| Spiritualite2000.com
|
|
Janvier
2003 |
En amont
du mythe, l’expérience
par Paul-André
Giguère
eux
jours avant Noël dernier, un quotidien de Montréal publiait
un texte d’un de ses chroniqueurs (http://www.ledevoir.com/2002/12/23/17018.html)
où il était question de post-chrétienté.
L’auteur n’employait pas ce terme un peu abstrait, mais
toute sa réflexion trouvait sens dans la perspective qu’on
pourrait résumer ainsi : le christianisme a façonné
l’Occident et a essaimé dans d’autres régions
du monde qu’il a partiellement fécondées; mais
notre civilisation s’est sécularisée et, comme
la plupart des autres religions, le christianisme lui est devenu
impensable. Inaccessible. Incroyable.
L’auteur
ajoute : « Nous n’avons pas trouvé encore par
quoi remplacer la mythologie chrétienne pour donner du sens
à certains épisodes de notre vie. Il y aurait d’autres
mythes sur lesquels s’appuyer pour comprendre le monde…
». Cet « encore » donne à penser. Le postulat,
ici, est le dépassement du christianisme, relégué
à sa dimension fonctionnelle, à la manière
des fusées qui propulsent la navette spatiale et s’en
détachent pour la laisser poursuivre sa route. Ainsi, s’il
a connu peut-être des périodes d’obscurantisme,
le christianisme aura surtout été un gigantesque bouillon
de civilisation. Mais il ne pourrait plus désormais servir
à humaniser et donner sens dans une culture scientifique
et technique. Il n’aurait donc d’avenir qu’au
musée des Civilisations.
Faut-il
s’enfermer dans ce postulat inavoué et se résoudre
à se donner de nouveaux mythes, en récupérant,
peut-être, quelques matériaux chrétiens comme
on récupère quelque objet chez le brocanteur ? Une
autre réponse naît en moi comme un cri du cœur.
« Nous n’avons pas trouvé encore par quoi remplacer
la mythologie chrétienne pour donner du sens à certains
épisodes de notre vie »? Soit. Je propose que nous
cherchions à remplacer la mythologie chrétienne par
l’expérience chrétienne.
Sans
doute les récits, les symboles, les images et les mythes
chrétiens ont-ils contribué, et beaucoup, à
donner du sens à l’expérience de millions d’hommes
et de femmes et à des sociétés entières.
Ils ont généré des expériences spirituelles,
sociales et culturelles. Mais cette perspective ne doit pas faire
oublier qu’ils sont eux-mêmes, dans leur origine, issus
d’une expérience spirituelle. En principe, ils existent
pour permettre à ceux qui s’y exposent d’être
plongés, à leur tour, dans la même expérience.
C’est ce dont témoigne le prologue de la première
lettre de Jean : « Ce qui était dès le commencement,
ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce
que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché
du Verbe de vie : nous vous l’annonçons, afin que vous
aussi soyez en communion avec nous » (1,1.3).
Il
est juste de constater que pour les Occidentaux, les formules de
la foi chrétienne se sont desséchées et que
ses rites et symboles se sont chosifiés. Dépouillés
de vie, ils sont devenus impénétrables. Ils ne sont
plus ce qu’ils devraient être et qu’ils ont longtemps
été, comme ces passes qui permettent aux
saumons de remonter la rivière au lieu de leur origine où
ils peuvent se reproduire à leur tour. Ils sont devenus,
pour la majorité, opaques et stériles.
D’où
l’importance de la soif spirituelle dans la population et
du travail du sourcier dans les traditions religieuses. Les voies
ne manquent pas pour prendre contact avec sa soif intérieure
et la nourrir : celles de l’environnement, de la paix, de
la justice et de la dignité, mais aussi celles de la beauté,
de la créativité et du plaisir. Les grands «
mythes » juifs et chrétiens sont l’expression
d’expériences multiformes de la bonté du monde,
du caractère sacré de l’aspiration à
la liberté, d’une très forte intuition que la
mort ne saurait avoir le dernier mot. Et dans les grandes traditions
religieuses, incluant la tradition chrétienne, il existe
des sourciers, des hommes et des femmes, qui ayant eux-mêmes
fait ces expériences, peuvent en guider d’autres vers
leur propre vérité intérieure.
Revenir
aux expériences fondatrices permettra d’habiter de
manière neuve « la mythologie chrétienne »
et, sans doute, de lui donner un visage nouveau. Il est bon d’être
acculés à cette vérité : le christianisme
n’a rien à voir avec une mythologie, et tout avec une
expérience.
Retour
en haut
On peut rejoindre lauteur à pa.giguere@spiritualite2000.com
|