Texte
évangélique
Evangile
de Jésus Christ selon saint Jean 18, 33-37
C’était le jour de la Préparation
; pour éviter que les corps ne restent sur la croix
durant le sabbat, - car le sabbat était un jour de
grande solennité, - les Juifs demandèrent à Pilate
qu’on leur brisât les jambes et qu’on enlevât
les corps. Les soldats vinrent donc et brisèrent les
jambes au premier, puis au second de ceux qui avaient été crucifiés
avec lui. Arrivés à Jésus, ils le trouvèrent
mort ; ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais l’un
des soldats, de sa lance, lui perça le côté et
aussitôt il en sortit du sang et de l’eau. Celui
qui a vu en rend témoignage, - un authentique témoignage,
et celui-là sait qu’il dit vrai, - pour que
vous aussi vous croyiez. Car cela est arrivé pour
s’accomplit l’écriture : On ne lui brisera
pas un os. Ailleurs l’écriture dit encore :
Ils regarderont celui qu’ils ont transpercé. |
Commentaire
e
beaux messieurs, soucieux de ne point se souiller afin
de pouvoir manger la Pâque, osent une démarche à Pilate
pour lui demander d’enlever les corps des crucifiés
afin qu’ils ne restent en croix durant le sabbat.
Règle de pureté rituelle. Cette dernière
des sept scènes de la passion selon saint Jean clôt
le thème qui court tout au long de son récit
: la royauté de Jésus. Chacune des scènes
est délimitée par les entrées et sorties
du pitoyable procurateur romain, indécis quant à l’innocence
de Jésus finalement accusé de vouloir se
faire roi. Le procès se termine par la crucifixion
de Jésus. Une dernière fois, Pilate lance
en quelque sorte la pierre aux Juifs par une inscription
placé en haut de la croix : « Jésus
Roi de Juifs «. Pour hâter la mort des suppliciés,
les soldats avaient brisé leurs jambes et percé d’un
coup de lance le côté de Jésus.
Est-ce
ainsi que tout se termine ou que tout commence ? Jésus avait affirmé : « Quand j’aurai été élevé de
terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jn.
12 : 32). Ce vendredi saint, ils n’étaient que
quatre au pied de la croix : Marie, mère de Jésus,
sa sœur, Marie-Madeleine et l’apôtre Jean.
Ajoutons à cette « foule » le centurion
qui confessa : « Cet homme était vraiment le
Fils de Dieu ! ». Deux mille ans plus tard, le rêve
est-il devenu réalité ? Le procès ne
s’est-il pas prolongé outre temps, outre frontières
? Jésus avait déclaré devant Pilate
: « Ma royauté n’est pas de ce monde » ;
il ajouta : « Tu le dis, je suis roi et je suis né et
ne suis venu dans le monde que pour rendre témoignage à la
vérité ». D’où la grande
question : « Qu’est-ce que la vérité ? ».
Cette
page de l’évangile de Jean jette plein
d’ombres sur l’action royale du Christ en ce
monde. Alors que les nations païennes en la personne
du centurion reconnaissent la valeur incommensurable du témoignage
de Jésus à la vérité, nous ne
cessons nous, sinon de rompre ses jambes comme aux autres
suppliciés, de darder son cœur d’un coup
de lance. « L’Esprit de vérité,
le monde est incapable de l’accueillir parce qu’il
ne le voit pas et ne le connaît pas » (Jn.14
: 17). « Qu’est-ce que la vérité ? » avait
demandé Pilate. La vérité, sa vérité à laquelle
il est venu rendre témoignage, c’est l’amour
: l’amour du Père manifesté en son Fils
livré non pour nous condamner, mais pour nous sauver
(Jn 4 ).
« Je pense qu’il y a un lien profond entre
la vérité et l’amour, écrit Timothy
Radclife, ex-maître de l’ordre des Dominicains.
Aimer quelqu’un signifie essayer de comprendre qui
il est véritablement. Et grandir en intelligence implique
grandir en amour… La vérité, c’est
aussi la possibilité d’une communion entre des
personnes séparées. Lorsque je suis en désaccord
avec quelqu’un, chercher à surmonter notre différent
signifie rechercher une vérité plus grande,
plus grande que ma petite vérité et plus grande
que la sienne. La vérité signifie qu’il
y a quelque chose au-delà de notre incompréhension,
que nous ne sommes pas seulement comme des bateaux qui se
croisent dans la nuit. La recherche de la réconciliation
est toujours une recherche de vérité... La
vérité est enfin intimement liée à la
dignité humaine. Nous sommes faits pour la vérité,
nous la recherchons instinctivement, même lorsque nous
la nions. Nous avons besoin de vérité ».
(« Je vous appelle amis » éd. du Cerf.)
En somme,
c’est en sa mort sur la croix, consommé par
le coup de lance, que Jésus gagne sa cause : « C’est
maintenant le jugement de ce monde, maintenant que le prince
de ce monde va être jeté bas » (Jn 12
: 31) Sur la croix apparaît la véritable royauté du
Christ : l’amour. Ainsi se définit-il en pleine
lumière comme la vérité malgré les
ombres du vendredi saint qui recouvre toute la terre (14
:6)
Vivre
la vérité, chercher la vérité,
proclamer la vérité, quel projet pour nous,
disciples du Christ, mais aussi quelle espérance portée
en église : « Les portes de l’Enfer ne
prévaudront point contre elle ».
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