’Office
des lectures représente un lieu privilégié de
formation spirituelle et de croissance dans la foi. À celles
et ceux qui le pratiquent, il permet de fréquenter
de nombreux auteurs inspirés et inspirants.
Voici quelques suggestions, réflexions et
références pour essayer de tirer les
meilleurs fruits possibles de cette heure.
On raconte
que le pape Paul VI s’inquiétait
de la vie spirituelle des prêtres. Il s’en
serait ouvert au Concilium qui travaillait à la
réforme de la liturgie des Heures. Il semble
que le pape souhaitait que l’Office des lectures
paraisse le plus vite possible. Il voyait dans cette
heure de l’Office divin, avec ses lectures
bibliques et patristiques, un bon moyen de revitaliser
le clergé.
Que l’anecdote soit vraie ou non, peu importe.
L'idée est juste. Il est vrai que la liturgie
en général est une source importante
de la formation permanente. Et l’Office des
lectures un lieu privilégié pour ce
faire.
UN
LIEU DE CROISSANCE DANS LA FOI
Attention
! Il faut voir la formation permanente
dans son sens le plus large possible. Elle n’est
pas seulement un lieu d’apprentissage de
connaissances. Mais aussi et surtout un lieu pour
nourrir la foi, un lieu pour préciser notre
identité comme baptisés, disciples
du Christ, membres de l’église. La
liturgie travaille à créer en nous
une mentalité ou favorise celle qui s’est
créée en nous au fil des ans, par
nos rencontres et nos pratiques chrétiennes.
Vous êtes vous déjà demandé ce
que vous seriez devenu, quelle personnalité vous
auriez maintenant si vous aviez vécu dans
un monde complètement étranger au
christianisme ? Si nous insistons sur certaines
valeurs plutôt que sur d’autres, c’est
parce que l’évangile nous a influencés.
La vie de l’église et notre éducation
religieuse tiennent une grande place dans nos options,
nos priorités, dans ce que nous sommes.
LES
PSAUMES
Prenons
un exemple : les psaumes. La personne qui prie
chaque jour en utilisant les psaumes
finit par
penser et prier à la manière des psaumes.
L’esprit qui se dégage de ces 150 prières
la rejoint profondément, à la manière
de l’étude d’une langue. Lentement,
jour après jour, à force de dire, elle
finit par épouser la mentalité, la
passion des psaumes. Imperceptiblement, mais profondément,
comme une deuxième nature. Les causes des
psaumes deviennent les siennes. Leur attachement à Dieu
l’interpelle et l’entraîne dans
l’expression de sa foi. Le travail
d’influence des psaumes sur notre
vie spirituelle peut être plus efficace si
nous consacrons du temps à étudier
ces prières. Dans bon nombre de bibles, les
notes en bas de page et les références
en marge offrent des renseignements qui aident à comprendre
les psaumes. Parfois, ces notes renvoient à des
pages d’évangile qui peuvent nous éclairer.
Il existe de bons commentaires des psaumes, du plus
simple comme les commentaires de Noël Quesson
(50 psaumes pour tous les jours. Jalons pour la prière
et la méditation quotidienne, Limoges, Droguet—Ardant,
2 tomes, 1978, 342 p. et 1979, 338 p.), d’Armand
Desautels (La Prière du Christ et de l’église,
Lac Beauport, éditions Anne Sigier, 1980,
249 p.) ou de Stan Rougier (Montre moi ton visage!
Variations sur les psaumes, Paris, Desclée
de Brouwer, 1995, 275 p.), jusqu’à des
ouvrages plus costauds comme ceux de Marc Girard
(Les psaumes. Analyse structurelle et interprétation,
Montréal/Paris, Bellarmin/Cerf, trois tomes,
1984, 412 p., 1994, 624 p. et 1994, 564 p.). Se plonger
dans ces études n’est pas du temps perdu.
La grosse brique de Robert Michaud, Les psaumes.
Adaptation de l’œuvre en trois volumes
de Gianfranco Ravasi (Montréal, éditions
Paulines, 1993) propose des commentaires facilement
abordables tout en étant assez serrés.
On regrette beaucoup qu’il n’y ait pas
d’équivalent récent au Guide
du psautier de la « Bible de Jérusalem » rédigé par
Joseph Gelineau et Didier Rimaud (Paris, Cerf, 1962,
249 p.) Ce petit ouvrage avait l’avantage de
proposer des fiches très précises sur
chaque psaume (étude de vocabulaire, utilisation
liturgique, etc.) et des tables très fouillées.
