Texte
évangélique
Evangile
de Jésus Christ selon saint Luc 3, 1-6,
La
quinzième année du gouvernement
de Tibère César, alors que Ponce Pilate était
gouverneur de la Judée, Hérode, tétrarque
de Galilée, Philippe, son frère, tétrarque
des régions d’Iturée et de Trachonitide,
et Lysanias, tétrarque d’Abilène, alors
qu’Hanne et Caïphe étaient grands prêtres,
Dieu a parlé dans le désert pour Jean, le fils
de Zacharie. Il est venu dans tout le pays du Jourdain. Il
annonçait un baptême de repentir pour l’effacement
des fautes. Ainsi qu’il est écrit dans le livre
du prophète Isaïe : « Une voix crie dans
le désert : préparez le chemin du Seigneur,
redressez ses sentiers, chaque ravin sera comblé,
chaque montagne et chaque colline seront rasées. Ce
qui est tordu deviendra droit, ce qui est escarpé sera
aplani ; et chacun verra la délivrance de Dieu. » |
Commentaire
ans
la préface de la fête de saint Jean-Baptiste
nous lisons : « Seul de tous les prophètes,
Jean-Baptiste a pu montrer celui qu’il annonçait,
le Rédempteur du monde, Jésus Christ, notre
Seigneur ». Même si ce passage sous la plume
de l’historien Luc tente de situer le précurseur
dans l’histoire, c’est davantage Jésus
qu’il situe au cœur de nos mémoires humaines.
Nous sommes aux environs du 19 août 28 et Tibère
César est empereur romain et maître du monde.
Ponce Pilate, préfet de Rome, a gouverné la
Judée de 26 à 36. Hérode, domina les
tétrarchies de Galilée et de Pérée
de l’an 4 à 39, lui que l’historien
Flavius Joseph voit comme l’adversaire de Jean-Baptiste
( Lc. 3 : 19-20). Au Nord-est du lac de Tibériade,
un autre fils d’Hérode le Grand, Philippe
est gouverneur. Pour en finir avec l’état
civil, Luc fait mention ici d’un tétrarche
obscur, Lysanias qui, comme Philippe, gouverne sur les
terres païennes. Et pour terminer cette rétrospective
historique, l’historien mentionne « les grands
prêtres Anne et Caïphe ». Ce rappel de
Anne, grand prêtre de l’an 6 à l’an
15 de notre ère, auquel Caïphe succéda
en l’an 18, laisse à penser que l’ex
grand-prêtre jouissait toujours d’une autorité exceptionnelle
sur le peuple.
C’est dans ce décor historique que, inspiré par
une formule de l’Ancien Testament (Jér. 1
: 1) , Luc nous dit que « la parole de Dieu fut sur
Jean, fils de Zacharie, dans le désert ».
L’événement mérite d’être
souligné parce qu’aucune voix prophétique
ne s’était fait entendre depuis près
de cinq siècles ( Ps. 74 : 9 ; 1 M. 4 : 46 ; 9 :
27). Luc, en bon historien, va nous présenter ce
nouveau prophète dans son lieu de travail, sa méthode
et le sens de sa prédication. (3-6) Dans son évangile,
Jean Baptiste ne haranguait pas dans le désert comme
le précisait Matthieu (3 : 16) et Marc (1 : 4-5)
mais dans la région du Jourdain ; le précurseur
prêchait un baptême de conversion en vue de
la rémission des péchés. Ce faisant,
il continuait la tradition prophétique de l’Ancien
Testament et l’appel au peuple à revenir au
Seigneur. Le baptême signifiait cette volonté de
conversion, l’immersion, selon le rite traditionnel
judaïque, indice de purification. Mais ce rituel de
Jean ne remettait pas les péchés, le pardon
sera l’œuvre de Jésus (Lc. 24 : 47).
Et pour bien identifier le nouveau prophète, Luc évoque
ici la prophétie d’Isaïe : « Une
voix crie : Préparez dans le désert une route
pour Yahvé. Tracez droit dans la steppe un chemin
pour notre Dieu…» ( Is. 40). Les images utilisées
dans ce passage sont sans doute les plus significatives
de la condition du pécheur et de l’œuvre
de la grâce : les ravins seront comblés, les
montagnes et collines abaissées, les détours
des routes redressés et les obstacles aplanis. Puis
Luc termine par une exaltation à laquelle nul ne
peut rester indifférent : « Toute chair verra
le salut de Dieu » (6) : Le salut est offert à tous
sans exception. C’est là l’un des thèmes
chers à l’évangéliste (Lc. 1
: 69, 71, 77 ; 19 : 9). Le vieillard Syméon annoncera
ce salut ( Lc. 2 : 20) et le Livre des Actes conclura avec
cette même promesse (28 : 28).
La lecture
de ce passage de Luc peut nous étonner
: pourquoi tant de références historiques concernant
la mission du Précurseur alors qu’il ne donne
aucune précision historique quand il est question
de Jésus. Rendons-nous à l’évidence
que l’évangéliste traite simultanément
de Jésus et du Baptiste. Les références
1 : 5-25 et 26-38 ainsi que 3 : 1-2 valent et pour l’un
et pour l’autre. La mention des chefs d’état
est en concordance avec l’avènement du roi Jésus.
Luc pense davantage à Jésus qu’à Jean-Baptiste.
Les débuts de Jésus ont suivi de peu ceux de
Jean. La mission de Jean constitue la dernière annonce
du salut, celle de Jésus réalise la venue de
Dieu et le salut de toute chair. Situer ainsi Jean Baptiste
dans le temps, c’est également situer Jésus
dans notre temps, notre histoire. C’est non moins nous
habituer à lire chaque page de cette histoire, de
ce temps comme une préparation à la venue de
Dieu.
Noël célèbre un moment historique, mais
c’est chaque jour que le temps de Dieu prend forme
dans notre histoire et nous oriente vers sa venue ultime
dans la gloire tout en nous y préparant. Nous vivons
chaque jour ce Jour de Dieu. Et le vivre intensément,
n’est-ce pas s’y préparer ?
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