Texte
évangélique
Evangile
de Jésus Christ selon saint Marc 10, 42-45
Ayant
appelé ses disciples près
de lui, Jésus leur dit : « Vous savez que ceux
qu’on regarde comme les chefs des nations leur commandent
en maîtres et que les grands leur font sentir leur
pouvoir. Il ne doit pas en être ainsi parmi vous ;
au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous,
se fera votre serviteur, et celui qui voudra être le
premier parmi vous, se fera l’esclave de tous. Aussi
bien, le Fils de l’homme lui-même n’est
pas venu pour être servi, mais pour servir et donner
sa vie en rançon pour une multitude. » |
Commentaire
ne
fois encore, Jésus, selon Marc, fait suivre l’ annonce
de sa Passion (10 : 32-34) d ’une leçon à ses
disciples. Il tente cette fois de leur montrer à quel
point leur vie est concernée par son propre destin
(10 : 25-45). Une expérience concrétisera
l’enseignement (10 : 46-52). L’évangéliste
en profite pour servir à son église une leçon
de vie communautaire et ecclésiale. L’épisode
proclamé ce dimanche suit la demande des fils de
Zébédée de partager la gloire de leur
Maître (10 : 35-40)
Jacques
et Jean, fils de Zébédée et
cousins de Jésus, étaient parmi les premiers
compagnons appelés par Jésus (1 : 19-20). Ils
avaient depuis fait preuve d’un véritable zèle
(1 : 29-36). Leur requête prend ici une tournure de
revendication : « Nous voulons que tu fasses pour nous
ce que nous demandons ». Suit alors une violente altercation
entre les disciples : « Les autres se mirent à s’indigner ».
Ce fut pour Jésus l’occasion d’une leçon
de vie.
A ses
contemporains, témoins de l’occupation
romaine et des procédés mis en œuvre par
ceux-ci, Jésus porte des accusations à peine
voilées, pour susciter un renversement de valeur,
un retournement évangélique. Comme ce qui précède,
concernant le mariage, l’accueil des enfants et l’abandon
des richesses, suivre le Christ représente une révolution
profonde dans le cœur de l’homme. Et Jésus
ne se gêne pas pour faire allusion à la « politique » de
certains de siens : « Il y en est parmi vous ».
La loi fondamentale de toute société chrétienne
deviendra : « que celui qui tient à devenir
le premier et le plus grand se fasse serviteur ». Dans
la constitution de la communauté, chacun se fera serviteur
de tous. Ce terme, dans l’église de Jérusalem, évoque
généralement l’attitude de servant, et
davantage le service eucharistique se prolongeant par les œuvres
sociales, communautaires (Ac. 1 : 17 ; 4 : 34-37 ; 5 : 2
: 1 Th. 5 : 12-13 ; Rm. 12 : 6-8, Col. 4 : 12-13). L’expression « esclave » quant à elle
met en relief la notion de dépendance d’une
personne par rapport à un maître. Le maître
en la circonstance étant la communauté, l’ensemble
des personnes qui la compose sans distinction aucune. Cette
disponibilité inconditionnelle au service définit
désormais la communauté du Christ. L’apôtre
Paul tenait un langage identique : « Ayez un même
amour, un même cœur ; recherchez l’unité ;
ne faites rien par rivalité ou gloriole, mais avec
humilité, considérez les autres comme supérieurs à vous ».
(Ph. 2 : 2-3)
Non-violence
radicale mise au service de la défense
des droits de l’autre, de la paix et de l’union
entre tous, tel est l’amour du Christ venu servir et
s’offrant jusqu’à la mort : « Lui
de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui
l’égalait à Dieu, il s’est dépouillé,
prenant la condition d’esclave…» ( Ph.
2 : 5-8) « Le Fils de l’homme n’est pas
venu pour être servi mais pour servir»… On
retrouve ici des réminiscences du quatrième
chant du Serviteur ( Is.53 : 10-13) : « Donner sa vie…en
rançon…pour une multitude », et du psaume
49 : 8-9. Telle est la raison de cette conversion profonde
demandée aux disciples de Jésus. Les abaissements
du Fils de Dieu constituent le principe contestataire de
toute forme de domination ou d’exploitation de l’homme
par l’homme.
Paroles
de Jésus lui-même, commentaire personnel
de Marc ou donné de la Tradition apostolique, qu’importe
: à la Cène, Jésus avait certes une
conscience profonde de la portée universelle et expiatoire
de sa mort. Le terme rançon n’implique pas ici
un quelconque marchandage : donnant, donnant, mais rédemption,
réconciliation de l’homme avec Dieu. Et devant
l’homme incapable de quoi que ce soit en ce domaine,
Jésus a payé pour l’homme insolvable
et se met à sa place en devenant victime. A quel point
l’amour divin dépasse l’homme et le comble
puisqu’il le sauve de la mort. Rachat bien au-delà de
toute espèce de négociation, la rançon
est pure gratuité. Modèle non seulement pour
le disciple mais pour toute existence chrétienne,
participation à l’acte rédempteur du
Christ.
Comment
Dieu exauce la prière des hommes ? Ici la
requête de Jacques et Jean devient la révolution
opérée dans le monde de la communion à l’acte
sauveur du Christ. « Vous ne savez pas ce que vous
demandez ». Jésus propose donc aux disciples
requérants une demande qui va tellement plus loin
que l’objet de leur requête. C’est du quotidien
: nos désirs transcendent toujours le terme qu’ils
se donnent : le nourrisson appelant le sein exprime bien
davantage une soif d’amour et d’affection qu’il
ne peut soupçonner; le passant qui demande une information
attend bien davantage la vérité qui lui manque
et la chaleur humaine dont il peut être privée.
et si nos besoins ne sont pas toujours comblés, Dieu
sait les assouvir pleinement : l’eau à la samaritaine,
le pain du ciel aux foules affamées…
Dieu
donne toujours plus que nous n’osons demander
et souvent.
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