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Mai
2003
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Dieu
contre Dieu
par Paul-André
Giguère
ous
l’emporterons et serons vainqueurs de nos ennemis, avec la
grâce de Dieu – inch’Allah! » « Que
Dieu continue de bénir l’Amérique ». Tour
à tour, et le même jour, et sur le même sujet,
le président Saddam Hussein et le président Georges
W. Bush ont invoqué l’aide et la protection de Dieu
pour leur soldats, pour leurs concitoyens et pour la prospérité
générale de leur pays. Or, ce ne sont pas dans leur
bouche que des propos rhétoriques, dictés par la seule
stratégie. Ils traduisent une conviction profonde des deux
hommes, fondamentale dans leur vision du monde et de la vie.
Aussi
étonnant que cela puisse apparaître à plusieurs
d’entre nous, esprits (soi-disant) modernes, il y a peu de
temps que cette opposition de Dieu contre Dieu pose problème.
Pendant des millénaires, on s’est représenté
la divinité comme attachée à un lieu et un
peuple particulier. Dès l’époque la plus ancienne
de la tradition biblique, les Israélites ont comme premier
commandement que YHWH seul doit être leur dieu (Exode 20 2-3),
et ils voient en Jérusalem la ville qu’il a choisi
d’habiter (ézékiel 48 35). Mais ils savent bien
que Baal est le dieu des Cananéens, Dagôn, celui des
Philistins et Kemosh celui de Moab. Chaque dieu est solidaire de
son peuple, le protège, le défend et combat avec lui.
Le christianisme
primitif fera difficilement le passage vers un universalisme fondé
sur l’unicité de Dieu et de son projet de salut. Il
faudra la foi intrépide et tenace d’une femme syro-phénicienne
pour faire voir à Jésus que celui dont il est l’envoyé
n’est pas le dieu que des Juifs, et que les non-Juifs, comme
elle, ne sont pas des petits chiens qui mangent ce qui tombe de
la table de leur maître et de ses enfants (évangile
de Matthieu 15), mais des enfants, eux aussi. Il faudra une vision
céleste pour faire voir à Simon que l’Esprit
du ressuscité et le baptême chrétien ne sont
pas réservés aux personnes de foi juive (Actes des
apôtres 10).
Rien
de surprenant, donc, qu’on entende très fréquemment
aujourd’hui en Occident l’objection que les religions
constituent un facteur de division et de violence. Il ne manque
malheureusement pas, dans l’histoire, même contemporaine,
d’exemples pour illustrer ce drame. La conviction de parler
et d’agir au nom de Dieu, quand on parle et agit au nom de
sa foi, ne fait d’ailleurs pas des ravages qu’entre
les religions. À l’intérieur même des
religions organisées on retrouve une multitude de tendances
qui tendent à se dénigrer ou s’excommunier les
unes les autres, chacune au nom d’une vérité
spirituelle. De plus, les autorités religieuses inclinent
à se voir et à s’imposer comme détentrices
privilégiées de la connaissance de Dieu et de sa puissance.
Avant
de décrier et de dénoncer, il convient de reconnaître
qu’une intuition spirituelle majeure est ici présente
: Dieu n’est pas un être infiniment lointain et souverainement
indifférent à ce qui arrive aux êtres humains,
si infimes et éphémères dans l’immensité
de l’univers. Au contraire, il a partie liée avec nous.
Par la médiation des grandes traditions religieuses et spirituelles
comme par celle du désir profond qui tenaille tout être
humain, il propose à notre liberté une direction pour
l’histoire, aussi bien l’histoire de l’humanité
que la destinée de chacun. La contrepartie de cette intuition,
c’est toutefois la tentation, la possibilité, même,
d’annexer Dieu à nos intérêts.
Alors
le mystère se dégrade en idéologie. Au lieu
de servir Dieu et de s’engager pour la réalisation
de son projet, les humains se servent de Dieu pour la poursuite
de leurs intérêts. Dans cette inversion, la joyeuse
connaissance de Dieu est transformée en illusion. L’illusion
de connaître qui est Dieu, l’illusion de savoir sa volonté,
l’illusion de se penser dépositaire de la mission de
faire connaître et, au besoin, de l’imposer. Souvent
à l’insu de leurs auteurs, mais malheureusement aussi
parfois d’une manière très calculée et
délibérée, les déclarations de foi relèvent
de la pire imposture.
Il
est bon de s’arrêter ainsi à considérer
les impasses auxquelles peut conduire une certaine manière
de se relier au spirituel et au religieux. Car alors, la réflexion
place devant des défis difficiles : celui d’accepter
le caractère relatif de tout ce que nous savons (et pensons
savoir) sur Dieu, celui d’entrer dans un dialogue respectueux
avec les autres à qui il est donné d’être
en contact avec d’autres facettes du mystère, celui
de ne pas mêler d’une manière irrespectueuse
et imprudente Dieu à nos conflits et à nos ambitions.
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On peut rejoindre lauteur à pa.giguere@spiritualite2000.com
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