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la spiritualité amérindienne, la prière
dans les quatre directions est importante. Le nord, le sud,
l'est, l'ouest. Devant, derrière, à droite,
à gauche. Où allons-nous ? Comment interpréter
les signes qui permettent d'aller dans la bonne direction
? N'est-ce pas une des grandes questions de toute recherche
spirituelle ? Aussi bien, la Bible abonde-t-elle en prières
comme la suivante: Seigneur, fais-moi connaître
tes voies, montre-moi tes sentiers (Psaume 25, 4). Et,
on le sait, il arrive non seulement souvent, mais habituellement,
que ces chemins soient déroutants. Mes chemins
ne sont pas vos chemins, répond le Seigneur (Esaïe
55, 8).
Cette
question de l'orientation spirituelle est d'autant plus déroutante
et déconcertante qu'il n'existe pas de sens unique,
de voie toute tracée, d'autoroute vers la rencontre
de soi-même dans la vérité et dans la
rencontre avec Dieu.
Les
uns cheminent par le chemin de l'Un. Fuyant le multiple, l'éclatement,
la dispersion, ils sont en quête d'unité. Ils
sont en quête de l'Être. De l'Unique réel,
stable, fiable. Ils sont en quête de simplicité,
de désencombrement, de pureté (au sens d'un
métal pur - purifié - et non mêlé).
Ils sont à la recherche d'un principe unificateur.
Ils remontent vers la source. Leur chemin leur fait peu à
peu tourner le dos à ce qui est trouble et ambigu.
D'autres
cheminent par le chemin du Vrai. Fuyant le monde des apparences,
les réponses superficielles, les évasions loin
des questions existentielles, ils sont hantés par la
question du sens. Sens de l'existence, sens de l'histoire,
sens de leur vie. Ils sont en quête de connaissance,
et on sait comment les différentes formes de gnose
habitent l'histoire de la spiritualité. Ce sont des
amants et des amantes de la lumière. Leur chemin les
fait s'éloigner de tout ce qui est absurde et insensé
comme de toute forme d'ignorance et d'obscurantisme.
Mais
il en est encore qui avancent plutôt par le chemin du
Bon. Autrefois, on en parlait comme de ceux pour qui la vie
vertueuse était un idéal. Faire le bien, éviter
le mal, et surtout, être bons, bienveillants, compatissants.
Aujourd'hui on préfère parler d'engagement.
Engagement dans le combat contre l'injustice, dans la lutte
pour la dignité, dans le travail d'humanisation de
la vie personnelle et sociale. Ce sont des êtres de
feu, des hommes et des femmes passionnés de changer
les choses, qui refusent l'intolérable, la dégradation
de l'humain, quelle que soit la forme qu'elle prenne.
Il
y a aussi le chemin du Beau. Et voilà ceux qui l'empruntent
guidés par les impressions, que notre culture rationnelle
et une spiritualité désincarnée tendent
tellement à sous-estimer. Un paysage grandiose, un
coucher de soleil éclatant, une musique saisissante,
des couleurs vibrantes, de belles phrases aux mots suggestifs,
voilà leur boussole. Ils et elles cherchent à
créer de la beauté dans leur environnement.
Ils et elles ont horreur de toute forme de laideur et de trivialité.
À
chacun sa voie privilégiée. Chaque voie est
légitime pourvu qu'elle soit la sienne. Suivre celle
d'un autre, fût-ce celle de quelqu'un qu'on admire beaucoup,
d'un maître ou d'un saint, ne conduit nulle part. Comme
il est important que cela soit reconnu ! Que chacun puisse
être autorisé, mieux, puisse s'autoriser à
emprunter sa propre voie. Qui pour chacun est toujours, paraît-il,
le chemin le moins fréquenté. Et
comme il est important, également, que chacun sache
se tenir disponible quand la vie le place à un carrefour
où le chemin de vérité prend une autre
direction, entraîne là où on est moins
familier. Oui, n'est-ce pas bien là qu'il est vraiment
question de foi ?
Pour
la tradition spirituelle chrétienne, cependant, une
voie vient marquer toutes celles que nous venons d'évoquer.
C'est comme si, en plus de ce qui est devant, derrière,
à droite et à gauche, il y avait ce qui est
au-dessus et au-dessous, dans un axe de verticalité
qui est l'amour. L'Un sans amour se dégrade en suffisance.
Le Vrai sans amour devient idéologie. Le Bon sans amour
se transforme en activisme. Et le Beau sans amour se referme
sur lui-même en esthétisme.
À
cette lumière, il convient de regarder avec fascination
la figure du Christ qui, se disant la Voie, a
montré d'une manière exemplaire comment être
humain par les chemins de l'Un, du Vrai, du Bon et du Beau.
Dans l'amour universel et parfait qui va jusqu'au don de sa
vie.
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