LES LECTURES
Les psaumes ne sont pas les seuls éléments
de l’Office des lectures. Les lectures bibliques
et spirituelles sont les éléments
les plus importants. La répartition des
lectures bibliques nous permet de lire de grandes
parties des livres de la Bible, et en lecture semi
continue. Pendant quelques jours, parfois quelques
semaines, nous baignons dans une lettre de Paul
ou dans les oracles du prophète Isaïe.
Cela offre l’occasion d’apprivoiser
une section des écritures. Notre méditation
s’en nourrit, la prière aussi.
Nous pouvons
en profiter pour étudier la
section en question. La célébration
de l’Office des lectures n’est sans doute
pas le bon moment pour nous mettre à l’étude,
bible et crayon en main. Mais avant ou après
la célébration, rien ne nous empêche
de lire ou de relire l’introduction que nous
donne notre édition de la Bible ou notre édition
de l’Office des lectures elle même. Il
est aussi possible de consulter les notes en bas
de page ou les références en marge
dans notre bible. Nous pouvons poursuivre en étudiant
un Cahier évangile (Paris, Cerf) sur le livre
biblique que nous avons lu, ou de nous plonger résolument
dans un ouvrage plus étoffé. Parfois,
les livres historiques nous embêtent. Pourquoi
ne pas prendre la peine de lire un ouvrage sur l’histoire
d’Israël (voir par exemple Damien Noël,
Les origines d’Israël, Cahiers évangile,
nº 99, Paris, Cerf, 1997, 67 p. ; Id., Au temps
des rois d’Israël et de Juda, Cahiers évangile,
nº 109, Paris, Cerf, 1999, 67 p.)
La même chose peut se faire à propos
des lectures tirées des œuvres des pères
de l’église ou des
auteurs spirituels. Saint Augustin est l’auteur
le plus utilisé par le lectionnaire patristique
de la
liturgie des Heures. Que savons nous de ce docteur
de l’église ? Le livre de Peter Brown,
La vie de Saint Augustin (Paris, Seuil, 1971, 536
p.) peut être une très bonne introduction,
de même que celui de Goulven Madec, Le Dieu
d’Augustin (coll. « Philosophie et théologie »,
Paris, Cerf, 1998, 214 p.). Avons nous déjà lu
ses Confessions ? Ou ses commentaires des psaumes
(voir A.-M. Besnard, Saint Augustin. Prier Dieu.
Les Psaumes, coll. « Chrétiens de tous
les temps », nº 3, Paris, Cerf, 1964,
208 p.) ? Avons nous déjà mis le nez
dans une biographie de saint Jérôme
ou une étude des homélies de saint
Grégoire le Grand ? Les éditions du
Cerf publient une excellente collection des pères
de l’église, les « Sources chrétiennes ».
Parfois, nous trouvons aride ou hermétique
une page ou l’autre d’un auteur ancien.
Cette page restera aride ou hermétique si
nous ne prenons pas la peine d’aller plus loin
qu’une simple lecture du texte.
Quelques
outils à consulter : Lectionnaire
monastique de l’Office divin à l’usage
de l’Abbaye Saint-Pierre de Solesmes, en six
volumes, Solesmes/Paris, Abbaye de Solesmes/Cerf
; les fiches de lecture de l’Abbaye d’Orval
; la collection « Connaissance des Pères » chez
Desclée de Brouwer ; la collection « Les
Pères dans la foi », Paris, Desclée
de Brouwer ; la collection « Foi vivante »,
Paris, Cerf ; Lectures pour chaque jour de l’année,
Paris, Cerf/Desclée/ Desclée de Brouwer/Mame,
1977 ; Lectures pour toutes circonstances, textes
choisis et présentés sous la direction
de André Mandouze et Jean-Pierre Bagot, en
six volumes, coll. « Langages des Hommes/Parole
de Dieu, Paris, Cerf/Droguet et Ardant, 1977 ; Les
4 saisons. Prières pour chaque jour de l’année,
Paris, Desclée/Mame, 4 tomes, 1976 1977 ;
Jean-René Bouchet, Lectionnaire pour les dimanches
et pour les fêtes. Lectionnaire patristique
dominicain, Paris, éditions du Cerf, 1994,
574 p. ; Auguste Berz, Te rencontrer pour chaque
jour..., 2 volumes, éditions Saint-Paul, Paris-Fribourg,
1973 ; Paul-émile Vachon, À cœur
de semaine l’évangile,
Sainte Foy, éditions Anne Sigier, 4 tomes,
1982 1983 1984 1985 ; René Bernard, Cent jours
avec toi, Montréal, éditions Paulines,
1988, 247 p.
