Commentaire
aul écrivait
aux Philippiens : « Je vous en conjure par tout ce
qu’il peut y avoir d’appel pressant dans le
Christ, de persuasion dans l’Amour, de communion
dans l’Esprit, de tendresse compatissante, mettez
le comble à ma joie par l’accord de vos sentiments… Ayez
entre vous les mêmes sentiments qui furent dans le
Christ Jésus : Lui de condition divine, ne retint
pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.
Mais il s’anéantit lui-même, prenant
la condition d’esclave, en devenant semblable aux
hommes. S’étant comporté comme un homme,
il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la
mort et à la mort sur une croix ! Aussi Dieu l’a-t-il
exalté et lui a t–il donné le Nom qui
est au-dessus de tout nom, pour que tout, au nom de Jésus,
s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre
et dans les enfers, et que toute langue proclame, de Jésus
Christ, qu’il est Seigneur, à la gloire de
Dieu le Père. » (Phil. 2 : 1-11) Le même
Paul confiait aux chrétiens de Galates : « Pour
moi, que jamais je ne me glorifie sinon dans la croix de
notre Seigneur Jésus Christ qui a fait du monde
un crucifié pour moi et de moi un crucifié pour
le monde. » (Ga 5 : 14)
Pareille exultation
ne permet pas d’oublier que l’apôtre
vivait malgré tout dans un environnement hostile à la
croix de Jésus : « Devenez à l’envi
mes imitateurs et fixez vos regards sur ceux qui se conduisent
comme vous en avez en nous un exemple. Car il en est beaucoup,
je vous l’ai dit souvent et vous le redis aujourd’hui
avec larmes, qui se conduisent en ennemis de la croix du
Christ. Leur fin sera la perdition ; ils ont pour dieux leur
ventre et mettent leur gloire dans leur honte. Ils n’apprécient
que les choses de la terre. Pour nous, notre cité se
trouve dans les cieux, d’où nous attendons ardemment
comme sauveur, le Seigneur Jésus Christ, qui transformera
notre corps de misère pour le conformer à son
corps de gloire, avec cette force qu’il a de pouvoir
se soumettre tout l’Univers. » (Phil. 3 : 17-19)
Aux Corinthiens, après l’expérience décevante
de l’agora d’Athènes (Ac. 17 : 23 +),
Paul partageait ses craintes : « Le Christ ne m’a
pas envoyé baptiser, mais annoncer l’évangile,
mais sans recourir à la sagesse du langage, pour que
ne soit pas réduite à néant la croix
du Christ. Le langage de la croix est en effet folie pour
ceux qui se perdent, mais pour ceux qui se sauvent, pour
nous, il est puissance de Dieu… Puisque le monde, par
le moyen de la sagesse, n’a point reconnu Dieu dans
la sagesse de Dieu, c’est par la folie du message qu’il
a plu à Dieu de sauver les croyants. Oui, tandis que
les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête
de sagesse, nous prêchons, nous, un Christ crucifié,
scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais
pour ceux qui sont appelés, Juifs comme Grecs, c’est
le Christ puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car ce qui
est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui
est faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes. » (1
Cos. 1 : 17-25)
Ainsi s’est accompli la mission de Jésus : « Dieu
n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner
le monde, mais pour le monde soit sauvé par lui. » Mais
notre univers chrétien fait peu à peu disparaître
toute trace de mort, et celle du Christ sur la croix n’échappe
point à ce bûché. Seuls nos clochers
en proclament encore la réalité et non moins
les innombrables croix de nos cimetières. Qui pourrait
en effet s’opposer à la substitution du Christ
en croix par le Christ ressuscité et montant au ciel
? Le malheur est que nous oublions le prix payé pour
ce salut et que loin d’améliorer notre situation,
le nombre de victimes de la violence et des passions humaines
ne cessent d’augmenter. Encore, si cela était
de nature à nous convaincre de partager la foi de
l’apôtre Paul : « Je trouve ma joie dans
les souffrances que j’endure pour vous, et je complète
en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour
son Corps qui est l’église. » (Col. 1
: 24)
Une moniale demandait
un jour le pourquoi de ces grandes croix dépouillées du corps du Christ, le « corpus «. « Pour
rappeler à chacun, lui fut-il répondu, la dure
réalité à laquelle sont confrontés
ceux et celles qui ne croient plus à la croix du Christ
venu non pour condamner l’homme mais le sauver. » Ce
qui était folie pour les Grecs et scandale pour les
Juifs le demeure plus que jamais pour les hommes de notre
temps : « Ce qui est folie de Dieu est plus sage que
les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort
que les hommes. »
Croix de clocher,
croix de cimetières, croix de nos
maisons, croix de tempérance dans nos églises,
elle demeure glorieuse cette croix malgré son ignominie,
car elle est signe incontestable de la victoire remportée
par Jésus au nom de toute l’humanité. « Par
ce signe tu vaincras ! » avait, selon la légende,
entendu Vercingétorix à la veille d’une
bataille, ce qui l’avait amené à la conversion.
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