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Spiritualite2000.com
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Mai
2003 |
Sainte
colère
 raditionnellement,
la colère a mauvaise presse dans le christianisme. N’est-elle
pas l’un des sept péchés capitaux? Ne s’agit-il
pas d’une passion néfaste et destructrice? Le plus
récent livre de Lytta Basset, intitulé Sainte colère,
présente une réflexion qui dépasse de loin
ces conceptions habituelles en se fondant une interprétation
vivante et vivifiante de plusieurs textes de la Bible : l’histoire
de Caïn et Abel, le cycle de Jacob, le livre de Job, et quelques
extraits des évangiles.
Dans
la Bible, la colère n’est pas censurée. Chez
les personnages qui l’expriment, elle semble reliée
à la recherche et à l’affirmation de l’identité
propre et de la vérité de l’être de chacun.
Job laisse monter sa colère devant l’injustice et les
souffrances qu’il subit, et il ose se tourner ainsi vers Dieu.
Loin de condamner les reproches de Job à son égard,
Dieu l’encourage pratiquement à l’invectiver
plutôt que de tuer une autre personne. Caïn, au contraire,
n’avait pas osé s’en prendre à Dieu d’avoir
refusé son offrande, et s’est attaqué à
son frère. Dieu seul peut soutenir sans en être brisé
l’expression directe de la souffrance et du sentiment d’impuissance
qui nous habite. Jacob ne luttera-t-il pas toute la nuit avec un
personnage mystérieux, soit l’ange du Seigneur, soit
le Seigneur lui-même? Au terme de cette lutte, Jacob recevra
enfin son vrai nom, exprimant une identité personnelle défusionnée,
enfin libérée des conflits et des manipulations de
ses relations familiales. Paradoxalement, l’expression authentique
de la colère est nécessaire pour éviter d’en
venir à la rupture des relations interpersonnelles. La bénédiction
de Dieu se reçoit dans l’acceptation de son unicité
et de sa vulnérabilité (sa blessure à la cuisse),
il n’aurait au fond jamais eu besoin de tenter de la dérober.
Il
y a donc une dimension saine et salutaire à la colère.
Mais qu’est-ce qu’une «sainte colère»?
«Une sainte colère est donc AUTRE qu’une colère
humaine spontanée; elle cherche la ressemblance avec la colère
de Dieu, sans prétendre y parvenir. (p. 247)» Ceci
signifie qu’elle refuse de s’approprier la colère
de Dieu, qui demeure un mystère aux yeux humains. Une sainte
colère renonce à la victimisation et à la recherche
de boucs-émissaires. Elle associe le courage de la vérité
au désir persistant de maintenir ouvert l’espace de
la relation. La sainte colère ne s’avérera féconde
qu’en vertu de l’amour profond qui l’anime.
Lytta Basset, Sainte colère. Jacob, Job,
Jésus, Genève/Paris, Labor et Fides/Bayard, 2002,
326 pages.
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