Texte
évangélique
Evangile
de Jésus Christ selon saint Jean 11, 11-27
Jésus dit à ses disciples
: « Notre ami Lazare repose ; je vais aller le réveiller. » Les
disciples dirent : « Seigneur, s’il repose, il
guérira ». Jésus avait voulu parler de
sa mort, mais eux s’étaient figuré qu’il
parlait du repos du sommeil. Jésus leur dit alors
clairement : « Lazare est mort, et je me réjouis
pour vous de n’avoir pas été là,
pour que vous croyiez. Mais rendons-nous auprès de
lui ! » Alors Thomas appelé Dydime dit aux autres
disciples : « Allons-y, nous aussi, et nous mourrons
avec lui ! » A son arrivée, Jésus trouva
Lazare enseveli déjà depuis quatre jours. Béthanie
n’est éloigné de Jérusalem que
d’environ quinze stades ; beaucoup de Juifs étaient
venus chez Marthe et Marie pour les consoler au sujet de
leur frère. Quand Marthe apprit l’arrivée
de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis
que Marie restait à la maison. Marthe dit à Jésus
: « Si tu avais été là, mon frère
ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je sais que tout
ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. » - « Ton
frère ressuscitera «, lui dit Jésus.
- « Je sais, répondit Marthe, qu’il ressuscitera à la
résurrection au dernier jour. » Jésus
lui dit : « Je suis la résurrection. Qui croit
en moi, fut-il mort, vivra ; et quiconque vit et croit en
moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » - « Oui
Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu,
celui qu devait venir en ce monde ». |
Commentaire
a
célébration de la mort un dimanche semble
violer nos vies. Le dimanche, traditionnellement réservé à la
Résurrection, fait place cette année à la
mort : le souvenir de nos morts, de leurs souffrances,
de leur agonie, le poids de leur absence, la longue solitude,
l’ennui, la désespérance. Comme l’écrit
Anne Philippe suite au départ de Pierre, son mari
: « Frappe-toi la tête sur les murs, tu n’y
changeras rien : il était, il n’est plus «.
Même si la résurrection demeure une des bases
fondamentales de notre foi, « Si le Christ n’est
pas ressuscité, écrit l’apôtre
Paul, vaine est notre foi » ; même si comme
l’atteste l’auteur de la lettre aux Hébreux « la
foi est la garantie des choses que l’on espère,
des réalités qu’on ne voit pas » (He.
11 : 1), il faut une grande foi pour être assuré de
l’après vie.
La réalité évoquée ce dimanche,
c’est la mort. Contestée de toutes façons,
on camoufle la mort par des célébrations et
des rites susceptibles de la rendre plus douce, par l’ « assistance » pour
la rendre moins cruelle et moins longue, chemin détourné pour
ceux qui sont las de vivre, suicides dont le nombre ne cesse
de monter en flèche. On l’applaudit même
comme si elle était un triomphe. Comment parler de
foi autour de la mort lorsque l’espérance en
est absente.
La littérature autour de thème de la mort
est pleine d’enluminures aux couleurs les plus provocantes,
mais nous sommes loin de l’iconographie qui parle
du ciel : « Un autre voyage qui t’amène
loin de nous, dans un pays inconnu, pays d’où personne
ne revient «. « Tant de choses que nous aurions
voulu faire ensemble, mais tout semble arrêté.
Le mur contre lequel tout est fracassé. Travail
inachevé, projets laissés en plan ». « Quitter
sans attendre le temps de la moisson, des récoltes
; sans prendre le temps de se réconcilier, sans
terminer la maison, voir les enfants placés… » « La
grande vague de la mer qui balaie tout l’a emporté :
hier présent, aujourd’hui il n’est plus «.
Départ, rupture brutale, fin de tout. Place vide à la
table, berceuse devenue immobile. D’un geste plein
de tendresse, la main a fermé pour toujours ses
yeux, comme on ferme les volets, serré ses lèvres
sur tant de confidences et de réponses à nos
pourquoi, interrompu brusquement la phrase commencée… Il
n’y a pas d’âge pour mourir, quand on
aime. Amours brisées. « Sommeil qui n’en
finit plus, alors que le monde continue et que la terre
tourne toujours. Solitude de la terre, nuit des profondeurs,
silence du tombeau «.
.
«
Il était, il n’est plus. Frappe-toi la tête
contre le mur, tu ne pourras rien y changer ». Pour
nous aussi, un jour, la mort viendra et nos mains ne pourront
plus rien retenir. Dépossession totale. Elle nous
emportera sans attention vers son là-bas. La journée
sera terminée, même si mon travail ne l’est
pas. Inutile de l’oublier, de la confondre avec la
vie, de la rendre joyeuse, la mort est toujours devant
moi. Elle me précède depuis ma naissance,
et se laissera bien rattraper un jour. Elle ne laissera
que des larmes, la nuit, le vide. Tout nous rappellera
qu’elle est passée et qu’elle passera
encore. Elle vainc tout, absolument tout. Un moment, elle
a même vaincu Dieu. Mais Dieu a vaincu la mort. « Ô mort,
où est ta victoire ? » Voici mon corps livré pour
vous : l’heure de l’amour jusqu’au bout.
Un moment de la vie. L’amour m’attend, l’amour
me prend, l’amour m’emporte. « Seigneur
si tu avais été là, mon frère
ne serait pas mort ». Qui ne voudrait trouver cette
prière sur ses lèvres en ce jour, jour du
grand départ, veille ou lendemain de l’inévitable épreuve.
« Ton frère ressuscitera » de répondre
Jésus. « Je sais qu’il ressuscitera au
dernier jour », reprend Marthe. Faut-il vraiment attendre
ce jour indéterminé, lointain, à peine
imaginable, objet d’une espérance sans preuve,
sans fondement si ce n’est l’affirmation de Jésus.
C’est dans la foi et la foi seule que nous pouvons
perpétuer la présence de nos chers disparus,
croire en leur intercession pour nous auprès de Dieu.
C’est pourquoi en ce jour, par nos prières,
voulons-nous hâter leur montée auprès
de Dieu à la suite de Jésus. D’aucun
préféreront leur ouvrir le ciel aussitôt
après leur départ de cette terre ; il faut être
si pur pour avoir accès auprès de Dieu. C’est
dans la purification de cet amour, source et raison de vivre
sur la terre, et ce long désir de retrouver l’objet
ultime de cet amour, Dieu, que nous pouvons donner au Purgatoire
quelques traits réalistes.
Quelle
peut être douce cette parole de Jésus
en conclusion à son entretien avec Marthe : « Qui
croit en moi fut-il mort, vivra ; et qui vit et croit en
moi, ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » - « Oui,
Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ».
Cette
inconnue quant au moment, la manière et l’après
vie laisse estomper le mystère dont elle s’enveloppe
après ces paroles de Jésus.
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