Pouvons
nous faire davantage ? Sans aucun doute. Les livres
officiels proposent un choix de lectures
réparties sur une année. À la
fin des livres, on propose aussi une répartition
sur deux ans. Cela permet une lecture plus abondante
des Sainte écritures. Rien n’interdit
une répartition différente. Certains « pratiquants » de
l’Office des lectures suivent les plans de
lecture publiés par les sociétés
bibliques ; nous en offrons un exemple dans le présent
numéro de CéLéBRER LES HEURES.
D’autres prennent leur temps et lisent la Bible à petite
dose, d’un couvert à l’autre.
Autant que faire se peut, il est bon cependant de
respecter les temps liturgiques en lisant davantage
les Actes des Apôtres au Temps pascal et Jérémie
durant le Carême, et ainsi de suite.
Quant à la
lecture spirituelle, ce serait respecter l’esprit
de l’Office des lectures
que de lire en
continu un bon ouvrage d’un auteur spirituel
comme Charles de Foucauld, Madeleine Delbrel, Henri
Nouwen, André Louf ou Maurice Zundel. La
collection « L’expérience de
Dieu » publiée chez Fides peut aussi être
une bonne source de référence, comme
les collections « Les écrits des saints » (Namur, éditions
Le Soleil Levant), « Saints de tous les temps » (Paris,
Beauchesne) ou « Petite vie » (Paris,
Desclée de Brouwer). Le livre de Jean-Pierre
FOUCHER (dir.), Poésie liturgique. Orient.
Occident (Paris, Mame, 1963, 330 p.) offre d’autres
types de textes. En alternance avec la lecture
patristique, un extrait d’un de ces textes
pourra donner une couleur contemporaine à la
célébration de l’Office des
lectures.
Tous ne
célèbrent pas l’Office
des lectures. C’est dommage car plusieurs hymnes
de cette Heure sont d’une grande qualité poétique
et théologique (par exemple : Voici la nuit,
En toute vie, Pour que l’homme soit Dieu, que
nul œil). Elles pourraient trouver place dans
l’Office du matin ou l’Office du soir.
Voilà donc quelques propositions pour profiter
au maximum de l’Office des lectures. Peu importe
les choix, l’important est de favoriser la
prière et la croissance dans la foi. Dans
ce lent travail de mûrissement, « le
Christ est toujours là auprès de son église...
présent dans sa parole, car c’est lui
qui parle tandis qu’on lit dans l’église
les Saintes écritures. » (Vatican II,
Constitution sur la liturgie, no 7)
COMMENTAIRES,
HOMéLIES, PASSIONS
De tradition
immémoriale, la lecture de la
Bible est suivie d’une prédication (l’enarratio
antique). À l’origine, entretien du
pasteur avec son peuple, elle fut ensuite écrite
et destinée à la lecture publique sous
forme d’explications, de traités scripturaires,
d’homélies, de sermons. Ces textes sont
liturgiques : destinés à marquer un
temps de la célébration en un jour
précis, fête ou célébration
particulière des mystères du Christ.
En les lisant, nous sommes en communion avec l’église
de tous les temps. Nous y rencontrons d'autres croyants,
parfois très éloignés dans le
temps ou dans l’espace, mais tous, témoins
de la foi et de la vie dans l’Esprit de cette église.
«
Les lectures sont là pour préparer,
nourrir, faire jaillir, prolonger la prière
des personnes dont la
sensibilité, la mentalité, la culture
sont celles de notre temps. » (G. Raciti, « Les
textes de la tradition chrétienne à l’Office
de lecture », dans La Maison Dieu, no 105,
1971, p. 124.)
Ces textes nous sont livrés, non comme documents
théologiques ou historiques intéressants,
mais en fonction de leur aptitude à enraciner
notre foi d’aujourd’hui dans la pratique
et la foi de tous les temps.
Centre
national de pastorale liturgique, La prière
des heures avec l’église, Paris, Cerf,
coll. « Pour célébrer »,
1994, p. 65. 
Cet
article est tiré de la revue Célébrer
les Heures. On peut en savoir davantage sur
cette revue en écrivant à Célébrer
les Heures, 2715, chemin de la Côte-Sainte-Catherine,
Montréal (Québec) H3T 1B6, Canada.
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