Commentaire
ù l’évangéliste
Luc a-t-il puisé ses sources pour rédiger
les « évangiles de l’enfance » ?
De Marie elle-même ou d’autres témoins
? Qui saurait jamais le dire ? Son évangile a vraisemblablement été écrit
près de quatre-vingt ans après les événements.
Quelles qu’en soient les sources, Luc a placé ces
récits de l’enfance en tête de son livre écrit
avec soin et honnêteté après s’être
soigneusement informé et, les reprenant à son
compte, il les coule dans sa propre vision de l’histoire
du salut. Nous proclamons en effet, ce troisième
dimanche de l’Avent, l’évangile, la
Bonne Nouvelle de Jésus Christ selon l’évangéliste
saint Luc. Sa propre vision de l’histoire du salut éclairera à la
fois son évangile et les Actes des Apôtres
dont il est également l’auteur et on y retrouvera
les grands centres d’intérêt de sa pensée
: accueil du salut dans la foi, présence rayonnante
du Sauveur, effusion de l’Esprit, manifestations
de la miséricorde divine, privilège des petits,
des humbles, des femmes, et climat de joie et d’émerveillement.
Pour ce faire, Luc a privilégié ici quelques
faits qu’il raconte en parallèle : les annonciations à Zacharie
et à Marie, les naissances de Jean-Baptiste et de
Jésus, toujours avec cette préoccupation
de mettre davantage en relief l’apport de Jésus
comparé à celui de Jean, sommet de l’Ancien
Testament. Dans ce récit de la Visitation, Luc veut
nous inviter à partager la joie des deux femmes
et souligner la communion d’âme et de cœur
entre les deux mères et l’incomparable supériorité de
Marie. Le passage comporte deux parties : l’événement
et l’éloge d’élisabeth.
RENCONTRE
En ces
jours-là, docile et sure de la Parole de Dieu,
Marie se met en route avec ferveur et zèle vers la
montagne, une ville, nous dirions village de Juda, demeure
d’élisabeth. On ne peut manquer de souligner
ici le sens critique de l’écrivain sacré et
son souci de l’histoire. À la voix de Marie
qui de loin salue sans vielle cousine, élisabeth est
remplie de grâces et l’enfant qu’elle porte
tressaille en son sein. Remplie de l’Esprit Saint,
elle pousse un grand cri et fait l’éloge prophétique
de sa jeune cousine. Quelques mots simples et nous voilà introduits
discrètement au cœur même de l’événement
tel que vécu par Marie et sa cousine élisabeth.
Quel art chez l’écrivain Luc !
éLOGE
La composition
de cet éloge est de Luc, même
si les mots sont empruntés à l’Ancien
Testament.. Il serait difficile d’admettre qu’élisabeth,
même inspirée par l’Esprit Saint, ait
pu savoir ou simplement intuitionner le mystère de
grâce dont Marie était porteuse. Ces propos élogieux
traduisent incontestablement une réflexion chrétienne
déjà élaborée. Trois phrases
constituent l’éloge : la bénédiction
dans le style de l’Ancien testament, l’événement
dont la vieille femme est le lieu privilégié,
et l’éloge de la foi de Marie. Le tout sous
le sceau de la joie.
JOIE
Le thème de la joie est l’un des préférés
de Luc. Tout l’évangile de l’enfance est
ponctué d’expressions décrivant ce climat
de joie ( 1 : 14, 28, 41-42, 44, 47-55, 58 ; 2 : 10, 13 +)
L’expression par excellence de cette joie demeure la
bénédiction : heureuse celle qui a cru, heureuse
entre toutes les femmes ! Jésus aura pour sa mère
la même qualité d’éloge : « Bienheureuse
plus encore celle qui écoute la parole de Dieu et
la met en pratique » (8 : 21 et 11 : 28). La vraie
parenté du Christ est constituée de ceux et
celles qui adhèrent à la Parole divine. Cet événement
de la Visitation s’adresse à chacun de nous
pour stimuler notre foi. L’événement
narré ce dimanche de l’Avent veut nous associer à la
Marie et à son attente du Christ dans la foi.
La joie
accompagne toujours l’œuvre de Dieu :
en sommes-nous convaincus. Cette joie n’a rien de commun
avec le rire ou quelque enthousiasme facile ; elle s’enracine
dans la confiance et s’épanouit dans la fidélité.
C’est de la possession de Dieu que naît la vraie
joie. Elle est un don du Christ, elle naît de notre
union personnelle au Fils qui la désire pour nous
et la demande au Père. (Jn. 14 : 28 ; 15 : 11 ; 16
: 24 ; 17 : 13) Reprenons ici la prière de Jésus
sous l’action de l’Esprit Saint : « Je
te bénis Père, Seigneur du ciel et de la terre,
d’avoir caché cela aux sages et aux habiles
et de l’avoir révélé aux petits.
Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir » (10
: 21). Faut-il s’étonner que l’évangile
de Luc soit émaillé de cette joie : joie de
la foule à la vue des miracles, joie de Zachée à la
visite de Jésus. Le tout se terminera dans la joie
des disciples de retrouver leur Maître. Bien qu’elle
doive passer par les tribulations, c’est dans les épreuves
que les apôtres devront trouver leur joie : « Votre
tristesse se changera en joie » ( Mt. 5 :12)
L’apôtre Paul, le maître à penser
de Luc, lançait l’invitation, source d’inspiration
pour notre célébration : « Soyez joyeux,
je vous le redis : soyez toujours joyeux ! » (1 Th.
5 : 16)
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