père ne l’attire. » (6 : 44).
Ces « amis » sont-ils seulement les disciples
ou faut-il inclure tous les humains fidèles à
la parole et choisis préalablement dans la pensée
éternelle du Père selon la vision de Paul ?
(Eph. 1 : 1+ ) Loin de nous l’idée d’une
destinée : personne ne peut se perdre s’il n’est
responsable de sa réponse. Certains peuvent accepter
Jésus comme d’autres le refuser. Le témoignage
de cette responsabilité n’est rien d’autre
que la fidélité à la parole et au commandement
de l’amour : « Si vous vous aimez les uns les
autres comme je vous ai aimés. » Entrer dans
l’amitié du Christ donne la capacité de
porter du fruit, l’assurance d’être exaucé
par le Père et enfin de posséder la joie parfaite.
Au
terme de ces « Ultima verba » , paroles au soir
de la Cène, Jésus pouvait conclure : «
Maintenant je viens à toi, Père, et je dis ces
choses, encore présent dans le monde, pour qu’ils
aient en eux-mêmes ma joie en plénitude. »
Et d’ajouter : « Ce que vous demanderez au Père,
il vous le donnera en mon nom…Demandez et vous recevrez,
et votre joie sera parfaite. »
Tel
est le milieu divin auquel nous sommes tous conviés
: source d’amour et de fécondité.

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